‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 134 sur 215 · I 62. BONIFACE VIII · texte numérisé non relu

I 62. BONIFACE VIII

sait les projets les plus vastes ; il avait l'esprit de Grégoire VII et d'Innocent III , mais il ne comprenait pas combien les temps étaient changés.

Le roi de France Philippe le Bel était brouillé avec Edouard d'Angleterre. Boniface, se fondant sur le principe d'Innocent III que tout conflit suppose un péché, et que par conséquent le jugement en appartient au pouvoir spirituel , envoya aux deux princes des légats pour les inviter à s'en rapporter à la sentence du siège apostolique ; les légats étaient autorisés à rompre tous les serments qui pourraient empêcher ce résultat, et à menacer les opposants des censures ecclésiastiques. Philippe repoussa un arbitrage offert sous de tels auspices. Quand, en vue d'une guerre avec les Anglais, il demanda à son clergé des subsides extraordinaires, l'ordre de Giteaux les refusa et adressa une protestation au pape. Celui-ci publia, le 24 février 1296, la bulle clericis laicos, excommuniant les princes qui. sans l'aveu du saint-siège, frappent le clergé de tributs, et les clercs qui consentent à les payer. Le roi, pour user de représailles, défendit, sous prétexte de la guerre avec l'Angleterre, d'exporter du royaume de l'argent ou de l'or. Cette mesure, qui ostensiblement n'était prise que dans l'intérêt de la France, avait en réalité pour but de tarir une des sources de revenu du fisc pontifical. Boniface VIII ne s'y trompa point; il écrivit à Philippe, le 21 septembre, une lettre remplie de plaintes amères. On lui répondit par une théorie, nouvelle alors, sur les rapports entre l'église et l'état : l'église ne se compose pas seulement des prêtres, elle comprend aussi les laïques ; Jésus-Christ a procuré aux uns et aux autres une liberté égale ; si le clergé jouit de franchises particulières, les papes n'ont pu les lui assurer que du consentement des princes ; laïques et clercs ont les mêmes devoirs envers le souverain temporel ; il n'est pas permis au vicaire de celui qui a dit : donnez à César ce qui est à César, de défendre au clergé de payer les tributs.

Le pape voulant imposer aux deux rois, sous peine d'excommunication, une trêve de deux ans, Philippe le Bel protesta, en déclarant que le gouvernement de son pays n'appartenait qu'à lui, que comme prince il ne reconnaissait aucun supérieur en ce monde, mais qu'il était toujours prêt à s'incliner devant le pape en ce qui concerne le spirituel.

Boniface VIII fit quelques concessions ; il ne s'opposa plus à ce que le clergé fit au roi des dons volontaires , pourvu que ce ne fût pas à titre d'exaction obligatoire; il canonisa Louis IX, et promit de s'employer pour faire obtenir à Charles de Valois la couronne impériale. Philippe le Bel et Édouard d'Angleterre lui soumirent alors leur litige, mais non en sa qualité de pape, simplement à titre d'arbitre amical choisi par eux. Il ne rendit en effet sa sentence que sous son nom de Benoît Gaëtano, mais il la publia, le 30 juin 1298, sous forme de bulle, et exigea qu'elle fût acceptée comme émanant du siège apostolique. Ce procédé irrita Philippe; les négociations furent traînées en longueur ; le pape recommença à se plaindre que le roi opprimât l'église, le roi accusa le pape d'infidélité à sa parole.

Un prélat français, Bernard de Saisset, que Boniface avait nommé évêque de Pamiers et envoyé comme légat auprès de Philippe, le blessa par ses allures hautaines; il dut quitter la cour; rentré dans son diocèse, il fut arrêté comme traître. Le pape ne se borna pas à réclamer la liberté de son légat; le 5 décembre 1301 il lança contre le roi une série de décrets, dont l'un, la bulle ausculta fili, était une récapitulation de tous les griefs que la cour de Rome croyait avoir contre la France ; à travers de longues explications, souvent peu claires, Boniface affirmait la suprématie du pouvoir spirituel sur le temporel. En même temps il annonça pour le 1er novembre 1302 un concile qui devait prendre des mesures au sujet des torts que Philippe le Bel avait causés à l'église.

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