‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 142 sur 215 · I G8. LES OR DU ES IUCHES · texte numérisé non relu

I G8. LES OR DU ES IUCHES

roi lui parla de crimes qu'auraient commis les templiers et qui étaient si énormes, selon lui, qu'ils exigeaient la suppression de l'ordre. Clément promit de s'en informer. En 1306, il invita le grand-maître du Temple et celui des chevaliers de Saint-Jean, Jacques de Molay et Guillaume de Villaret, qui se trouvaient encore dans l'île de Chypre, à se rendre en France pour conférer avec lui sur une croisade. Jacques de Molay, originaire des environs de Besançon, âgé de plus de 60 ans, grandmaître depuis 1298, obéit seul à cet appel ; il vint en France, suivi de soixante chevaliers. A Paris il fut reçu à la cour avec les témoignages du plus grand respect. Le roi, qui le comblait de politesses, fit répandre par ses gens et par des dominicains des bruits odieux sur de secrètes abominations de l'ordre. Ces bruits étant parvenus au grand-maître , il demanda que le pape ordonnât une enquête; il offrit de se constituer prisonnier, jusqu'à ce que l'innocence de l'ordre fût démontrée. Clément consentit à l'enquête ; en août 1307 il annonça au roi qu'il y procéderait lui-même. Philippe le Bel n'en attendit pas le résultat ; le 13 octobre il fit arrêter tous les templiers qu'on put rencontrer en France. Il publia un acte d'accusation dans lequel on leur reprochait de renier Jésus-Christ et de se livrer à des pratiques impures ou idolâtres. Les interrogatoires commencèrent aussitôt dans tout le pays. Les accusés, y compris le grandmaître, furent mis à la torture; beaucoup d'entre eux, vaincus par les souffrances, d'autres, séduits par des promesses, avouèrent tout ce qu'on leur demandait ; mais il y en eut aussi un grand nombre qui nièrent tout, et plusieurs de ceux qui avaient fait des confessions dans les tourments, les rétractèrent quand ils eurent repris l'usage de leurs sens. Une assemblée des états, tenue à Blois en mai 1308, réclama la condamnation de l'ordre, « même contre le clergé » si celui-ci n'y consentait pas. Vingtsix princes et seigneurs se constituèrent accusateurs et don-

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nèrent procuration pour agir contre les templiers par-devant le pape et le roi.

En apprenant ces nouvelles, Clément V se montra fort irrité d'un tel empiétement sur la juridiction de l'église, et des moyens employés pour arracher aux accusés des confessions. Le 5 juillet 1308 il écrivit aux évêques et aux inquisiteurs de France, pour demander que la procédure fût suspendue et renvoyée au siège apostolique. Le roi lui fit répondre que Dieu déteste les tièdes, que les lenteurs sont une sorte de connivence avec les crimes des accusés, et que s'il a pris lui-même l'affaire en main, c'est parce qu'il est le défenseur de l'église, du salut de laquelle il doit rendre compte à Dieu. Pour convaincre le pape, il lui envoya à Poitiers 73 templiers, qu'on avait interrogés à Paris et qui répétèrent devant lui leurs aveux. Clément, de son côté, députa trois cardinaux à Chinon en Touraine, où Philippe le Bel avait fait transporter le grand-maitre et quelques-uns des grands dignitaires ; ceux-ci demandèrent à être réconciliés avec l'église, ce qui leur fut accordé par les cardinaux, qui en même temps les recommandèrent au roi.

Par deux bulles du 12 août le pape institua des commissions inquisitoriales dans tous les pays où Tordre avait des établissements ; elles devaient être composées de l'évêque du diocèse, de deux chanoines, de deux dominicains et de deux franciscains; des conciles provinciaux , présidés par l'archevêque , prononceraient les jugements , mais non sur l'ordre , seulement sur les membres qui seraient reconnus coupables. Philippe le Bel voulait la suppression de l'ordre, afin de pouvoir s'emparer de ses biens ; c'est pourquoi il lui importait que l'on crût à la culpabilité de l'institution ; il aurait été indulgent peut-être pour les individus. Le pape, au contraire, désirait sauver l'ordre, dont il admettait encore l'innocence ; il ne recherchait que des crimes individuels. Il n'eut pas le courage de maintenir ce point de vue.

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Les bulles qui instituaient les commissions étaient accompagnées d'une liste de 127 articles reproduisant, outre les aveux arrachés par la torture et les conclusions qu'en avait tirées la logique des inquisiteurs, les bruits répandus par « la voix publique» : on enseigne dans l'ordre que Jésus-Christ a été un faux prophète, on n'y croit pas à la messe, on adore un chat ainsi qu'une tête appelée Baffomet, on commet des horreurs dans les réunions nocturnes , on ne tend qu'à s'enrichir per fas et per nefas, etc.

La commission de Paris commença ses opérations le 7 août 1309. En général elle procéda sans rigueur excessive, elle n'employa pas la torture; mais obligée de se conformer aux usages prescrits pour les procès d'inquisition, elle refusa aux accusés le droit de se choisir des défenseurs et de protester contre les aveux faits antérieurement dans les tourments. 900 templiers se déclarèrent prêts à prouver l'innocence de l'ordre ; la commission n'interrogea que le grand-maître et 231 chevaliers et frères servants. Pendant que durait ce procès, l'archevêque de Sens fit brûler comme relaps 5/j. templiers qui s'étaient rétractés. Ce fut un avertissement pour la commission, qui siégeait à Paris, de hâter son œuvre. Elle la termina le 2G mai 1311 ; le protocole fut apporté au pape, qui avait décidé de porter l'affaire devant le concile général qu'il avait convoqué à Vienne. Cette assemblée, ouverte le 16 octobre, invita les templiers à paraître devant elle ; neuf d'entre eux se présentèrent pour parler au nom d'environ deux mille, qui erraient fugitifs dans le pays; le pape fit jeter les neuf chevaliers en prison. Le concile persista à demander qu'ils fussent admis à se justifier et qu'on observât à leur égard les formes du droit, quand même l'ordre entier devrait être trouvé coupable ; pendant tout l'hiver Clément V négocia avec les prélats pour les faire revenir sur cette résolution, qui compromettait les intérêts du roi. Celui-ci, pressé d'en finir, vint

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lui-même à Vienne, en février 1312, avec sa cour et des troupes ; le pape dut prendre des mesures plus expéditives. Dans un consistoire secret, composé de cardinaux et d'évêques dont il était sûr, il annonça qu'il fallait supprimer l'ordre du Temple. La bulle de suppression, datée du 2 mai 1312, fut proclamée le G, dans la troisième session du concile; considérant, dit-elle, que l'ordre est devenu suspect par suite des aveux du grand-maître et d'autres membres, et considérant le scandale qui en résulterait s'il continuait de subsister, il est supprimé, non per modum di/finitivœ sententiœ, une pareille sentence étant impossible de jure, mais per viam provisionis et ordinationis apostolicœ. Le pape convenait ainsi que la culpabilité de l'ordre n'était pas assez prouvée pour qu'il pût l'abolir de droit, il ne le supprimait que par précaution parce qu'il était devenu suspect. Les frères qui seraient trouvés innocents devaient s'adjoindre aux johannites ; ceux qui s'étaient avoués coupables seraient punis, mais avec modération ; les obstinés seuls seraient livrés au bras séculier ; les fugitifs enfin auraient à se présenter dans le délai d'un an devant leurs évêques, sous peine d'être traités en hérétiques.

Une nouvelle commission réunie à Paris condamna le grandmaître et quatre des dignitaires à la prison perpétuelle ; mais comme Jacques de Molay et le grand-précepteur de Normandie, Guy d'Auvergne, rétractèrent publiquement leurs aveux, ils furent considérés comme relaps et brûlés le 11 mars 1313.

La bulle du 2 mai 1312 attribuait la majeure partie des biens du Temple à l'ordre de Saint-Jean ; la surveillance de l'administration de ceux qui étaient situés en France, et que dès l'origine Philippe le Bel avait fait mettre sous séquestre, fut confiée au roi , qui profita des revenus pour son fisc. En Angleterre la procédure fut conduite à peu près comme en France ; en Italie, au contraire, et en Allemagne les templiers furent ménagés. En Espagne le concile de Tarragone, tenu en août 1312, constata

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