ASSOCIATIONS LIBRES
En Italie les rigoristes dissidents tentèrent, pendant tout le cours du quatorzième siècle, de former de petites associations indépendantes pour la stricte observation de la règle; dissoutes à plusieurs reprises par les papes, et renaissant toujours, elles lurent reconnues en 1445 par le concile de Constance; dès lors elles constituèrent, sous le nom de congrégation de l'observance régulière, une des branches de l'ordre de Saint-François; l'autre continua de s'appeler celle des frères conventuels.
Un point sur lequel tous les franciscains étaient d'accord, malgré leurs divergences, était la vénération enthousiaste pour leur fondateur. La légende des stigmates avait donné naissance à l'idée d'une conformité entre saint François et Jésus-Christ. En 1 305 le frère Ubertin de Casale composa dans les Cévennes un livre intitulé arbor vitœ crucifiœœ, il y indique quatre conformités entre le saint et le Christ, la vie pauvre, la contemplation de Dieu, les miracles, les stigmates32. Non content de ces quatre similitudes, le frère Barthélémy Albizzi en trouva quarante; il les décrit dans son Liber conformitatum rédigé en 138533. Présenté au chapitre général de 1399, cet ouvrage fut comblé d'éloges; au seizième siècle la cour de Rome le mit à l'index des livres prohibés.
§ 71. Associations libres. Begliards. Frères de la vie commune.
Quelques ordres nouveaux, fondés au quatorzième siècle et restés sans influence, n'ont d'autre intérêt historique que celui de constater la persistance du besoin de s'associer pour se séparer du monde. En Italie, ce sont la congrégation bénédictine des olivetains ou frères de Sainte-Marie-du-Mont-des-Oliviers, et la
32 Venise 1485, in-f°, au livre 5.
33 La seule édition complète est celle de Milan 1510, in-f°.
m IIIe PÉP.. 1294-1109. CHAI'. II. LES ORDRES RELIGIEUX.
société des frères lais mendiants, dits jésua tes; dans le même pays et en Espagne, des réunions d'ermites formant l'ordre des hiéronymites; en Suède, l'ordre du Sauveur, établi pour des femmes par sainte Brigitte.
Des associations plus importantes sont celles des beghards et des frères de la vie commune.
Au treizième siècle, les beghards et les béguines étaient rattachés aux tiers-ordres des dominicains et des franciscains. Peu après l'année 1300, il se forma dans la ville d'Anvers une confrérie de laïques, pour soigner les malades pauvres et pour enterrer les morts. Ils s'appelèrent Alexiens, du nom de leur patron saint Alexius ; on leur donna aussi les noms de lollards ou Zeiibruder, cellites. Ils trouvèrent des imitateurs dans les Pays- Bas et en Allemagne, et ne tardèrent pas à se confondre avec les beghards. Au commencement du quatorzième siècle, ceux-ci n'étaient pas encore inquiétés par les autorités de l'église; leur institution, née d'un sentiment charitable, était favorisée par les évêques et protégée par les magistrats. Mais il vint un moment où elle se vit menacée par l'intrusion d'éléments étrangers. En Allemagne, surtout le long du Rhin, les beghards se mêlèrent fréquemment aux frères du libre esprit, qui leur prirent leur nom et dont ils empruntèrent quelques opinions. Gens incultes pour la plupart, mendiants et vagabonds, ils étaient facilement gagnés à des doctrines qui séduisaient leur imagination, et cela d'autant plus qu'ils les comprenaient moins; ce qui les attirait plus encore que la métaphysique, c'étaient les principes et les promesses communistes. Même dans les béguinages de femmes on spéculait sur la religion, tout en croyant qu'on ne se livrait qu'à la dévotion mystique.
En 1311, au concile de Vienne, Clément V, à qui tous les beghards et béguines avaient été signalés comme hérétiques, publia deux bulles, par lesquelles il défendit leur genre de vie.