‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 149 sur 215 · ASSOCIATIONS LIBRES · texte numérisé non relu

ASSOCIATIONS LIBRES

Six. ans plus tard, Jean XXII renouvela cette prohibition; mais ayant été informé qu'il y avait deux sortes de beghards, il ordonna en 1318 de ménager ceux qui ne s'écartaient pas de la foi orthodoxe. En 1371 un nouvel orage éclata contre eux ; on les confondait de nouveau avec les frères du libre esprit. L'inquisiteur d'Allemagne obtint de Charles IV un édit, portant que dans tout l'empire les maisons des beghards seraient contisquées pour en faire des prisons de l'inquisition, et celles des béguines, vendues au profit des pauvres, des communes et des inquisiteurs. Grégoire XI confirma cet édit. Les dominicains, qui dirigeaient les béguinages de plusieurs diocèses, représentèrent au pape l'injustice de cette mesure sommaire; à leur demande, il consentit à ce qu'on maintînt et protégeât les maisons qui n'étaient pas suspectes. Celles-ci subsistèrent pendant tout le moyen âge; en Belgique il existe encore aujourd'hui quelques béguinages de femmes. Les beghards finirent par dégénérer; ils ne se faisaient plus admettre dans les confréries que pour y trouver leur subsistance; leur vocation de gardes-malades n'était plus une mission de dévouement, mais un métier qui ne les empêchait pas de se livrer à la boisson et à la fainéantise; leur nom devint synonyme de faux dévot.

Ce fut aussi dans les Pays-Bas que se forma, dans la seconde moitié du quatorzième siècle, l'association des frères de la vie commune. Elle dut son origine à Gérard Groot, Gerardus mafjnus5à. Né en 1340 à Deventer, Gérard étudia la théologie à

34 Gérard i Magni cpistolœ XIV, ed. Acquoy. Amsterd. 1857. — Biographies de Gérard et de Florent par Thomas a Kempis, dans ses œuvres, Anvers 1617. — Busch, Chronicon windc semeuse. Anvers 1621. — Clarisse, Ovcr den gcest en de denkwijze van Geert Groot. Archief vor Kerkelijke geschiedenis, 1829 et suiv., T. 1, 2, 8. — Delprat, Over de brœdcrschap van G. Groote. Arnheim 1830, nouv. édit. 1856; trad. en allemand par Mohnike. Leipzig 1840. — Ullmann, Reformatoren vor der Re formation. Hambourg 1842, T. 2, p. 62. — Acquoy, Hct Kloster te Windcsheim. Utrecht 1875.

284 IIIe PÉR. 12D-1-1 101). CHAP. 11. LES OHIIKES RELIGIEUX.

Paris, l'enseigna à Cologne, obtint des canonicats à Utrecht et à Aix-la-Chapelle, et ne songea pendant quelque temps qu'il jouir du monde. Sa conscience s'étant réveillée, il résigna ses prébendes et se retira dans un couvent de chartreux. Mais bientôt il comprit qu'il avait une meilleure mission à remplir que celle de passer son existence dans un ascétisme inactif; il quitta le couvent et prêcha la pénitence dans diverses villes de son pays. Jaloux de ses succès, les moines mendiants lui firent interdire la prédication. Dès lors il se consacra à l'instruction de la jeunesse; à Deventer il réunit des jeunes gens qui se destinaient à la carrière ecclésiastique, leur donna des leçons et les employa à copier des manuscrits. Sur la proposition de Florent Radewins, un de ses disciples, il voulut que ceux-ci fissent à leur tour un essai de réaliser la vie apostolique ; ils s'engagèrent, sans faire de vœux, à demeurer ensemble, à mettre leurs biens en commun et à vivre, d'après l'exemple et le précepte de saint Paul, du travail de leurs mains; ce travail devait consister à copier des livres. Ils convinrent en outre de contribuer, par leurs paroles et par leur conduite, à amener les hommes de bonne volonté à l'amour de Dieu et au renoncement. Peu avant sa mort, qui arriva en 138ft, Gérard Groot leur conseilla de se rattacher à un ordre approuvé par les papes. A cet effet, Florent fonda en 1386 à Windesheim, près de Zwoll, un couvent de chanoines réguliers de Saint-Augustin, auquel succédèrent bientôt plusieurs autres, formant ensemble la congrégation de Windesheim. Florent fit plus; à Deventer il destina une maison à servir d'habitation à des prêtres, à de jeunes clercs, et à des laïques continuant d'exercer leurs métiers, ayant tous ensemble leurs biens en commun, mais ne faisant pas de vœux monas-

3 vol. — Bonet-Maury, Gérard de Groote, d'après des documents inédits. Paris 1878.

Page 1