‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 160 sur 215 · LE CONCILE UE CONSTANCE · texte numérisé non relu

LE CONCILE UE CONSTANCE

dolfszell, non loin de Constance, et le retint prisonnier. Enfin, le 29 mai, le concile le déposa comme «notoirement simoniaque, dissipateur des biens et des droits de l'église romaine et des autres églises, ayant mal administré le spirituel et le temporel, .scandalisé le peuple chrétien par ses mœurs malhonnêtes, et persévéré dans cette conduite mauvaise de manière à se montrer incorrigible». Il fut condamné à être enfermé, sous la garde de l'empereur, aussi longtemps que le concile le jugerait nécessaire. On lui donna pour prison le même château de Gotlieben, sur les bords du Rhin, où quelques mois auparavant il avait fait conduire Jean Hus. Transféré à Heidelberg, où il se consola en écrivant des vers sur la variabilité de la fortune, il n'obtint sa liberté que trois ans plus tard.

Le k juillet 1/|45 Grégoire XII abdiqua volontairement; le concile le reçut au nombre des cardinaux. Il ne restait que Benoit XIII ; il persista dans son refus, alors même qu'en janvier 4/H6 l'Espagne se sépara de lui; le concile le déposa, le 26 juillet 1/|17, comme schismatique et hérétique; mais il continua, jusqu'à sa mort en Ik^ll, à se gérer comme seul vrai pape, bien que finalement son obédience fût réduite au château de Peniscola en Valence, où il résidait.

Deux des lâches du concile étaient accomplies, la condamnation de l'hérésie hussite et l'extinction du schisme ; il restait la réforme. La plupart des membres étaient venus à Constance avec l'espoir qu'on satisferait enfin aux vœux de la chrétienté. Les circonstances semblaient meilleures qu'à l'ise ; toute la puissance avait passé entre les mains du concile, qui s'était déclaré supérieur aux papes ; comptant en son sein les hommes les plus éminents par leur position ou par leur science, sachant que le monde catholique avait les yeux sur lui et qu'il n'aurait qu'à parler pour être écouté, il aurait pu tout entreprendre ; mais dès qu'il dut user pour la réforme du pouvoir qu'il s'était attribué,

il montra une incapacité singulière. Il n'était d'accord ni sur les objets ni sur l'étendue d'une réforme ; trop d'intérêts contraires étaient en conflit pour qu'on put arriver à un résultat, qui eût exigé des sacrifices que peu de prélats étaient disposés à faire. Quand le collegium reformatorium 3 institué par le concile pour élaborer des propositions, se mit à l'œuvre, il se vit entravé par des dissentiments de toute sorte. Les cardinaux s'opposèrent à tout, aussi longtemps qu'il n'y aurait pas de pape. L'empereur Sigismond, la nation allemande et Gerson insistèrent pour qu'on s'occupât d'abord de la réforme ; Pierre d'Ailly, qui avait pris une position moyenne entre les partisans du concile et ceux de la papauté, demanda que l'on commençât par élire un pape; cette opinion finit par l'emporter. Cependant, avant de procéder à une élection, le concile adopta, le 9 octobre 1417, quelques propositions faites par le comité de réforme : le concile général se réunirait tous les dix ans ; en cas de schisme il s'assemblerait immédiatement et suspendrait les papes de leur administration; le pape qui serait élu ferait une profession de foi, renoncerait au droit de dépouille sur les prélats décédés, et ne déplacerait aucun évèque contre son gré. Dans la session du 30 octobre on décida en outre que le nouveau pape ferait, d'accord avec le concile, une réforme de l'église dans son chef et dans ses membres , d'après dix-huit articles, se rapportant aux causes pour lesquelles un pape peut être censuré et déposé, au nombre et à la qualité des cardinaux, aux annates et à d'autres revenus du siège apostolique, à la collation des bénéfices et à la confirmation des élections aux prélatures, à la procédure des tribunaux pontificaux, à la simonie, aux dîmes, aux dispenses, aux indulgences. A la fin de ce décret il était dit que, quand le concile aurait nommé une commission de députés des cinq nations pour introduire les réformes conjointement avec le nouveau pape, les autres membres pourraient rentrer chez eux. Cette clause décida du sort du

§ 8ii. LE CONCILE DE CONSTANCE.

concile ; la majorité voulait en finir ; la plupart des pères étaient fatigués ; ils sentaient du reste leur impuissance.

L'élection du pape donna lieu à de nouveaux débats. Les cardinaux soutinrent que, le siège apostolique étant vacant, c'était à eux de donner à l'église un chef; d'autre part on voulut les exclure de l'élection. On se fit réciproquement quelques concessions ; on convint de ne réélire aucun des trois papes déposés, et d'augmenter pour cette fois le collège électoral en adjoignant aux vingt-trois cardinaux trente membres du concile, six de chacune des cinq nations. Le 11 novembre ce collège élut le cardinal romain Otton de Golonna, qui jusque-là avait montré de la sagesse et de la modération ; il s'appela Martin V ; avant de le couronner, il fallut d'abord le consacrer prêtre, puis évêque. Ceux qui croyaient encore à des réformes furent bientôt désabusés; Martin publia, lui aussi, des règles pour sa chancellerie, confirmant les pratiques relatives aux réservations, aux grâces expectatives, aux vacances, aux dispenses, aux annates, aux dîmes, aux indulgences. Après son couronnement, le 21 novembre, les cinq nations réunies demandèrent encore une fois qu'il s'occupât des réformes ; pour se débarrasser de ces réclamations, il chargea un comité de six cardinaux de négocier avec chacune des nations séparément ; le concile, comme concile, fut ainsi annulé de fait. En suite de ces négociations, Martin V conclut avec les nations allemande, française et anglaise des concordats presque identiques. Il importe d'en signaler les dispositions les plus essentielles, pour montrer de quoi il fallut se contenter en fait de réformes après la grande ardeur des premiers jours. Le nombre des cardinaux est fixé en règle générale à vingt-quatre ; ils seront choisis parmi le clergé des différentes nations et devront être docteurs en théologie ou en droit, de mœurs respectables ; quelques-uns d'entre eux pourront être de race princière, pourvu qu'ils ne soient pas illettrés ; ils seront nommés de l'avis de tout le collège, mais on n'admet-

Ira ni frères ni neveux des cardinaux existants, et pas plus qu'un membre de chaque ordre monastique. Le pape se réserve, comme par le passé, la collation des bénéfices devenant vacants en cour de Rome pour une cause quelconque. Les dignitaires des chapitres seront élus par ces derniers eux-mêmes ; les nominations des autres chanoines se feront alternativement par les chapitres et par le pape, de manière que la sixième partie des canonicats soit donnée ii des hommes ayant des grades universitaires ; les mêmes grades seront exigés des curés ayant des paroisses de deux mille communiants ou plus. Les annates continueront d'être versées au fisc pontifical ; les bénéfices dont le revenu ne dépasse pas 2/r florins seront seuls exemptés de cette charge. On ne portera devant la curie romaine que les causes qui doivent y revenir de droit ; les autres seront jugées par les tribunaux épiscopaux, à moins que les parties n'en demandent le renvoi à Rome. Il est interdit de donner un monastère ou une église en commende à un prélat. Chaque ecclésiastique se choisira dans un délai de trois mois un confesseur intelligent et discret, qui l'absoudra a dans le for de la conscience» de toute simonie qu'il aura pu commettre soit activement, soit passivement. On n'est pas tenu d'éviter les excommuniés avant la publication de la sentence. Aucune dispense ne sera prononcée par le pape sans le conseil des cardinaux. Il fera un usage modéré des indulgences, ne vilescant ; celles accordées depuis la mort de Grégoire XI sont annulées. Vu l'état actuel de l'église de Rome, il sera pourvu à l'entretien du pape et des cardinaux par les moyens usités ; un cardinal n'aura comme revenu ecclésiastique pas plus de 6000 florins.

Comme les Français protestèrent contre les annates, Martin V leur fit la faveur de renoncer pendant cinq ans à la moitié de ce revenu. Les concordats français et allemand n'étaient d'ailleurs que provisoires, ils ne devaient durer que cinq ans ;

j; Kit. LE CONCILE DE CONSTANCE.

l'anglais seul était définitif; il n'y est pas fait mention des annales et il contient quelques articles particuliers8.

Le concordat français, qui ne reconnaissait pas toutes les libertés de l'église gallicane, échoua devant le parlement ; le roi Charles VI avait déclaré qu'il n'obéirait au concile qu'autant que le permettraient Dieu et la raison ; mécontent de l'issue, il défendit en 1418 de payer à la cour romaine des impositions quelconques. Son successeur revint sur ces mesures; il accepta une partie du concordat.

Avant la fin du concile, Martin V promulgua, de son propre mouvement, quelques décrets de réforme sur l'administration financière de l'église de Rome et sur le costume et la tonsure des prêtres. Il couronna l'œuvre en déclarant faux, rebelle et condamnable le principe que le concile universel est supérieur au pape, et qu'on peut porter devant lui des appels contre des jugements pontificaux. C'était défaire ce qu'à Constance on avait fait de plus important. Il acheta l'appui de Sigismond en lui accordant, pour le dédommager de ses frais pendant le concile, une dime sur les églises de l'empire; aux prélats il distribua des grâces diverses, de sorte qu'il n'y eut pas d'opposition quand, le 22 avril 1418, il prononça la dissolution de l'assemblée, en donnant à tous ses membres une absolution plénière de leurs péchés. Le 16 mai il quitta Constance en grand appareil; le 21 du même mois l'empereur sortit de la ville presque en secret, il ne pouvait pas payer les dettes qu'il y avait contractées.

Aucune des espérances qu'on avait fondées sur le concile ne se trouva réalisée; l'inconséquence et la lassitude des pères

8 Le concordat allemand chez Von der Hardt, T. 1, p. 1055, et chez Lenfant, T. 2, p. 427 ; l'anglais, Von der Hardt T. 1, p. 1079, Lenfant T. 2, p. 444; le français, V. d. H. T. 4. p. 1079, Lenfant T. 2, p. 436. — Munch, Sammluny aller àltern und neuern Concordate. Leipz. 1830, T. 1. — Hûbler, Die Cunstanzer Reformen und dus Concordat von i41S. Leipz. 1867.

IV« PÉK. U0M5tl CHAP. I. LA PAPAUTÉ

avaient permis k la papauté de reconquérir tout son pouvoir, sans renoncer à un seul de ses principes ; les quelques réformes incomplètes et insignifiantes qu'elle avait accordées n'étaient que des concessions qu'elle pouvait retirer dès qu'elle le jugerait à propos.

A Constance on était convenu de se réunir de nouveau cinq ans plus tard à Pavie; comme on se méfiait d'un concile tenu en Italie, il ne vint à Pavie aucun évèque allemand et un très petit nombre seulement de français. A cause d'une peste, Martin V transféra cette assemblée à Sienne, où elle ne siégea que peu de temps et sans résultat. Il fallut les dangers dont l'église était menacée par les hussites, pour engager le pape à convoquer un vrai concile universel, pour le mois de mars 1431, dans la ville libre de Bâle. Il n'en vit plus l'ouverture ; il mourut le 20 février de celte année. Son successeur, le cardinal Gabriel Conolmiere, Eugène IV, élu le 3 mars, jura d'entreprendre avec le concile la réforme «de la cour romaine dans son chef et dans ses membres», ainsi que celle de l'église «quant à la foi, la vie et les mœurs ».

§ 81. Le concile de Bâle — Eugène VI. — Félix V.

Le concile de Bâle devait extirper l'hérésie hussite, réformer l'église et traiter avec les Grecs qui, menacés par les Turcs, avaient besoin des secours de l'Occident9. L'ouverture était

9 Décréta coneilii basiliensis, ed. Seb. Brant. s. 1. et a. (Bâle 1499), in-4°. — Mansi, T. 29 à 31. — Joh. de Ragusio, Initium et prosecutio basiliensis coneilii, publié par Palacky dans les Monumenta conciliorum generalium sœculi XV; T. 1, Coneilii basiliensis scriptorcs. Vienne 1857, in-fJ. Le T. 2, qui a paru en 1873, contient, publiés par Birk, les 12 premiers des 19 livres de la Historia gestorum generalis synodi basiliensis par le cardinal Jean de Ségovie ; le manuscrit complet de cet ouvrage existe à la bibl. de Bâle ; on n'en connaissait qu'un extrait fait en 1480 par Aug. Patricius dans

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