‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 159 sur 215 · LE CONCILE DE CONSTANCE · texte numérisé non relu

LE CONCILE DE CONSTANCE

chaque nation n'avait plus qu'un seul suffrage. Ce fut la première et la seule fois que le clergé se groupa en églises nationales.

Les membres les plus influents, par leurs discours ou par les mémoires qu'ils présentèrent, furent l'Italien Zabarella, cardinal de Florence et savant canoniste, et les Français Jean Gerson7, Pierre d'Ailly et Guillaume Fillastre, cardinal de Saint-Marc.

La mission du concile était de mettre fin au schisme, de réformer l'église et de condamner l'hérésie de Jean Hus. Il sera parlé plus loin de ce dernier objet.

Au commencement ce fut Jean XXIII qui présida les séances. Mais dès les premiers jours de 1415 il s'éleva tant de plaintes sur les scandales de sa vie, que l'idée se lit jour qu'il fallait l'écarter. Dans la pensée que la cession volontaire des trois papes rétablirait l'unité sans trouble, on rouvrit des négociations avec Grégoire XII et Benoit XIII; on croyait avoir quelque espoir d'obtenir leur abdication. Jean XXIII se montra si intraitable qu'on dut le sommer de céder, en lui signifiant « que le concile était en droit de le lui ordonner, même avec menace, et (pie s'il refusait opiniâtrement, on pouvait invoquer contre lui le bras séculier, au nom de l'église universelle ». Le lei mars il jura qu'il céderait, si Grégoire et Benoit faisaient de même. Bientôt après il s'enfuit secrètement, déguisé en palefrenier, sous la protection de Frédéric d'Autriche.

La nouvelle de cette fuite produisit d'abord une consternation générale ; on craignit la dissolution du concile. Jean, qui s'était retiré à Schaffhouse, informa l'assemblée qu'il n'avait quitté Constance qu'à cause de l'insalubrité de l'air; il ordonna aux cardinaux et aux clercs de sa cour de le rejoindre, sous peine d'excommunication. Les esprits timides demandaient si l'on pour-

7 Zùrclier. Gerxov zu Conslanz. Leipzig 1871.

rail délibérer régulièrement en l'absence d'un chef qui n'était pas encore déposé. Une déclaration publique de l'empereur que le concile n'était pas interrompu par l'évasion du pape, et un discours prononcé par Gerson calmèrent ces inquiétudes ; Gerson démontra une fois de plus que le concile universel est supérieur au pape et que, bien qu'il ne puisse pas abolir la papauté, il ;i le droit d'en limiter l'exercice.

Dès le lendemain, 26 mars, l'assemblée arrêta que personne ne pourrait ni la dissoudre, ni la transférer dans une autre ville, ni la quitter avant que le schisme fût termine et la réforme accomplie. Jean XXIII écrivit aux princes pour leur persuader que la promesse de convoquer le concile lui avait été extorquée par la violence; ces lettres ne décidèrent plus personne à prendre parti pour lui. Le concile répondit parun manifeste, également adressé aux princes, disant que, le pape s'étant séparé de ceux qu'il avait convoqués lui-même, on se passerait de son concours. Dans sa quatrième et sa cinquième session, le 30 mars et le 6 avril, il rendit alors plusieurs décrets célèbres, portant en substance que le concile universel, représentant l'église militante, tient son pouvoir immédiatement de Jésus-Christ, et que tout chrétien, de quelque état ou dignité qu'il soit, fùt-il même pape, esl tenu de lui obéir en ce qui concerne la foi , l'extinction du schisme et la réforme générale de l'église dans son chef et dans ses membres. Les mesures que Jean XXIII pourrait prendre contre le concile furent d'avance déclarées nulles, on lui fit défense de créer de nouveaux cardinaux, et on le somma de revenir avec ceux qu'il avait entraînés dans sa fuite. Le duc d'Autriche, mis au ban de l'empire pour lui avoir aidé à s'évader, fit sa soumission ; il promit même de livrer son protégé. On commença une procédure contre Jean XXIII, en l'accusant d'une foule de crimes et de vices ; on le suspendit de ses fonctions et on le cita de nouveau. Le due Frédéric s'empara de sa personne à Ra-

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