‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 167 sur 215 · LE DROIT ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

LE DROIT ECCLÉSIASTIQUE

par les princes, car sous les uns comme sous les autres l'autorité sacerdotale restait la même. La notion de l'église spirituelle, de la communion des élus, n'appartenait alors qu'aux hérétiques; celle d'une église visible universelle, distincte de celle de Rome, fut exposée dans quelques écrits de l'époque du concile de Constance; elle trouva peu d'écho même chez les membres les plus libéraux de cette assemblée.

On a dit que le système des conciles aurait introduit dans le catholicisme une sorte de monarchie constitutionnelle; d'autres ont pensé qu'il aurait abouti à une confédération des églises nationales, dont le pape n'eût été que le président honorifique. Ni l'une ni l'autre de ces opinions n'est tout à fait conforme à la réalité des faits. Dans une confédération le président est élu par les confédérés; or les partisans des conciles admettaient que le pape fût élu par les cardinaux qu'il nommait lui-même; il n'aurait donc pas été le représentant de l'église prise dans son ensemble. Dans une monarchie constitutionnelle le chef de l'état est irresponsable, la responsabilité n'appartient qu'à ses ministres, tandis que d'après les défenseurs des conciles le pape pouvait être mis en accusation et déposé. Le gouvernement par les conciles aurait été celui d'une aristocratie, avec cette contradiction qu'elle n'eût pas choisi elle-même son pouvoir exécutif, et que celui-ci eût été néanmoins sous sa juridiction. Toutefois, s'il avait pu être pratiqué sincèrement, ce système aurait eu l'avantage de soustraire le clergé, et avec lui l'église et l'état, à l'arbitraire des papes et aux abus de leur cour. Mais tel qu'il avait fonctionné, principalement à Bâle, il avait fait preuve d'une impuissance radicale; il aurait fallu aux Pères plus d'expérience, plus de sagesse, plus de véritable dévouement à l'église. D'autre part, les traditions du saint-siège ne permettaient pas aux papes de se contenter d'une souveraineté partagée ; sans un pouvoir indiscutable et infaillible ils n'auraient plus eu de raison d'être.

Au commencement du seizième siècle le système absolutiste avait triomphé; celui de la suprématie des conciles n'était plus qu'une opinion, chère à ceux qui désiraient des réformes, mais tantôt combattue, tantôt obstinément ignorée par la cour romaine et par ses défenseurs.

Cependant, pour le saint-siege lui-même la pratique ne répondait plus à la théorie. Non seulement on ne l'écoutait plus quand il voulait faire sentir son autorité dans les affaires temporelles, mais jusque dans l'administration du spirituel il avait du renoncer, au prolit des princes, à une partie des prérogatives de l'église. On a vu qu'il vendit à François T le privilège de faire les nominations épiscopales; en Espagne c'était aussi le roi qui nommait les évèques; en Angleterre il présentait les candidats, il s'attribuait la moitié des annates, et bien avant la Réforme il supprimait et sécularisait des couvents. Presque partout l'état était devenu une puissance que, lors même qu'elle empiétait sur le terrain ecclésiastique, la papauté ne pouvait plus prétendre a dominer.

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