‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 166 sur 215 · I 83. LE DROIT ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

I 83. LE DROIT ECCLÉSIASTIQUE

matie des conciles universels; celui-ci n'était pas le produit d'un développement progressif et régulier de la science, il était né d'un besoin d'opposition. Ceux qui étaient en lutte avec les papes, et qui pourtant voulaient rester dans l'unité catholique, avaient dû chercher un pouvoir légal, auquel ils pussent recourir contre les sentences des pontifes de Rome. On commençait a douter que les papes, qui, après tout, n'étaient que des hommes et souvent des hommes très passionnés, fussent des législateurs et des juges infaillibles; on désirait une institution qui fût à la fois pouvoir législatif, cour d'appel et tribunal souverain d'arbitrage dans les causes dans lesquelles une des parties était le pape. Déjà dans le cours du quatorzième siècle Philippe le Bel, Louis de Bavière, les franciscains rigides avaient demandé un concile universel pour décider entre eux et le siège apostolique. Une fois énoncée, cette idée d'un concile ne fut plus abandonnée. Pendant la période du schisme il fallut trouver une autorité supérieure, pour vider le conflit entre les différents vicaires de Jésus-Christ; les meilleurs esprits étaient convaincus que cette autorité ne pouvait être que l'assemblée des représentants de l'église. A Constance et à Bàle on érigea en doctrine le principe que le concile universel tient son pouvoir immédiatement de Jésus-Christ, et que tout chrétien, de quelque rang qu'il soit, lui doit obéissance. Jusqu'au commencement du seizième siècle des théologiens et des jurisconsultes de divers pays défendent cette doctrine, avec plus d'ardeur souvent que de science; leur argumentation est encore scolastique, appuyée soit sur des passages de quelques Pères interprétés pour le besoin de la cause, soit sur d'anciennes lois tombées en désuétude; l'histoire des institutions ecclésiastiques était peu consultée, on la connaissait à peine. Quelques savants rejetèrent la donation de Constantin comme apocryphe, ou doutèrent de l'authenticité du recueil de décrétais attribué à Isidore; on ne les suivit guère, on se borna en

1\> PÉH. 1109-1517. GHAP. II. LA THÉOLOGIE.

général à contester les prétentions des papes par des considérations théoriques ou à leur opposer les nécessités des temps nouveaux. On espérait que les conciles œcuméniques, qui jadis avaient fixé les dogmes, auraient à plus forte raison assez de pouvoir pour réformer l'église dans son chef et dans ses membres.

A ce système on ne sut opposer que l'absolutisme. Dans cette direction on n'eut pas besoin de chercher des nouveautés, il suffisait de reprendre les principes de Grégoire VII et d'Innocent III, en les complétant au moyen des gloses des canonistes et des arguments de quelques docteurs scolastiques. On ne reculait pas devant les hyperboles; encore au concile du Latran de 1512 un des membres dit à Jules II : Vous êtes un autre Dieu sur la terre.

Les deux systèmes étaient inconciliables; aucun compromis n'était possible entre eux. Suivant l'un, les individus, y compris le pape, doivent se soumettre à l'universalité ; suivant l'autre, l'universalité est tenue d'obéir à un individu. Le premier n'admet comme souverain que l'église; l'autre ne connaît d'autre souverain que le pape. Le premier peut être appelé, dans un certain sens, un gouvernement représentatif; l'autre est le gouvernement personnel avec ce qu'il a de plus arbitraire. Mais le premier n'est pas la représentation de Yéglise, il n'est que celle de la hiérarchie ; toute la lutte est entre le clergé et les papes ; si le pouvoir séculier s'en mêle, ce n'est que dans l'intérêt des clergés nationaux; plus d'une fois même il n'est guidé que par son propre intérêt, il tend à s'attribuer une part des revenus et à s'emparer de la collation des dignités ecclésiastiques. Personne ne songeait qu'outre les prêtres il y avait les fidèles ; aussi longtemps que les laïques étaient privés de tout droit, îl pouvait leur être indifférent d'être gouvernés par des conciles ou par des papes et d'avoir des évêques nommés par ces derniers ou

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