I 97. L'UNION DES FRÈRES BOHÈMES
N'ayant plus de centre, ils se dispersèrent ; l'absence de lien commun donna naissance parmi eux à de petites sectes, dont les principales furent celle de Nicolas de Wlasenic, qui était un visionnaire et un antinomiste, et celle, plus importante, de Pierre de Chelcic. Ce dernier, qui a écrit divers ouvrages en langue bohème, enseignait qu'il ne doit pas y avoir de contrainte en matière de foi, que les croyants n'ont pas le droit de se défendre par les armes, qu'ils ont à renoncer à toute distinction de rang ou de fortune, que le serment leur est interdit, que le pape est l'antéchrist.
Il parut alors en Bohême un parti nouveau, composé de calixtins et de taboriles et professant plusieurs des maximes pratiques de Pierre de Chelcic. Le chef, Grégoire, neveu de Rokyzana, devint le fondateur de l'Union des frères bohèmes. En 1/|57 l'archevêque de Prague obtint pour eux un établissement au village de Kunwald dans une vallée du Riesengebirg. On pensait que, relégués dans une contrée peu fréquentée, ils resteraient ignorés du monde ; mais comme ils ne cessèrent de gagner des adhérents, ils eurent à subir quelques persécutions. En l/i64 ils purent songer à se constituer; leur intention était de former une communauté, organisée uniquement d'après la loi de Dieu et observant une discipline sévère. A Reichenau, au milieu des montagnes, ils tinrent une assemblée composée de députés de la Bohême et de la Moravie ; ils adoptèrent des règles astreignant les frères à mener une vie simple, sans luxe et sans plaisirs, à renoncer aux fonctions publiques et aux distinctions sociales, à s'engager à ne pas prêter serment, à ne pas faire la guerre, à ne pas trafiquer d'articles servant à des usages mondains. Jusqu'alors ils avaient recouru pour les sacrements aux prêtres calixtins; en J 467, ils se donnèrent un ministère particulier; ils choisirent neuf d'entre eux qui leur parurent dignes de l'exercer; trois d'entre ces neuf, désignés
par le sort, devinrent leurs anciens et formèrent leur conseil supérieur. L'un des trois devait remplir la charge épiscopale ; comme ils ne comptaient parmi eux que des prêtres, et que ceux-ci ne peuvent pas consacrer un évêque, ils firent donner la consécration à celui qu'ils élurent par un vaudois. Leur premier évêque tut Matthias de Kunvvald.
Dans un de leurs synodes, tenu en l/i90, la majorité se prononça pour un adoucissement des principes rigoristes ; l'évêque Matthias annula cette résolution. Ce fut alors que surgit parmi les frères l'idée de rechercher des communautés ayant conservé dans sa pureté le christianisme apostolique. La légende du prêtre Jean avait répandu la croyance qu'en Orient il y avait des chrétiens qui observaient encore les coutumes du premier âge; en outre, les frères avaient entendu parler des vaudois de France et d'Italie. En 1/|91 , Lucas, bachelier de Prague, et quelques autres se mirent en route ; ils arrivèrent jusqu'à Jérusalem, sans trouver ce qu'ils cherchaient. A leur retour, Lucas écrivit des traités pour recommander une discipline plus conforme aux nécessités de la vie sociale; un synode, tenu en l49/i, adopta les modifications qu'il proposait et qui se rapportaient au serment, aux charges publiques, au commerce, à la distinction entre nobles et roturiers. Trois années après, Lucas et un autre frère furent envoyés à la recherche des vaudois ; en parlant de ces derniers nous avons fait mention de ce voyage et de ses conséquences.
En Bohême et en Moravie les frères jouirent pendant quelque temps d'une certaine tolérance; plusieurs seigneurs s'étant joints à leur union, ils purent construire des oratoires. Le roi Ladislas commença à les persécuter, ne voulant protéger que les utraquistes. En ihOk, 1507 et 1508, les frères lui adressèrent des confessions de foi constatant leur accord avec l'église universelle et faisant ressortir les points sur lesquels ils se sépa-