‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 195 sur 215 · I 96. LES CALIXTINS JUSQU'A LA RÉ FORMATION · texte numérisé non relu

I 96. LES CALIXTINS JUSQU'A LA RÉ FORMATION

plus de liberté, ou qu'elle leur reconnût au moins une situation légale sur la base des compactata ; le pape, au contraire, protesta contre ce traité et exigea le retour des Bohèmes à l'unité catholique. Déjà en 1437 les calixtins insistèrent auprès du concile de Bàle pour qu'il approuvât leur coutume de donner la saintecène aux enfants, l'introduction dans tout le royaume de la communion sub utraque afin de mettre fin à la diversité liturgique, l'usage de la langue nationale dans le culte et l'élection de Rokyzana à l'archevêché de Prague. Le concile, tout en s'étant séparé d'Eugène IV, se montra aussi orthodoxe que lui ; il ne céda sur aucun de ces points. Sigismond, à son tour, parut oublier les assurances qu'il avait données à l'église de Bohême; il laissa les légats du concile rétablir, tant qu'ils purent, l'ancien ordre de choses ; Rokyzana, qu'il avait reconnu comme archevêque, mais qui prêchait contre la réaction catholique, fut forcé de quitter Prague. A la mort du roi, en décembre 1Û37, les deux partis furent sur le point de reprendre les armes. Les catholiques donnèrent la royauté à l'empereur Albert II, les calixtins s'y opposèrent. Albert étant mort dès l/t39, le désordre fut tel que les Bohèmes s'accordèrent, en pour faire administrer le

royaume, pendant la minorité du fils d'Albert, par deux gouverneurs, l'un calixtin, l'autre catholique. Les calixtins tinrent le k octobre de la même année un synode à Kuttenberg ; dans celte réunion ils rédigèrent leur première confession de foi, composée de 22 articles83. En tète est le principe que la sainte Ecriture sera maintenue intacte, que nul, pas même le pape, n'a le droit d'y ajouter ou d'en ôter quoi que ce soit, et qu'elle sera prêchée au peuple d'après les explications des Pères. Les articles suivants concernent l'homme créé à l'image de Dieu, le

83 Chez Gochkeus, Hist. hussitarum, p. 335, et cliez Theobakl, Gesch. des Hussitenkriegs, P. 2, p. 127.

m 1V« PÉB. 1409-1517. CHAP. IV. SECTES ET RÉFORMATEURS.

péché originel consistant dans l'affaiblissement du libre arbitre dans les choses spirituelles, la justification par l'imputation du mérite de Jésus-Christ, les bonnes œuvres qui rendent l'homme agréable à Dieu; l'église, qui n'a d'autre chef que le Christ, est formée de ceux qui ont la vraie foi et qui font le bien ; elle est invisible, quant à ses membres dispersés dans le monde, elle devient visible là où l'on prêche la Parole de Dieu, où l'on administre fidèlement les sacrements et où l'on vit conformément à la loi divine; celle-ci, de laquelle dérivent les lois humaines, est obligatoire pour tous, laïques et clercs, ils sont tous également justiciables des tribunaux séculiers; les sept sacrements, le sacrifice de la messe, la transsubstantiation , les ornements du culte, les images, les habits sacerdotaux sont conservés; la communion se fait sous les deux espèces et doit être donnée aussi aux enfants; le mariage n'est pas défendu aux prêtres, bien qu'il soit désirable qu'ils n'usent pas de cette liberté.

Cette confession , mélange de principes réformistes et de doctrines catholiques, ne reprend pas seulement ce qui était refusé par les compactata, elle va même au delà des quatre articles de Prague. Aussi fit-elle échouer les efforts des calixtins pour obtenir la confirmation de leurs droits religieux et celle de leur archevêque. Désirant sortir de l'isolement et se créer un appui, ils essayèrent de se rapprocher de l'église grecque ; les négociations qu'ils ouvrirent à cet effet furent rompues par la chute de Constantinople.

En 1450 Georges Podiébrad, depuis ikkh gouverneur calixtin de la Bohême, se trouva seul à la tête de l'administration ; son parti semblait triomphant. Ni le légat Nicolas de Cuse ni un moine mendiant, chargé par le pape de prêcher contre «les hérétiques utraquistes ». ne purent détourner Podiébrad de sa résolution de maintenir les compactata. Proclamé roi en 1458,

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il se lit couronner par des évèques catholiques et jura de protéger la foi orthodoxe, de résister à l'hérésie et de ramener son peuple à l'union avec Rome ; mais par résistance à l'hérésie il n'entendait pas la persécution des calixtins. En J 465 Paul II l'excommunia, le déposa, fit publier une croisade contre lui, et donna finalement la Bohême au roi Matthias de Hongrie ; celui-ci s'empara de plusieurs provinces, Podiébrad se maintint dans la Bohème proprement dite. Après sa mort on élut roi le prince polonais Ladislas ; à la diète de Kuttenberg en 1485 Ladislas, quoique catholique, eut la sagesse de garantir la liberté des deux églises. Il mourut en loi G. Jusque-là les calixtins avaient été des protestants à moitié catholiques ; la plupart d'entre eux acceptèrent de bonne heure la réformation de Luther.

§ 97. Les taborites. — L'Union des frères bohèmes Si.

Après leur défaite en 1434, les taborites renoncèrent peu à peu à ce que leurs doctrines avaient eu d'excessif; ils ne conservèrent que les principes sur la pureté de la foi et l'austérité de

84 Camerarius. Narràtio de fratrum orthoihxorum ecclesiis in Bohemia, Moravia el. Polonia. Heidelberg 1605. — Gomenius, Historia fratrum bohernorum. Amsterd. 1660, in-4°. — Gindely, Geschichte der bôhmischen Brûder. Prague 1857, 2 vol. — Le même, Quellen zur Gesch. der bohm. Brûder, vornehmlich ihren Zusammenhang mit Deutsçhland betreffend, dans les Fontes rerum austriacarum, Vienne 1359, T. 19. — Goll, Quellen und Untersuchungen zur Gesch. der bohm. Brûder. P. 1 , Der Verkehr der Brûder mit den Waldensern. Wahl und Weihe der ersten Priester. Prague 1878. — L'article de Zezschwitz sur Lucas de Prague dans l'Encyclopédie de Herzog, 1« éd. T. 20, p. 23.

Waldensia, id est demonstratio verœ ecclcsiœ demonstrata ex confessionibus cum taboritarum tum bohemorum, ed. Lydius. Rotterd. 1616, 2 vol. — Zezschwitz, Die Katechismen der Waldenser und bôhmischen Brûder. Erlangen 186I5. — Kôppen, Kirchenordnung und Visciplin der alten hussitisrlten Brûderkirclie Leipzig 1845.

la vie. Gomme Rokyzana désirait les rallier aux calixtins. ils tinrent avec ceux-ci, en 1443, un colloque à Kuttenberg ; les principaux interlocuteurs furent l'archevêque de Prague et Nicolas Biskupec, un des ministres de la communauté de Tabor. Ce dernier présenta la confession de son parti. De même que les calixtins, les taborites partent de l'Écriture, mais tandis que les premiers veulent que dans l'interprétation on suive les Pères, les seconds n'admettent les Pères que quand ils sont conformes à la Bible. D'après les calixtins, se rattachant aux scolastiques, l'homme est justifié par la foi et les œuvres; d'après les taborites, la foi n'est jamais sans les œuvres, mais c'est elle seule qui justifie, la justification par la foi est a la somme de l'Évangile et le fondement du christianisme», là où elle est professée, là est l'église. Les calixtins ont encore sept sacrements , les taborites n'en ont plus que deux, le baptême et la cène, et ils ne les considèrent que comme des signes extérieurs d'effets intérieurs. Pour eux enfin les ornements, les images, etc., conservés par les calixtins, sont des choses indifférentes, mais comme ces choses peuvent conduire à la superstition, il convient de les abolir. On voit qu'ils s'étaient fort éloignés de Hus, ils avaient fait un progrès dont il n'est pas facile de déterminer les causes. Eux et les calixtins étaient depuis longtemps en rapport avec les petits groupes de vaudois disséminés dans le pays ; il paraît même que beaucoup de ceux-ci s'étaient rattachés aux communautés hussites ; mais comme ils n'avaient pas encore de corps de doctrine bien arrêté, ils n'ont guère eu d'influence sur la théologie bohème ; ce sont eux au contraire qui ont profité du développement dogmatique tantôt des calixtins, tantôt des taborites.

Le colloque de Kuttenberg, demeuré sans résultat, fut repris l'année suivante à Prague, avec le même insuccès. Podiébrad, irrité de cette persistance des taborites dans leur confession, s'empara en 1453 de Tabor et y introduisit le culte calixtin.

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