‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 24 sur 215 · LE MONDE LAÏQUE. LES PENITENCES · texte numérisé non relu

LE MONDE LAÏQUE. LES PENITENCES

voulut pas que l'ancienne église de Milan, illustrée par saint Anibroise et toujours libre, lût assujettie aux lois romaines; il y eut même un tumulte; mais l'archevêque finit par céder, les légats lui imposèrent, ainsi qu'à ses prêtres, des pénitences, et pour faire acte de soumission, il parut la même année au concile de Rome.

La lutte pour le célibat et contre la simonie fut continuée par Grégoire VII ; on verra plus loin avec quels résultats.

§ <J. Le monde hiïque. Le* pénitences.

Dans le monde laïque, à peine sortant de la barbarie, les mœurs étaient licencieuses, les passions violentes; pour les adoucir on comptait moins sur une action purement spirituelle, que sur la répression des péchés par l'emploi d'une législation pénale. A une époque où partout régnait l'empire de la force, c'était peut-être le seul moyen de faire respecter le droit. Une transformation subite et complète était impossible ; il fallait se contenter d'arracher, quand on le pouvait, quelques concessions à la rudesse du temps. Mais, il faut l'avouer, les remèdes qu'on a opposés au mal n'ont pas toujours été les plus sages.

Charlemagne institua des sessions judiciaires épiscopales, semblables à celles que tenaient les comtes. Lors des tournées annuelles pour visiter son diocèse, l'évêque devait établir dans chaque paroisse son tribunal, pour faire une enquête sur les mœurs. Il se faisait précéder par un archidiacre, qui annonçait son arrivée et qui, en attendant, jugeait les causes moins importantes. Arrivé lui-même, l'évêque choisissait quelques hommes connus par leur probité, ordinairement sept, qui devaient servir de témoins synodaux; il leur faisait prêter serment de dire la vérité sur ce qu'ils savaient concernant l'état moral de la commune; puis il demandait s'ils connaissaient des homicides, des

[i-e PÉR. 77t-10"3. CHAP. III. ÉTAT MORAL, DISCIPLINE, CULTï

voleurs, des adultères, des fornicateurs, des parjures, des sorciers, etc. Les accusés, s'il y en avait, pouvaient se détendre, ou en appeler aux épreuves de l'eau ou du feu. Aux coupables l'évecpae imposait des pénitences, que le comte était chargé de faire exécuter. C'était là une sorte d'inquisition morale; la justice laïque ne recherchait pas les crimes, elle ne jugeait que quand il se présentait des accusateurs; l'église, au contraire, croyait devoir s'informer de la moralité des fidèles; le serinent exigé des témoins était une garantie contre les délations haineuses. Les pénitences étaient des jeûnes, des châtiments corporels, parfois la prison ; ces peines servaient de complément à celles qu'édictaient les lois civiles, et qui ne consistaient qu'en amendes. Ce n'est que pour les péchés confessés volontairement au prêtre, que celui-ci pouvait demander une somme d'argent, à titre d'aumône pour les pauvres.

Plus tard l'institution des plaids épiscopaux perdit son caractère; ce qu'elle avait eu de conforme aux coutumes germaniques fit place à des règles venues de Rome. Dans ce nouveau système pénitencier le principal rôle est donné à l'argent. Les libri pœnitentiales, qui sanctionnaient le rachat des pénitences, et que l'église franque avait d'abord repoussés, finirent par être adoptés partout, surtout le romain ; chaque prêtre dut en avoir un exemplaire pour lui servir de guide. La substance de ce qui concerne ces matières est réunie dans deux recueils, qui ont joui pendant quelque temps d'une grande autorité: les deux livres de causis synodalibus et disciplims ecclesiasticis, compilés vers 906 par l'abbé Réginon de Priïm dans le diocèse de Trêves,2'1 et le grand volumen decretorum de l'évèque Burcard de Worms, mort en 1025 25 .

24 Publié par Baluze, Paris 1G71 ; par Wasscrschleben , Leipzig 1840.

25 Cologne 1548, in-f°, et souvent. — Wasserschleben , Beitràgc zur Gcsekichte der vor<jvatianisclicn Kirchenrechtsquellen. Leipzig 1839.

g 9. LE MONDE LAÏQUE. LES PÉNITENCES.

D'après ces codes les peines ecclésiastiques peuvent être échangées contre des pratiques moins pénibles ou rachetées par de l'argent. Pour paraître équitables, les prêtres doivent avoir égard tantôt à la fortune, tantôt à la santé, tantôt à l'ignorance de ceux qui ont encouru des punitions. Si quelqu'un ne veut pas jeûner et qu'il est riche, il payera pour une pénitence de sept semaines vingt sols; est-il pauvre, il n'en devra que dix. Au lieu d'une pénitence d'un mois au pain et à l'eau, on peut réciter à genoux 1200 psaumes; si on trouve la génuflexion trop fatigante, on en récitera 1860.

Il est permis de douter de l'efficacité de pénitences si machinales et si singulièrement facilitées. Des hommes plus sérieux s'en imposèrent volontairement de plus dures. Pierre Damien introduisit la flagellation, qui avant lui n'avait été qu'un des châtiments que pouvaient infliger les tribunaux épiscopaux, ou qu'on n'avait pratiquée comme acte expiatoire que dans quelques monastères. D'un caractère rude et sombre, Pierre Damien, ermite à l'âge de trente ans, se mortifiait la chair avec un vrai fanatisme ; il était abbé d'un couvent dans les états de l'église, quand en 1058 il fut appelé à Rome comme cardinalévêque d'Ostie. Collaborateur de Hildebrand, il rendit à la papauté les services qu'elle pouvait attendre d'un pareil homme. Pierre, qui a voulu être un réformateur moral de son temps en combattant le mariage des prêtres, a propagé une erreur pernicieuse ; il a autorisé la conversion des jeûnes, imposés comme pénitence, en coups de discipline. Il a dressé à cet effet un tarif, indiquant le nombre de coups correspondant à un certain nombre de jours de jeûne. Voici un de ses calculs : mille coups peuvent être donnés pendant qu'on récite dix psaumes; 15,000 coups prennent le temps du psautier complet, d'où il suit qu'en récitant vingt fois le psautier en se donnant le nombre de coups nécessaire, on accomplit une pénitence de cent ans, ce qui

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