I" PÉR. 771-1073. CHAP. IV. MONACHISME
grossières. On insista de nouveau sur la nécessité de l'étude, on forma une bibliothèque, on recommanda même la lecture des classiques. Ces coutumes de Cluny, qui ne furent recueillies sous forme de règlement qu'au onzième siècle, furent adoptées aussi dans d'autres couvents; déjà onze ans après l'élection d'Odon, en 938, dix-sept monastères s'étaient engagés à les observer. Les successeurs d'Odon, Aymard, Mayolus et surtout Odilon, établirent des couvents nouveaux et en réformèrent d'anciens, en les rattachant tous à celui de Cluny.
C'est ainsi que se forma la congregatio cluniacensis. Le privilège de l'exemption de la juridiction épiscopale fut confirmé en 9ftG par Agapète II ; plusieurs fois combattu par les évêques, et souvent renouvelé par les papes, il finit par être respecté. La congrégation de Cluny forma dès lors comme une église dans l'église, indépendante de l'épiscopat et protégée par le saint-siège, dont elle devint un puissant auxiliaire. Elle était dirigée par l'abbé de Cluny, qui était l'archiabbé de l'archimonastère. Chaque année les supérieurs des maisons associées se réunissaient dans la maison principale, pour délibérer sur des modifications éventuelles de la règle; toutefois l'autorité de l'archiabbé était presque absolue. Dans cette première période Cluny exerça une influence considérable; le monachisme bénédictin recouvra sa dignité et fut de nouveau entouré de l'estime du monde; les abbés Mayolus et Odilon donnèrent à des princes des avis qui furent écoutés ; Hildebrand, avant de suivre Léon IX à Rome, vécut à Cluny et en adopta les maximes si conformes à ses tendances personnelles.
La même réforme se répandit aussi en Allemagne. En 1071 Guillaume, abbé de Hirschau dans le Wurtemberg, fonda la congregatio hirsaugiensis d'après le modèle de celle de Cluny, dont il s'était fait communiquer les coutumes.