BENOIT D'ANIANE. CONGRÉGATION DE CLUNY
diocèse, ce dernier ne pouvait guère espérer d'être obéi. Quant au pape, il était trop loin pour exercer une influence efficace; et quant aux princes, ils s'inquiétaient peu de la discipline, pourvu que les abbés remplissent leurs devoirs féodaux.
Il était donc urgent de faire une réforme, consistant à la fois dans le retour à la règle et dans l'établissement d'un lien plus étroit entre les couvents, ainsi que dans leur subordination à un chef ou à un collège de directeurs. Cette réforme partit encore de la France.
Guillaume, duc d'Aquitaine, surnommé le pieux, voulant faire cesser les abus dans les couvents de ses domaines, fonda en 910 à Cluny en Bourgogne un monastère devant servir de modèle. Il en confia la direction à Bernon, issu d'une famille noble et abbé de Beaume; en outre il le soumit à l'autorité immédiate du siège de Rome, afin de le soustraire à toute autre juridiction ecclésiastique ou politique34. Dans les premiers temps les frères ne choisirent pour abbés que les plus dignes. Le successeur de Bernon, Odon, de 927 à 941, théologien instruit, devint le vrai réformateur. Il rétablit la règle de saint Benoît dans ce qu'elle avait de sévère et dans ce qu'elle avait d'utile : obéissance et silence absolus, vie partagée entre le travail et les exercices pieux, charité envers les pauvres du dehors, hospitalité envers les étrangers. L'admission de nouveaux frères fut rendue moins facile; on ne dut recevoir ni des jeunes gens au-dessous de vingt ans, ni des vieillards infirmes, ni des hommes de mœurs
34 Ordo cluniacensis , onzième siècle, chez Herrgott, Vêtus disciplina monastica, Paris 1726, in-4°, p. 133. — Antiquiorcs consuctudines cluniaccnscs ; d'Achéry, Spicilegium, T. 1, p. 641. — Holstenius, T. 2, p. 176.
Bibliotheca cluniacensis inqua SS. patrum àbbatum cluniacensium vitœ, miracula, scripta etc., cura M. Marrier et A. Quercetani. Paris 1614, in-fJ. — Lorain, Kssai historique sur l'abbaye de Cluny. Dijon 1839. — Ed. de liarthélcmy, Histoire de Cluny. Paris 1868. 3 vol. — Greeven, Die Wirksamkeit der Chtniacenser. Wesel 1870.