LA SCIENCE THÉOLOGIQUE
doctrine de Gottschalk. L'homme déchu n'a pas cessé d'être un résumé de la création, seulement il n'en a plus conscience, il ne peut plus remplir son rôle de tout rapporter à Dieu. Pour le ramener au bien, le Verbe est apparu sous une forme humaine; il est l'homme idéal et éternel, l'homme-Dieu. En lui on contemple l'unité du fini et de l'infini; cette contemplation nous délivre du mal, elle nous apprend à supprimer les différences, nous devenons un avec Dieu, «par l'efficacité de la contemplation». Le terme final de l'univers sera une absorption de tout en Dieu ; le mal se consumera dans le bien éternel, la misère dans la béatitude, la mort dans la vie.
Cette philosophie, dont on n'a pu donner ici qu'un résumé très court, est bien éloignée du christianisme. En la comparant avec celle des alexandrins et de Pseudo-Denis, on découvre, malgré les analogies, une différence considérable; Scot Erigène trouve la manifestation de l'infini, moins dans les phénomènes du monde visible, que dans l'intelligence de l'homme. Fondée sur le principe que l'essence universelle est l'être unique, sa spéculation est un réalisme, dont le dernier mot est le panthéisme. Le neuvième siècle n'était pas préparé à ces hardiesses ; il ne put ni les suivre ni les réfuter, il ne les comprit pas; il condamna Goltschalk, mais n'inquiéta pas Scot.
II. Depuis la fin du neuvième siècle jusqu'à l'avènement de Grégoire VII.
§ 19. La science théologique.
Après la période animée des Carolingiens, le dixième siècle paraît si inerte et si barbare, que le cardinal Baronius l'a qualifié, dans ses annales, de siècle de plomb, sœculum plumbeum. Dans les écoles des monastères et des chapitres les études