I" PEU. 771-107.3. CIIAP. V. THÉOLOGIE ET CONTROVERSES
capable de cette transformation, parce qu'elle porte en elle une empreinte de la trinité. La conception que se fait Scot de cette dernière est fort éloignée du dogme orthodoxe : le Père est la première cause créatrice; le Fils ou le Verbe est l'organe de la création, laquelle existe en lui à l'état d'idée; le Saint-Esprit en est l'ordonnateur, celui qui diversifie les effets et les phénomènes. Mais les trois personnes ne sont pas des réalités, elles ne sont que des noms donnés à des relations divines; «Dieu est plus qu'unité et plus que trinité ».
L'évolution divine, processio ex deo, s'explique par les causes primordiales, qui sont contenues dans le Verbe et qui en sortent comme théophanies. Rien n'a une existence réelle en dehors de Dieu, et rien n'est en dedans de lui qui ne soit lui-même ; il est donc tout en tout. La religion enseigne que le monde a été tiré du néant, ex nihilo factum est; ce nihil est Dieu ; en créant, Dieu sort du néant de son absoluité, il apparaît ; le monde fini est la forme de l'infini. Scot a donc pu dire que Dieu et la création sont « une et la même nature, que Dieu est tout et que tout est Dieu». Comme l'intelligence humaine porte en elle l'image de la trinité, elle devient le théâtre de la même évolution ; elle crée les choses en les concevant ; en les rapportant à Dieu, elle rentre elle-même en lui. Dieu est Dieu par l'excellence de sa nature; l'homme devient Dieu par un effet de la grâce, et celle-ci est nécessaire à cause de la chute.
C'est par ces termes de grâce et de chute que reparait chez Scot l'élément religieux, pour être absorbé aussitôt de nouveau par l'élément métaphysique. Adam est tombé parce qu'il a voulu être quelque chose en dehors de Dieu ; il s'est distingué de Dieu au lieu de rester un avec lui, il s'est privé ainsi du seul bien véritable. Le mal n'est pas une réalité, il n'est que la privation du bien; pour «la spéculation supérieure» il n'existe pas, il n'existe pas non plus pour Dieu. C'est là ce que Scot oppose à la