‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 71 sur 215 · ORDRES D'ERMITES. ETC · texte numérisé non relu

ORDRES D'ERMITES. ETC

était né au château de Thiers en Auvergne; voué dès sa naissance au sacerdoce, il passa sa jeunesse en Italie, où il vécut pendant quelque temps chez des ermites de la Calabre23. Ayant obtenu en 1073 de Grégoire VII la permission d'établir un ordre religieux, il se fixa dans sa patrie, sur le mont Muret près de Limoges; là il réunit quelques frères, en leur imposant l'isolement et le silence. Après sa mort en 1124, son successeur, le prieur Pierre de Limoges, forcé de quitter Muret, fonda non loin de là le couvent de Grammont. La règle, rédigée plus tard et approuvée par Innocent III, est celle d'une institution fondée sur l'ascétisme le plus rigoureux; elle fut adoptée en France par près de soixante monastères. Les frères lais étant devenus plus nombreux que les religieux, il éclata des contlits qui durèrent fort longtemps, et qui compromirent l'indépendance de la congrégation.

Un ordre plus célèbre est celui des chartreux, fondé par Brunon de Cologne24. Noble de naissance, comme Étienne de Thiers, Brunon fut d'abord chanoine de Saint-Cunibert dans sa ville natale, puis écolàtre de la cathédrale de Reims. Irrité des excès de l'archevêque Manassès (qui fut déposé et excommunié par Grégoire VII), et désespérant de corriger les abus dont il était témoin, il renonça au monde; en 1080, suivi de quelques compagnons, il alla s'établir à Saisse-Fontaine, dans le diocèse de Langres, et bientôt après dans un endroit plus solitaire encore, à la chartreuse près de Grenoble. Là il bâtit des cellules, dont chacune devait loger deux frères. Appelé à Rome, par Urbain II

-! Biographie d'Etienne par Gérard, 7e prieur de l'ordre, chez Martène et Durand, Amplissima collcctio. T. 0, p. 1050. — Mabillon, Annales ordinis S. Benedicti. T. 5, p. 65. — La règle, chez Ilolstenius, T. 2, p. 303.

24 Acta sanctovum, octobre, T. 3, p. 491. — Règle, Holstenius, T. 2, p. 310. — Abbé Lefebvre, saint Brunon et l'ordre des chartreux. Bar-le-Duc 1884, 2 vol.

Ile pÉR. 1073-1294. CHAI'. III. MONACHISME

son ancien élève, Brunon ne resta que peu de temps à la cour pontificale ; il se retira chez les ermites de la Càlabre, fonda un petit établissement semblable à celui de la chartreuse, et y mourut en 1101. L'ordre, confirmé en 1170 par Alexandre III, se propagea surtout en France et en Allemagne. Sa règle était la plus sévère de toutes : défense absolue de parler et même de prier à haute voix; pour nourriture rien que du pain, des légumes et de l'eau ; pas de métal précieux pour les vases et les ornements du culte; règlements minutieux sur l'emploi de chaque heure, mais obligation d'un travail consistant principalement en copie de manuscrits. Cette prescription compense jusqu'à un certain point ce qu'il y a d'exagéré dans l'ascétisme des chartreux; en copiant des livres ils ont rendu des services dont il faut leur tenir compte. Dans les premiers temps ils avaient refusé toute aumône, à l'exception des vivres et de peaux de bœuf pour leurs sandales; quand ils eurent acquis quelques richesses, ils les employèrent à l'embellissement de leurs églises et à l'augmentation de leurs bibliothèques.

Vers 1156 Berthold, originaire de la Calabre, fonda sur le mont Carme) en Palestine quelques ermitages, qui pendant une série d'années restèrent à peu près ignorés. En 1209 le patriarche latin de Jérusalem leur donna une règle, confirmée en 122/1 par Honoré III et constituant l'ordre des frères ermites de la Vierge du mont Carmel. Transplantée en Europe, cette institution reçut d'Innocent IV, en 12/|5, les privilèges des ordres mendiants, sans autre but que de rendre une dévotion particulière à la Vierge25.

Un autre ordre du même genre fut créé en Italie. En ce pays il existait, sous des noms divers, plusieurs associations d'ermites qui ne se rattachaient pas aux camaldules. En 12/|/l Inno-

25 La règle, chez Holstenius T. 3, p. 18.

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