II" PEU. 1073-1294. CHAI'. III. MONACHISME
Dominique naquit douze ans avant François, en J 170, au bourg de Galaruega près d'Osma, dans la Vieille-Castille. Élevé d'abord par un oncle, archiprêtre dans une ville voisine, il lit ensuite des études philosophiques et théologiques à l'université de Palencia41. Il était savant, sévère pour lui-même et pour les autres, mais moins enthousiaste que pratique et dogmatisle; il avait plus de rigidité orthodoxe que de sentiment mystique et d'exaltation. A l'âge de 24 ans il devint chanoine régulier à Osma. En 120Z| il accompagna I evèque de cette ville, Diégo de Azevedo, que le roi de Castille avait chargé d'une mission en France; ce fut lui qui en remplit la principale part. En compagnie de l'évêque il visita aussi la ville de Rome; à leur retour, ils assistèrent à Montpellier à une conférence d'abbés cisterciens sur les moyens de convertir les albigeois. Les abbés s'étant plaints de l'insuccès de leurs efforts, Dominique leur lit observer qu'ils en étaient eux-mêmes la cause; ils étalaient un faste dont se raillaient les hérétiques et qui scandalisait les catholiques; s'ils voulaient réussir, ils devaient parcourir le pays pieds-nus et sans appareil. Ils suivirent ce conseil, 1 evèque d'Osma lui-même se joignit à eux, Dominique fut leur directeur. Mais comme les cailloux et les ronces ne convenaient ni à Diégo ni aux abbés, le premier retourna en Espagne, les autres dans leurs monastères. Dominique, resté seul, continua de prêcher au peuple et de réfuter les hérétiques. Pour empêcher les familles moins aisées de faire élever leurs filles par les cathares, il établit le couvent de Notre-Dame de Prouille, au pied des Pyrénées, pour lequel l'évêque Foulques de Toulouse lui céda des biens et une église. Vers cette époque Innocent III le chargea officiellement d'être prédicateur de la foi dans les provinces méridionales de la France. Elu évêque de Béziers en J 21 2, il refusa cette dignité
Transférée depuis 1217 à Salamanque.
g 37. ORDRES MENDIANTS.
pour rester fidèle à sa mission. Il s'adjoignit quelques frères; deux d'entre eux possédaient une maison à Toulouse, où ils vécurent alors, sans règle spéciale, mais en observant les coutumes monastiques. Le comte Simon de Montfort et l'évêque Foulques donnèrent à ce premier couvent des domaines enlevés aux albigeois. Le nombre des frères s'étant augmenté, Dominique songea à créer un ordre. En 1215, lors du concile du Latran, il se rendit à Rome; le concile venant de défendre l'établissement d'ordres nouveaux, le pape conseilla à Dominique de se rattacher à une congrégation déjà existante. Étant lui-même chanoine régulier, il adopta la règle dite de saint Augustin, en la renforçant par les statuts de Prémontré, mais sans exiger encore la mendicité. Après la mort d'Innocent III il vint de nouveau à Rome; cette fois-ci il obtint d'Honoré III la reconnaissance formelle de l'ordre des frères prêcheurs; le pape lui donna quelques privilèges et confirma ses possessions. Dès lors l'ordre se répandit avec la même rapidité que celui des franciscains; il attira de préférence les hommes instruits et les ennemis des hérétiques, tandis que les frères mineurs se recrutaient principalement parmi les natures enthousiastes. Dominique parcourut l'Italie, l'Espagne, la France, et fonda partout des couvenls; il s'en établit d'autres en Allemagne, en Hongrie, en Bohême, en Angleterre. En 1220 se réunit à Bologne le premier chapitre général ; il introduisit la mendicité. Ce que François d'Assise avait institué pour obéir à un mouvement spontané de son cœur avide de Dieu, Dominique se l'appropria, dans l'intention d'affaiblir un des arguments les plus forts des hérétiques. 11 obligea son ordre à restituer les biens dont il avait déjà fait l'acquisition. Au chapitre général de l'année suivante, les frères s'organisèrent à peu près comme les franciscains: l'ordre fut divisé en provinces, chacune sous un prieur provincial, et tout l'ensemble sous un maître général ne relevant que du pape; tous les trois ans devait