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Précis de l'histoire de l'Église réformée de Paris d'après des documents en grande partie inédits

Si je n'tii pas intitulé le travail dont je publie aujourd'hui la première parùc, Histoire de l'Église réformée de Paris, quoiqu'il soit le fruit de longues et laborieuses recherches, c'est que j'ai une haute idée de la dignité de l'histoire. Mênae quand elle se renferme dans un sujet spécial et rigoureusement limité, l'histoire exige l'ampleur des développements, l'exposition de vues générales, l'abondance des réflexions et des jugements.

Mon ambition a été plus modeste, et cependant je n'ai pu me borner à rédiger après coup une simple chronique où les événements du passé ne seraient qu'enregistrés à leur date. J'ai tenté une voie moyenne. J'ai essayé de rapporter les faits avec une scrupuleuse exactitude quant aux noms propres, aux dates, aux lieux, aux circonstances; mais je n'ai pas cru devoir m'interdire de rechercher les causes, de saisir l'enchaînement des faits , d'expliquer les événements. Faire plus qu'une chronique et moins qu'une histoire proprement dite , tel est le plan que je me suis proposé. A vrai dire, il eût été imprudent de tenter davantage: ce livre est le premier où les destinées du protestantisme au sein de notre grande capitale soient exposées, et malgré de patientes investigations, je suis certain qu'on trouvera pour une histoire future nombre de documents encore inexplorés dans les archives de l'État, les dépêches des ambassadeurs étrangers, les bibhothèques publiques et privées.

J'ai puisé autant qu'il m'a été possible aux sources manuscrites qui sont devenues de plus en plus la base de tous les travaux historiques de notre temps. J'ai fait usage pour ce volume , et je profiterai plus encore dans la suite, d'une collection assez considérable de pièces inédites que j'ai reçues ou recueillies depuis longtemps. Je saisis cette occasion de témoigner ici de

Yin AYANT-PROPOS.

nouveau à M. Mignet ma profonde reconnaissance pour le grand nombre de documents inédils qu'il a bien voulu mettre à ma disposition. Je lui dois d'avoir pu étudier à fond le grand problème historique de la Saint-Barthélémy et d'avoir été éclairé sur cet important sujet par des lumières jusqu'à présent ignorées.

Dans cette question, comme dans toutes les autres, j'ai suivi sans effort celte règle souveraine d'absolue impartialité hors de laquelle l'histoire n'est qu'une plaidoierie sans dignité et sans vérité. Admirateur ému et convaincu de nos glorieux ancêtres, je crois appartenir assez à mon siècle par l'esprit d'examen et de critique pour ne mériter aucune accusation de partialité. La vérité de l'histoire m'importe beaucoup plus que la gloire de nos martyrs. Quand nos aïeux se sont rendus coupables d'intolérance soit à l'égard des catholiques, soit envers d'autres protestants, je déplore l'empire qu'exerça sur leur conscience l'esprit du temps , et tout se soulève en moi pour protester en faveur de la plus sacrée et de la plus nécessaire entre toutes les libertés.

Pasteur de l'Église de Paris, j'ai souvent regretté de voir les fidèles ignorer Ihisloire de Teurs aïeux et passer chaque jour avec indifférence dans les endroits de notre grande \-ille, consacrés par les souffrances de nos prédécesseurs ou par leur mart\Te. Je voudrais qu'après avoir lu ce Précis, le Paris d'aujourdhui leur rappelât plus souvent le Paris d'autrefois. Je voudrais que le Lou\Te, le marché des Patriarches, la place de l'Estrapade, la place Maubert, la Grève, la rue des Marais- Saint-Germain, l'ancien Pré-aux-Glercs fussent pour eux peuplés d'augustes et touchants souvenirs; aussi ai-je attaché une importance toute particulière à l'exactitude minutieuse des renseignements topographiques.

A ce point de vue , mon travail paraît au moment peut-être le plus opportun, tandis que Paris se transforme avec une rapidité extrême et avant qu'aient achevé de disparaître les précieux vestiges du passé.

Peut-être dois-je expliquer ici que ce travail , commencé il y a quatre ans pour la Xouveile Reçue de théologie de Strasbourg, où il a été publié par fragments, était destiné selon le projet primitif, à paraître en mai 1859, au moment du troisième jubilé

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