‹ Précis de l'histoire de l'Église réformée de Paris d'après des documents en grande partie inéditsChapitre 114 sur 120 · LXXX PRECIS DE L HISTOIRE · texte numérisé non relu

LXXX PRECIS DE L HISTOIRE

Lettre de François de Morel d Calvin.

(Publiée par M. Crollel , Pettie Chronique protestante , Appendice , p. SO el 8^).

Monsieur, je loue Dieu dont il nous a si heureusement amené M. de Bèse duquel le nom seul est espouventable a nos adversaires. Monsieur de Saule estuyt arrivé deux iours devant; monsieur Marlorat et monsieur de Saint Paul et nostre frère monsieur Merlin estoyent icy lis premiers, qui m'avoyent envoyé quérir à Montargis. mais ie ne sais sur quelle querelle sinon qu'ilz me voulussent employer à recueillir quelques passages. Car ie*me semble trop débile pour entrer en un tel combat comme celuy qui se prépare. Il seroyt bien à désirer que vous y fussiez et de faicl monsieur de Bèse nous a asseurez de vostre bonne volonté, dont de ma part j'ay esté merveilleusement aise. Auiourd'huy nous avons délibéré de nous assembler pour aviser tant de cela que d'autres choses. Je suis fort marri de la procédure qu'on a tenu a envoyer quérir monsieur Martyr. Je ne veux point venter de mon esprit, mais il me semble neantmoins que si ieusse esté à la délibération qui en fut prise . on y eust autrement proveu. Auiourd'hui nous nous attendons d'avoyr response à la requeste que nous avons présentée bien solennellement au roy et à la royne-mère , présent le chancelier et le conseil. Incontinent que nous l'aurions eue. nous la vous envoyerons. Je vous envoyé le double de ladite requeste. Au surplus ie vous veux bien advenir que madame la duchesse a prins courage par la grâce de Dieu, de sorte que maintenant elle seroyt fort marrie de me laisser aller. Elle s'est accoustumée a nostre façon de parler, tellement qu'elle ne voudroyt point qu'on allast par circuits autour de la vérité comme faisoyent prescheurs anciens, mais elle prend plaisir qu'on parle clairement. Pourtant. Monsieur, si vous ne lui avez escrit comme vous aviez délibéré ainsi que m'a dit nostre frère Monsieur de Bese. je vous supplie espargnez la. Car j'espère que nous la mettrons eu bon train. Je voudroys bien neantmoins qu'il vous pleust lui toucher un mot de ma femme, comme je vous avoys prié par mes précédentes lettres. De nouvelles l'assemblée dePoissy : on nous a dit que Jeudi dernier le cardinal de ïournon et le cardinal de Lorraine pleurèrent confessant qu'ils avoyent grandement failli de ce qu'ils n'avoyent repeu leurs troupeaux, mais pour faire cognoistre leur pénitence de regnard, ils adiousterent que c'estoyt une juste punition de Dieu dont ils estoyent tant molestez par les hérétiques. Il y en a qui adioustent que le cardinal de Lorraine avoyt esté d'avis qu'on abbatist toutes les images des temples pour faire la paix entre les peuples et qu'on ne parlast plus latin ne en sermons ne en prières. Mais ie ne tien pas ceci pour article de foy. Nous avons attendu a ce matin qu'on avoyt mis en délibération au conseil, si nous devions estre ouys selon nostre requeste. Mais la royne a tranché tout court, qu'elle ne veuloit point que nous fussions ouys , qu'on regardas! seulement aux conditions par nous proposées. Les ecclésiastiques qui estoyent présents ont dit qu'ils ne vouloyent point rien respondre de ceste affaire, qu'ils n'en eussent parlé à leurs compay-

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gnons, d'autant qu'ils y avoyent interest. Ainsi nous attendons qu'ils respondent à nos conditions. Au surplus, monsieur de Bèse vous escrira d'une rencontre qu'il^eut hier soyr dieux le roi de Navarre, qui me fera clore ma lettre par mes tres-humbles recommandations a vos très bonnes grâces et de tous messieurs nos frères, priant Dieu, Monsieur, qu'il vous conserve et augmente les grâces fju'il a mises en vous.

De Germain-en-Laye, ce 25 Août 1561.

Vostre humble fils très-obeissant serviteur,

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