AFFICHEZ PAR LES CARREFOURS DE LA VILLE DE PARIS
jiar ceux de la Religion réformée^
le xviij. jour d'Avril M. D. LXII.
{}Iém. de Condé. — Cimber et Danjou, t. IV, p. 77.)
Les habitans de Paris , qui sous la protection du Roy, suyvant son edict publié en la Cour de parlement, le vj. Mars M. D. LXL désirent estre maintenus es exercices de la Religion Reformée selon l'Evangile, prient tous leurs concitoyens, parens, voisins, hosles et amis, qu'ils advisent de près à la ruse trèspernicieuse de quelques séditieux et ennemis du repos et du bien public; les- (luels meuz de quelques passions privées, et pour mener à fin leurs mauvaises entreprises, voulans tirer grande somme de deniers de tous les Bourgeois et liabilans de ladicte Ville de Paris, feignent malicieusement, et veulent contre vérité donner à entendre que les fidèles de l'Eglise Réformée (qu'ils nomment Huguenots) sont armez pour piller et saccager les maisons de ceux qui sont de Religion contraire à la leur, leur ravir leurs biens, et les meurtrir et massacrer: ce qu'ils mettent en avant faussement et contre leur propre conscience, seulement pour intimider un chacun, à ce que tous, comme pour racheter leur vie et leurs biens de la main de l'ennemi , baillent sans refus l'argent que lesdits mutins veulent emprunter, pour mettre fin à ce qu'ils conspirent et couvent de longue main, sous conducteurs de grande authorité, contre l'Estat du Royaume et repos et tranquillité d'iceluy. A cette cause, il est besoin que tous les Citoyens de cette Yille soyent advertis de ne bailler à tels mutins leurs ennemis le moyen de continuer et exécuter leurs entreprises, en lesaccomodant d'argent, et remboursant ce qu'ils ont pour très-mauvaise fin preste à quelques Seigneurs; attendu mesmes que ceux, lesquels on charge à tort de vouloir faire invasions, meurtres et saccagemens desdicts Citoyens, peuvent protester, et de faict protestent devant Dieu , qu'ils n'ont eu et n'ont de présent intention ne vouloir de mesdire ne meffaire à aucuns d'entre eux, de quelque qualité qu'ils soyent; comme de faict, il ne se trouvera ni en ccste Ville, ni même es autres, où sans difficulté ceux de l'Eglise Réformée sont les plus forts, qu'ils ayent assailli au-
LXXXn PRECIS DE L^HISTOIRE
cun, ne fait violence quelconque; ains tousjours cherché tous n)oyens d'éviter toutes séditions, contentions et débats, vivans avec un cliacun en bonne concorde et amilié, et à ce que personne ne double que telle soit la volonté de tous ceux de l'Eglise Reformée, ils publient cest Escrist, pour leur servir d'acte et tesmoignage perpétuel, afin que s'il advenait dommage et inconvénient au bien public de ladicte Ville, par les menées et conspirations des mutins, les susdicts, s'ils sont contrains de se mettre en défense, soyent trouvez innocens et nets devant Dieu premièrement (auquel ils servent par Jésus- Christ) et devant le Roy nostre Souverain Seigneur et tous Magistrats par luy ordonnez. P'ait le xviij. jour d'Avril M. D. LXII.
Le Consistoire de Paris à M. de Chandieu. (Gaberel, t. II. Pièces justifie., p. S.)
Pans,2AvriM566.
Monsieur, nous avons veu la lettre qu'auez écrite a Monsieur de l'Estre , laquelle il nous a communiquée pour auoir nostre aduis sur ce que luy mandez de faire une préface a vostre livre de la discipline, au nom des Eglises du Vexin français. Car, quant à luy, il n'est point d'aduis que la préface se face en ce nom , pour plusieurs raisons desquelles il vous escrit au long, mais il est d'aduis qu'elle se fasse au nom des églises d'Isle de France. TouttefTois encores a-t-il volu avoir vostre consentement sur cet aduis duquel après avoir consulté et délibéré ensemble, nous avons estimé qu'il seroit encore meilleur et plus expédient ou que la dicte préface se face en uostre nom, si tant est que vous vouliez souffrir que le livre soit publié en vostre nom, ou du moins indéfiniment au nom d'un ministre de laparollc de Dieu; non que n'eussions bien désiré que 1» livre eust esté publié mesme au nom de toutes les Eglises de France, comme aussi nous connaissons qu'il ne contient que la confirmation de la discipline qui est pratiquée presque en toutes. Mais on nous a proposé plusieurs inconuenients, mesme Monsieur le cardinal de Chastillon s'estant persuadé que nous le voulions faire imprimer en ceste ville, nous escrivit une lettre pour empescher l'édition , disant qu'il n'estoit pas raisonnable que deux ou trois ou peu de gens baillassent la loy aux autres, et qu'il falloit que la discipline que on vouloit estre observée par toutes les Eglises eust esté premièrement receu et approuvée par toutes les Eglises, voire après longue et meure délibération; ains, si on la niettoit en auant sans estre communiquée à tous, il se pourrait trouver gens, voire mesme les nostres, qui escriroyent aussi bien à rencontre de celle de Morely, et que son exemple deuoit nous faire sages. Qu'il falloit attendre qu'on eUst une plus grande liberté avant d'establir une discipline, qu'il fauldroit puis après possible changer, non sans quelque trouble de l'Eglise. Voila en somme les principales raisons par lesquelles il dissuadait l'édition du livre. Et depuis naguères son ministre, MoHsieur de la Haye, est venu en ceste ville pour nous