CHARLES IX
De nouveaux projets contre les hérétiques avaient été résolus à la cour. Déjà Condé était prisonnier, et Ton disait que sa tête devait tomber au moment de l'ouverture des États. L'assassinat de son frère Antoine, roi de Navarre, plusieurs fois tenté, échoua. Les trois frères de Châlillon, dont Condé élait neveu par sa femme, avaient été mandés 5 mais les plans des Guise échouèrent par la mort de Fran-
^Deux provinces se monlrèreut plus favorables que l'Ile-de-France. Le Berry et la Sainlonge irausmirenl aux Élats généraux les vœux des proleslants.
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çois , comme ceux de Henri II avaient été déjoués par la sienne , au moment où ils allaient s'accomplir. L'hésitation et la faiblesse apparaissent dès lors chez les principaux ennemis de notre foi , le parlement de Paris et le peuple de la capitale toujours exceptés. Si même Antoine eût eu l'énergie de réclamer la tutelle d'un roi de dix ans, qui lui revenait de droit comme au premier prince du sang, les choses eussent changé de face. Il consentit à la régence de Catherine de Médicis; etCondé, son frère, eut le tort de rester douze jours de plus en prison, pour être libéré solennellement, au lieu qu'il eût pu et dû saisir l'occasion de la stupeur générale pour reprendre au plus tôt son rang et ses droits. Les Etais convoqués ne servirent qu'à confirmer ce désastreux assujettissement de la France à une étrangère perfide et cruelle.
Malgré un nouvel arrêt du parlement (mars 1561), défendant toute assemblée protestante, l'Église de Paris ne cessait de s'accroître; l'évêque de Valence prêchait, dans le Louvre même, des sermons huguenots, et il n'était pas le seul. Navarre et Condé, Coligny et d'Andelot, son frère , y allaient, suivis d'une nombreuse et puissante noblesse. On vendit, pendant ce carême, à Paris, la viande presque publiquement. D'un autre côté, le jour de Pâques fleuries (dimanche des Rameaux) , Jean de Han , moine de l'ordre des Bons-Hommes , prêcha avec une extrême violence sur ce texte : Ile in castellum quod contra vos est, allez au château ou bâtiment qui est vis-à-vis de vous, ou , comme il le traduisait : Marchez contre Châtillon , qui est contre vous. L'histoire du temps ofïre une foule d'exemples de prédications de ce genre dirigées contre tel ou tel personnage, à qui l'on appliquait le texte en jouant sur un mot.
Michel Gaillard , sieur de Longjumeau , paraît avoir réuni souvent à cette époque l'Eglise de Paris dans sa maison du Pré-aux-Clercs. Le peuple assiégea cette maison le 27 avril 1561 : mais ce n'était pas la première alerte de ce genre ; Longjumeau avaii des armes , et des gentilshommes protestants l'aidèrent à se défendre. Ils ne purent empêcher que la maison ne fût pillée , les portes enfoncées, les vitres brisées et un homme tué. Ils combattirent énergiquement, firent des sorties à cheval et tuèrent quatre ou cinq assaillants; on dit même qu'une pauvre femme qui passait fut également atteinte d'un coup mortel.
Le lendemain, Longjumeau faisait réparer sa maison , et les ou-
vriers iravaillaient protégés par douze gentilshommes en armes; lorsqu'il fut appelé a comparaître devant le parlement. Quoiqu'on ne pût rien prouver contre lui , il eut ordre d'évacuer sa maison , diffamée par les assemblées qui s'y étaient faites, et sur laquelle le roi fit mettre ses armes et panonceaux. La légitime défense de sa demeure était traitée de sédition par le parlement et la cour. Le recteur, appelé devant le parlement, eut ordre d'assembler les ofliciers de l'Université et de faire interdire le Pré-aux-Clercs aux étudiants. On prit des précautions pour empêcher «qu'il n'y eût incursion des Escoliers à la descente de l'Université, » c'est-a-dire que les étudiants, en sortant des collèges bâtis sur la montagne Sainte-Geneviève ne descendissent en masse au Pré-aux-Clercs. C'était leur usage dans les perpétuels désordres dont ce Pré était le théâtre depuis longtemps. On donna tant d'importance à cette échauffourée que la cour envoya à Paris, pour y mettre ordre, le roi de Navarre en qualité de lieutenant-général; il est vrai que, quand il arriva, il n'y trouva aucun désordre ^ Tout rassemblement et tout port d'armes sur le Pré-aux- Clercs resta interdit. Michel Gaillard se relira en son château de Longjumeau, mais n'y trouva pas plus de sécurité qu'à la ville. Le peuple de Paris pilla le château, maltraita la dame de Longjumeau et tua l'instituteur de ses enfants.
La cour craignant des troubles au commencement d'une minorité, il fut envoyé aux juges royaux des lettres patentes du roi, défendant à tous : \° de s'insulter réciproquement, sous les noms de huguenots et de papistes; 2° de violer le domicile de qui que ce fût; et 3" en particulier, de s'ingérer de pénétrer dans les maisons pour y surprendre des assemblées , ce qui ne devait être permis qu'à la justice. Le Â!^ article ordonnait de relâcher les prisonniers pour cause de religion, et permettait à ceux qui étaient en fuite de rentrer dans la libre jouissance de leurs biens, à condition de vivre catholiquement , s'ils n'aimaient mieux vendre leurs biens et se retirer.
Ces sages mesures ne furent guère pratiquées en France, mais à Paris elles ne le furent nullement. Le parlement refusa de les enregistrer, et adressa au roi des remontrances. L'édit de juillet, enre-
U'ai suivi sur celte affaire, qui a élé diversement rapportée, le texte même des Arrêts, elc {Mémoires de Condé, t, II, p. 341-330).
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gistré bienlôl après au parlement de Paris, défendait de nouveau les assemblées prolestantes, mais sans statuer des peines plus graves que la prison et le bannissement.
Les États s'étant séparés sans avoir rien décidé, sauf le gouvernement donné à la reine, eut lieu le Colloque de Poissy, soûle occasion où les deux cultes se soient trouvés officiellement en présence. Deux des pasteurs, qui y furent députés par les Églises, avaient précédemment exercé le ministère à Paris , François de Morel , sieur de Collonges, et Augustin Marlorat; deux autres, Le Maçon dit La Rivière, sieur de Launay, et Jean Malot, y représentaient celle Église, dont ils étaient alors pasteurs. Les ministres, parmi lesquels Bèze et Pierre Martyr Vermigli étaient les plus illustres, furent logés tous ensemble a Saint-Germain, près du château , pour plus de sûreté , d'abord dans la maison du cardinal protestant, Odet de Cliûlillon, puis dans une autre maison qui appartenait a une princesse bien connue par sa foi courageuse. Renée, duchesse de Ferrare. Le 24 août, Théodore de Bèze prêcha dans une des salles de ce château ^
Le 5 septembre, eut lieu, dans le réfectoire d'un couvent de religieuses, le Colloque, où douze ministres et vingt-detix députés laïques parurentdeboutàlabarreen face du roi, tandis qu'à droite et à gauche siégeaientsix cardinaux, trente-six évêques ou archevêques et une foule d'ecclésiastiques deioutrang. Celte seule disposition matérielle indiquait assez quelle équité pouvaient attendre les protestants de celte réunion d'apparat. Le Colloque n'aboutit a rien do sérieux. Mais Bèze fut retenu par la reine de Navarre a Paris, et y remplit les fondions pastorales, sous l'influence alors prépondérante du chancelier de L'Hôpital.
La reine-mère inclinait réellement alors à favoriser la Réforme; elle permit secrètement aux proleslanls parisiens de s'assembler dans des maisons particulières , pourvu que ce fût au nombre de vingt-cinq personnes au plus-, le zèle des fidèles fut tel qu'il y eût absolue impossibilité, non-seulement de se renfermer dans de si étroites limites, mais même d'en approcher. On se décida 'a tenir le culte hors de la ville, el a rentrer par diverses portes et en groupes peu nombreux.
' De nos jours, sous Louis-Pliilippe , avant que les proleslanls de Sainl-Gerniaiu eussent un lieu de culte en ville, la chapelle du château, alors abandonnée, leur a servi pendant plusieurs années.
50 PRÉCIS DE l'iITSTOîRE
Un jour qu'on s'était réuni dans un jardin appelé la Cerisaye^, hors la porte du Temple , on trouva au retour les portes fermées et gardées par les bourgeois armés. Il y eut une collision , mais sans gravité, quelques gentilhommes protestants ayant réussi a faire ouvrir. Il n'y fut tué personne de nom; mais il y eut des blessés. Un mercier de la cour, nommé Daboval et protestant, fut laissé pour mort et jeté dans un égoût de la porte Montmartre; mais le soir, ses coreligionnaires venant pour l'ensevelir, le trouvèrent respirant encore-, il guérit, et fut élu surveillant ou ancien de TÉglise de Paris.
Le 28 août 1561, mourut à Paris une princesse protestante qui avait, malgré sa religion bien connue, un grand crédit sur l'esprit de Catherine de Médicis, et qui avait rendu a son pays un immense service, si, comme on l'assure, Michel de L'Hôpital dût à son influence d'être chancelier de France. Jacqueline de Longwy, duchesse de Montpensier, était courageuse et prudente, et souvent elle avait été utile 'a ses coreligionaires. Se sentant mourir, elle appela le pasleur de Paris, Jean Malot, et lui demanda la sainte Cène. Il refusa , «ce sacrement ne devant s'administrer que dans les saintes assemblées. » Nous croyons qu'il eut raison.
Le 30 septembre 1561 , Théodore de Bèze bénit à Argenteuil (en la mode de Genève, écrit l'abbé Brulart^) le mariage de Jean de Rohan, sieur de Frontenay, cousin du roi de Navarre , .avec Diane de Barbançon Cany, en présence du prince de Condé et de la reine de Navarre (ce qui fut, selon le même abbé , un grand scandale contre la
'Ce jardin n'était pas sur remplacement où se trouve aujourd'hui la rue delà Cerisaye, près de l'Arsenal. Il était près de l'abbaye Saint-Antoine-des-Champs, aujourd'hui l'hôpital Saint-Antoine , dans la rue du faubourg de ce nom.
211 est question, dans le Journal de l'abbé Brulart, d'un lieu nommé Copeaux ou Coypeaux, où fut baptisé , en novembre 1561 , l'enfant de M« Berthe, avocat au parlement, et où fut mariée Catherine Boucher, veuve d'Olivier Bouchant, seigneur de Yallecourt, et sœur d'Arnoul Boucher, seigneur d'Orcay et de Piscopt, maître dos rt^quèles et premier président du conseil. Elle épousait en secondes noces .fean llotman, greffier de la chambre des Monnaies. L'abbé Brulart déclare que « sem- « blibles sacrements assés souvent se ministroient de cette façon, au veu et sceu de «la Cour de Parlement , sans que toutefois on en list aucune punition ni instance.» — L'éditeur des Mémoires de Condé suppose que Copeaux ou Coypeaux était l'endroit où fut bàlie plus lard la rue Copeau (aujourd'hui rue Lacépède). Il serait plus exact de dire que cette rue y conduisait. Copeau était un des clos ou terroirs du bourg de Saiut-Médard. S'agirait-il déjà, sous ce nom , de la maison du Patriarche? C'est peu probable.
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religion chrétienne). L'abbé n'élait pas seul de son avis: le clergé intervint pour rallumer la persécution.
Le 15 octobre, le chapitre de Paris envoya une députation au prince de la Roche-sur- Yon , gouverneur de Paris, pour lui représenter entre autres «que le principal moyen d'apaiser les troubles, c'estoit, « suivant les Édits et Ordonnances Royaux, d'empescher les Presches «et Conventicules. » Le prince répondit qu'il n'avait nulle charge de cela, et les charitables députés s'en retournèrent fort mécontents. On se demande pourquoi les assemblées des protestants étaient appelées Conventicules, puisque ceux mêmes qui les nomment ainsi, se plaignent de ce que le l*"" et le 2 novembre il y eut « plusieurs grandes assemblées a Paris, jusqu'au nombre de 2000 ou 3000 personnes, en plusieurs et divers lieux.» Au reste, ce qu'on appelait Phérésie était alors si général , jusque parmi le clergé, que ce même chapitre de Notre-Dame eût peur d'en être infecté et obligea « tous Chanoines, Officiers, Bénéficiers et habitués de ladite Église à faire déclaration et profession de leur foi en leur dit chapitre,» et cela pour le présent et pour l'avenir. Les gens du roi , c'est a dire le procureur général au parlement et ses subordonnés, adressèrent à la cour des remontrances pareilles 'a celles du chapitre.
Les deux lieux de culte les plus fréquentés alors étaient dans la banlieue, quoique l'un et l'autre soient compris depuis longtemps dans l'enceinte de la ville. C'étaient Popincourl (ou, comme on disait souvent, Paincourt), hors la porte Saint-Antoine, où le seigneur du lieu , Bernard de Popincourt , donnait asile à l'Église; et la Maison des Patriarches^ hors la porte Saint-Marceau. Cette maison, contiguë au presbytère de Saint-Médard et qui avait entrée sur la grand'rue de Saint-Marcel, était louée a un marchand lucquois et protestant, Ange de Caule, qui l'avait «baillée pour les presches.» Le Maçon et L'Estang prêchaient a Popincourt; au Patriarche, Malot et Viret. «Il serait incroyable, écrit Pasquier, de dire quelle affluence de peuple se trouve à ces nouvelles dévotions.» Bèze, qui en fut té-
iCe nom, qui n'a rien de commun avec l'Ancien Testament, vient de Derlrand de Chanac, patriarche (ou évêque) de Jérusalem, et de Simon de Cramault, patriarche d'Alexandrie, à qui cette maison avait appartenu successivement. Tantôt on prenait le mot de patriarche au singulier (c'est l'usage le plus ancien) , tantôt au pluriel , comme ou le fait maintenant.
52 PRÉrjs DE l'histoire
moin oculaire, dit aussi (]i,ril «s'y irouvail uno inlinilé do gens de toutes qualités.» L'abbé Brulart prétend que le vendredi 20 décembre le bruit avait couru que la reine serait a une fenêtre de la rue Saint- Antoine pour voir passer les huguenots se rendant au prêche, si bien qu'ils dépensèrent beaucoup a habiller toutes sortes de gens pour faire nombre et bonne figure. Cela est peu croyable, puisque l'abbé luimême se plaint si vivement du très-grand nombre de personnes qui assistaient au culte. Tout ce qu'il y a de vrai dans cette anecdote, c'est {|ue plusieurs huguenots qui occupaient des charges publiques, parmi lesquels il cite l'illustre jurisconsulte Charles Du Moulin, allèrent ce jour-la à l'assemblée revêtus des insignes de leur profession. Mais la reine ne vint pas.
Un fait très-digne de remarque et très-honorable pour l'Eglise de Paris, c'est qu'elle mit immédiatement a profit la liberté très-incertaine encore dont elle commençait à jouir, pour organiser dans son sein la dislribulion dos aumônes. Sous la présidence des pasteurs Jean Malot et Jean Le Maçon, le consistoire créa un bureau pour l'administration de la charité, et rédigea un règlement qui porte le titre suivant : Police et Ordre gardez en la distribution des deniers aumosnez aux pauures de l'Eglise réformée en la ville de Paris : Accordez au Consistoire^ eslably en la dite Ville , par les Ministres^ Diacres et Députez de l'Eglise : Publiez et pronoiicez en pleines Assemblées des fidelles, le dixiesme jour de Décembre MDLXI au lieu de Popincourt , et l'onziesme consécutif au lieu nommé le Patriarche, faulxbourg Saint-Marcel, A Paris MDLXIP.
D'après ce règleineni, huit notables bourgeois et habitants de la ville seront chargés de la distribution des aumônes , assistés de quatre surveillants pris du corps du consistoire et changés de mois en mois {tant pour leur soulagement gue pour éviter calomnie) ; et avec eux les diacres de l'Église en tel nombre que l'opportunité le requerra. Douze
^Accordez au Consistoire , c'est-à-dire: Police et Ordre établis d'un commun accord , en séance du consistoire.
'^Ce règlement a été publié deux fois : dans le recueil connu sous le titre de Mémoires de Condé, t. I, p. .'jSo (voir aussi t. I, p. 66) et dans le Bulletin de la Société d'histoire du protestantisme français, t. I, p. 2S4.
Nous avons cru cependant ne pouvoir nous dispenser de le réimprimer, comme le monument liisloricpie le plus ancien et le plus vénérable que le conseil presbytéral et le diaconat de Paris puissent conserver en tête de leurs archives (voy. les Pièces justificatives).
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boîtes (troncs) seront tenues a l'issue de chacune prédication par six diacres (le la Ville et six de l'Université (c'est-a-dire six de la rive droite et autant de la rive gauche). L'ouverture des troncs aura lieu en présence des bourgeois, surveillants et diacres. Les huit bourgeois seront rééligibles par moitié tous les ans. Les pauvres feront leurs demandes au surveillant de leur quartier. En cas d'urgence, chacun des bourgeois , surveillants et diacres donnera jusqu'à cinq sols ou avec l'avis de deux ou trois de ses collègues, jusqu'à un écu.
«Apres la publication des Articles susdits , furent nommez haut et clair par noms et surnoms les huict Bourgeois du bureau pour estre celte année, à sçavoir: Maistre François de l'Allouette, Maistre Nicolas Sevin, Maisire Lambert Boulenger, advocats en la Gourde parlement de ceste ville, Maistre Geofroy Gheval , chirurgien , Denis de Moncy,Thresorier, Jacques Dannez, Jean l'Oyseleur, Pierre Goujon, marchans. Furent aussi nommez les Diacres et Surveillants dudit Bureau.»
Les noms de ces derniers ne furent pas publiés. On regarda celte pièce imprimée et distribuée par le consistoire «comme tendant à grande sédition , » et l'on trouva qu'il y avait excès d'audace à nommer les huit membres de l'Église qui acceptaient ces fonctions dangereuses. Aussi le consistoire fit-il imprimer une seconde édition du règlement, où les noms ne se trouvent pas. Mais on y ajouta un «Aduerlissement à ceux qui veulent communier à la Sainte Cène de Noslre Seigneur pour le commencement de ce mois de Janvier.»
Deux choses doivent être remarquées à propos de ce règlement : la hardiesse de ces pasteurs et anciens qui osent se servir de la presse et publier des noms propres, et qui, loin de rien négliger, mettent en œuvre tous les moyens dont ils peuvent disposer, dès qu'il ya, non sécurité, mais possibilité de le faire; et ensuite la situation d'une Église calomniée qui veut prouver de toutes manières ce qu'elle est. La plupart des i6 articles de ce règlement ont pour but de mettre à couvert la responsabilité du consistoire et de rendre incontestable la parfaite loyauté de sa gestion. Accusés d'actes épouvantables d'immoralité, tous apportaient une grande rigueur dans le service de l'Église. La communion surtout avait été l'objet des plus odieuses calomnies. Aussi l'entourait-on de toutes sortes de précautions. Il fut déclaré du haut de la chaire que, pour prendre part à la sainte Cène annoncée
pour les premiers jours de janvier, ciiacun devrait s'adresser au surveillant de son quartier, et à cette occasion les noms des surveillants, quartier par quartier, furent lus publiquement. Nous regrettons de ne pas les connaître.
Depuis près d'un demi-siècle que les premières semences de la Réforme avaient été jetées dans le sol , c'est la première fois que nous voyons le culte public de noire Église célébré ouvertement, avec un grand concours de fidèles et devant cet autre public curieux et avide, qui de tout temps, et dans notre siècle plus qu'en tout autre, fréquente souvent le culte protestant et sans cesse fournit des recrues à la Réforme. Cependant, au seizième siècle, la cause prolestante était aussi ardemment baie par les uns que servie par les autres; souvent, au retour, les fidèles étaient attaqués. Catberine ordonna même à Gabaston, chevalier du guet, et à d'autres, de se trouver là avec main forte pour empêcher tout tumulte. Une assemblée eut lieu le 1" novembre, chez la comtesse de Senigan (dit Pasquier), sous la garde des prévôts des maréchaux et de leurs archers^
Catherine de Médicis protégeant ouvertement le prêche des huguenots, cela était trop beau pour durer et cela ne dura pas. Le clergé y mit ordre; mais comment empêcher un culte gardé par le guet et des hommes d'armes? On en trouva le moyen.
Le lendemain de Noël, pendant que Jean Malot prêchait au Patriarche à trois heures de l'après-midi , on troubla le culte en sonnant a toute volée les cloches de l'église Saint-Médard , qui était tellement près que la voix du prédicateur était tout à fait couverte par le bruit. C'était après les vêpres et purement comme provocation. « Le son , dit La Popelinière, reientissoil si grand qu'il estoit impossible d'entendre l'exhortation.)) Il est parfaitement démontré, non-seulement par le récit de Rèze, qui était présent (voy. Histoire ecclésiastique , t. II, p. 2), mais parles récits mêmes des adversaires, que ce fut une insulte et que les prolestants se conduisirent avec modération. Malot interrompit sa prédication et fit chanter le Psaume XVI en attendant que le bruit cessât. Il ne cessa point. On envoya alors deux prolestants
^ Françoise d'Amboise, femme de Cliarles de Croï , comte de Seninglien , fui la mère du marquis de Renel, lue à la Saint-Bartliélemy, et du prince Porcien, qui mourut à vingt-six ans, empoisonné, dit-on. Comme sa mère, il était fidèlement attaché à la Réforme.
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sans armes prier le curé de Saint-Médard de faire laire ses cloches. Ils ne purent rien obtenir; ils furent battus, et l'un des deux , nommé Pacquot, tomba, blessé mortellement; l'autre s'enfuit. On sonnait toujours et de plus en plus fort. Les protestants perdirent patience et entrèrent en foule dans l'église pour imposer silence aux sonneurs. Le prévôt Rougeaureille , chargé par le gouverneur de Paris de faire respecter l'assemblée, entra dans l'église, suivi des huguenots. Les prêtres se barricadèrent dans le clocher, d'oii ils firent pleuvoir une grêle de pierres. Le tocsin des églises voisines Saint-Marcel et Sainte- Geneviève répondit bientôt à celui de Saint-Médard. Les portes de l'église furent enfoncées, et quand les protestants y trouvèrent Pacquot battu et blessé à mort, ils se vengèrent sur les autels, les reliques et les images , brisant et profanant tout ce qui en restait: car les prêtres avaient, dit-on , utilisé une partie des images pour en faire des projectiles. Quelques-uns voulaient mettre le feu au clocher, quand Gabaston arriva avec le guet. S'étant assuré que les prêtres avaient été les provocateurs et de plus avaient résisté à l'autorité, il saisit environ trente-six personnes, prêtres et autres, et les enferma au Petit- Châlelet. C'est un indice frappant des torts trop évidents du clergé en cette affaire, que le peuple, si ardent pour les prêtres et contre les protestants, ait laissé emmener les vrais coupables à travers les rues sans la moindre tentative pour les délivrer.
Mais le lendemain, le clergé eut sa revanche; une foule tumultueuse envahit le temple du Patriarche après le service divin, brûla les bancs et la chaire, démolit un mur de jardin, et dévasta tout, au point d'y rendre le culte impossible; ils auraient brûlé l'édifice luimême si quelques gentilhommes huguenots, Clermont d'Amboise, frère du prince Porcien , Soucelles, Stuart et autres, n'eussent dispersé facilement cette cohue et envoyé au procureur du roi les plus violents.
La maison du Patriarche ne fut jamais rendue au culte; la famille Canaye , qui en était propriétaire, s'empressa d'en faire l'abandon au parlement pour être employée en œuvres pies « tant luy desplaisoitce qui y estoit aduenu. » Cet abandon , plus ou moins spontané, était encore un exemple très-propre à décourager les propriétaires de prêter leurs maisons au culte réformé.
Le parlement commença par alïecter rim|)artialilé, et nomma,
pour juger celle double affaire, deux commissaires, l'un prolestanl el l'autre catholique. Mais bienlôl, jetant le masque, il fit libérer les prisonniers catholiques, pendre trois protestants, dont deux, nommés Cager, père el fils, devant l'église Saint-Médard j le parlement poussa même l'iniquité jusqu'au point de condamner a mort le chevalier du guet Gabaston, quoique catholique, el uniquement pour avoir fait loyalement son devoir. Exemple effrayant de perversité, mais moyen excellent d'empêcher pour longtemps les protestants de rencontrer à l'avenir aucune justice chez les agents de l'autorité. On n'a irouvé qu'une chose a dire pour atténuer l'infamie du parlement, c'est de l'accuser de lâcheté , et de dire qu'on craignait que le peuple ne fil \iolence au parlement lui-même, s'il faisait grâce à Gabaston.
Un procureur au parlement, qui récusa quelques juges au nom des prisonniers, comme c'était son droil el le devoir de sa charge, fut emprisonné el suspendu pour un an.
Un commissaire du Châtelet, nommé l'Affilé, qui déclara avoir irouvé chez les marguilliers de Sainl-Médard plusieurs ornements de prix, qu'on accusait les protestants d'avoir détruits ou dérobés, fui arrêté par quelques soldats au Bourg-la-Reine, et massacré dans les rues.
On chercha partout le pasteur Jean Malot, d'autant plus haï à Paris que c'était un ancien vicaire de Saint- André-des-Arls, converti au protestantisme. Son collègue et lui eurent défense de prêcher ; mais il fut impossible de les saisir.
L'exécution de Gabaston tarda; mais ce qui ne tarda pas, ce fui le pillage du lieu de culte des protestants a Popincourl; on avait irop bien réussi contre la maison des Patriarches pour ne pas saccager également l'autre temple. Ce fut le premier chef militaire de France qui entreprit cette honteuse expédition. Deux jours après celui des Patriarclies , le temple de Popincourl fut dévasté par le connétable Anne de Montmorency en personne, h la tête d'un corps de troupes-, il brûla la chaire el les bancs, el ce fanatique y gagna , à la risée populaire, le sobriquet bien mérité du capitaine Brûle-Bancs.
Catherine, cependant, s'effrayait des circonstances au milieu desquelles commençait un règne de minorité, elle sentit l'absolue nécessité d'apaiser les orages qui s'annonçaient, el rendit un édil de tolérance el de pacification , qui est resté lameux sous le nom û'Èdit
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de janvier (1 562 , 17 janvier, Saint-Germain-en-Laye). Le roi suspendait provisoirement l'interfliclion des assemblées, pourvu qu'elles fussent tenues de jour et hors des villes. Les consistoires et les synodes ne pouvaient s'assembler qu'avec la permission et en présence d'un représentant de l'autorité. Les ministres devaient prêter serment d'obéir à l'édit, et «de ne prêcher doctrine qui contrevienne a la pure «Parole de Dieu, selon qu'elle est contenue au symbole du Concile «Nicène et es livres canoniques du vieil et nouveau Testament.»
Le parlement de Paris fit de grandes difïicullés pour enregistrer cet édit; il n'y consentit que le 6 mars, et non sans protester. D'un autre côté, les députés des Égli-ses réunis pour le Colloque de Poissy, et encore présents a Paris, durent écrire aux protestants de France , pour qu'ils se soumissent a l'édit. Catherine, pour sonder le terrain et gagner du temps, retenait ces députés et faisait discuter devant elle, à Saint-Germain , protestants et catholiques, en particulier sur le culte des images.
L'édit de janvier désespéra les Guise et le parti catholique. Ils cherchèrent le moyen d'y porter empêchement. Le duc était exaspéré de voir de tous côtés les protestants se réunir librement au dehors des villes pour leur culte. Le jour de Noël 1561, trois mille personnes s'étaient assemblées dans une grange, aux portes de la petite ville de Vassy, très-voisine de la principauté de Joinville, qui appartenait au duc. Celui-ci passant a Vassy, a son retour de Joinville , le 1" mars, avec une troupe nombreuse de gens armés, y massacra ces protestants réunis sans armes et célébrant le culte. Un fait curieux révèle toute l'audace du duc. Après ce carnage. Guise fit venir le juge du lieu et le censura d'avoir permis cette assemblée; comme le magistrat s'excusait sur l'édit très- positif et péremptoire du roi, le Lorrain, lui montrant son épée, s'écria : Le tranchant de celle-ci coupera bientôt cet édit si étroitement lié.
Ce désastre plongea les Églises dans le deuil, et frappa de terreur celle de Paris; car Guise , suivi d'une forte escorte, se diri-^eail vers la capitale, où, comme on l'a vu, les dispositions du clergé, de la magistrature et du peuple ne rendaient que trop probable Timilalion de ces actes sanguinaires. On s'assembla et l'on convint de demander justice. Le maréchal de Montmorency, gouverneur de Paris , manda les pasteurs, et les exhorta, 'a cause de l'entrée prochaine de
Guise et de ses partisans, à suspendre leurs prédications pour quelque lenops. Ils s'y refusèrent avec raison ; non-seulement c'était tout accorder a la violence criminelle de leurs ennemis, mais c'était renoncer au droit que leur reconnaissait l'édit de janvier.
Bèze et un gentilhomme, nommé Francour, furent députés par le consistoire h la reine (qui résidait à Monceau), pour protester contre la boucherie de Vassy, .violation éclatante de l'édit. Catherine reçut la dépulation avec de bonnes paroles; mais Antoine de Navarre, qui était présent, et dont le caractère lâche et intéressé le rendait sans cesse dupe ou instrument de ses propres ennemis, apostropha rudement Bèze, prétendant que les protestants de Vassy avaient eu tort. On lui avait fait croire à une fausse relation envoyée en cour par Guise. Il inclinait d'ailleurs de plus en plus au parti catholique. Les Guise le leurraient de l'espoir d'épouser Marie Stuart, et de recevoir la Sardaigne en échange de la Navarre espagnole, irrévocablement perdue. Calvin lui avait écrit en vain avec autant de mesure que de force, et Bèze lui avait adressé en personne les plus vives exhortations; tout échoua contre son ambition et sa vanité. Cette fois Bèze lui adressa ces mémorables paroles : « Sire, c'est à la vérité^ à l'Église de Dieu, au nom de laquelle je parle, d'endurer les coups et non pas d'en donner. Mais aussi, vous plaira-t-il vous souvenir que c'est une enclume qui a usé beaucoup de marteaux^.-» Tandis qu'Antoine changeait de parti et de religion, Condé , son frère, qui avait pris pour devise : Pro Chrislo et patriâ dulce periculum , resta fidèle a sa foi.
Le jour même où Guise fit son entrée a Paris, Condé, suivi des
^ Celle courageuse et chrétienue réponse fui admirée comme elle devait l'êlre. Bèze lui-même en fil l'épigraphe de son Histoire ecclésiastique des Églises réformées au royaume de France, mais sous la forme, plus facile à graver dans toutes les mémoires, d'un distique :
Plus à me frapper on s'amuse ,
Tant plus de marteaux on y use.
Ces paroles sont Y âme d'une devise qui a pour corps une vignette célèbre, où trois hommes, armés de pied en cap selon l'usage du temps, frappent a bras raccourcis une enclume où leurs marleanx se brisent.
Léger, auteur de V Histoire des Vaudois, a imité en tête de son livre la vignette de Théodore de Bèze; mais il a remplacé les trois gens d'armes par un évêque, un gentilhomme et un moine , et il a traduit la devise en latin : « Tritantur mallei , remanet incus. »
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seigneurs de Genlis et de Jarnac, hugiienols comme lui , et de 300 à 400 arquebusiers a cheval, escorta Théodore de Bèze, allant prêcher au temple connu sous le nom de Temple de Jérusalem, construit sur les fossés du faubourg Saint-Jacques.
Ce bâtiment a fait partie plus tard d'une rue qui a longtemps porté le nom de rue de l'Égoût, et qui était contiguë au mur méridional du Val-de-Grâce. Cette rue n'existe plus. Le temple de Hiérusalem, comme on l'appelait, avait remplacé celui du Patriarche, fermé le lendemain des troubles de Saint-Médard.
En faisant ainsi cortège a Bèze, Condé voulait a la fois défendre le pasteur contre les fanatiques, et faire acte public de protestantisme. Ce fut ce même jour que les pasteurs prêtèrent au Châtelel le serment exigé par l'édit, reçus avec honneur et reconnus comme ministres de l'Evangile dans ce même édifice, où quelques jours plus tôt ils auraient à ce même litre attendu le martyre. Mais, pendant ce temps, le duc de Guise entrait dans la ville aux acclamations frénétiques de la population , et Condé dut se retirer devant l'enthousiaste accueil que faisait la capitale au meurtrier de ses coreligionnaires. Dès lors le protestantisme a Paris était vaincu , et nous ne le verrons de longtemps jouir de la moindre liberté. Les réformés de Paris supplièrent en vain Condé de demeurer avec eux, et de les défendre. Il n'avait pas les forces nécessaires. D'ailleurs, on le secondait mal. Il demanda sous bonne caution 10,000 écus aux principaux protestants; on n'en trouva que 1600 à grand' peine, en cinq ou six jours. Après quelques hésitations, il s'établit avec les siens à Orléans, qui devint le quartier général des huguenots. De là, ils envoyèrent en vain demander au roi qu'il fût fait justice du massacre de Vassy. Dans Paris, quelques hommes plus hardis que scrupuleux offrirent aux principaux de l'Église d'attaquer ouvertement le meurtrier, pendant qu'il figurerait a la procession de Sainte-Geneviève, offrant de le tuer et de venir ensuite eux-mêmes se représenter en justice. La réponse fut négative, comme elle devait l'être, et l'on résolut de souffrir ce qu'il plairait à Dieu, se mettant seulement sur la défensive. Le massacre des prolestants de Vassy n'en fut pas moins la cause et le signal de la première guerre civile.
Le cardinal de Bourbon avait été nommé lieutenant-général du roi dans la ville de Paris; apprenant que la sainte Cène était annon-
cée pour le jour de Pâques , il envoya chercher les pasieurs Malot et Le Maçon, et leur défendit de la célébrer sous peine de la vie pour eux et pour l'assemblée, cCêlre chargés el taillés en pièces. La communion n'eut point lieu^
Le 4 avril suivant, le temple de Jérusalem et celui de Popincourt, (|ui avait été restauré, furent de nouveau saccagés par le même capitaine Brûle-Bancs, qui s'était déjîi déshonoré par cette lâche violence. Le connétable, h la tête de 200 hommes armés, alla publiquement, et au mépris de la loi , brûler la chaire, les bancs el tout ce qu'il trouva dans ces deux temples. De plus, à Popincourt, sans doute pour n'avoir pas h y revenir une troisième fois, il incendia l'édifice lui-même.
Huit jours après, le roi étant revenu à Paris avec sa mère et Antoine de Bourbon, qui faisait publiquement le catholique , on légalisa les actes du connétable, en défendant par un édit le culte protestant dans la ville, les faubourgs et la banlieue de Paris. Le jour même de l'entrée du roi et de sa mère, un marchand protestant fut pillé ouvertement, et ce succès encouragea le peuple catholique à maltraiter les huguenots. Si les outragés venaient tout sanglants demander justice au connétable, ils n'avaient d'autre réponse que celle-ci : Qu'ils n'étaient que coquins (Bèze).
Les pasteurs durent quitter la ville ^ on les escorta jusqu'à Orléans. Le peuple le sut, el en triompha-, il promena dans la ville, au bout d'une fourche, les pantoufflesde Jean Malot, qui était le plus détesté, parce qu'il avait été vicaire à Saint-André -des-A.rts. Noble fête, el dignement célébrée!
Rien de plus précaire a celle époque que la situation des réformés dans la ville, livrés sans défense à des maîtres tels que le cardinal de Bourbon , le connétable et les Guise. On saccageait en |)lein jour leurs maisons, sous prétexte de s'assurer s'il s'y tenait des convenlicules. Des brigands, qui n'y regardaient pas d'assez près, pillèrent plus d'une fois les maisons de bons catholiques, qu'ils prenaient ou feignaient de prendre pour huguenots. C'est ce qui arriva le 26 avril, rue Saint-Denis, et depuis en d'autres lieux. On pendit les coupables aux lucarnes de la maison pillée.
'Ce n'est point un historien protestant, c'est l'abbé Brniart, chanoine de Notre- Dame et conseiller au parlement , qui rapporte les cruelles paroles du cardinal.
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Pour purger de lonle hérésie le parlemenl , Tordre des avocats et celui des procureurs, on leur fil faire profession de leur foi en pleine audience, et tous furent convoqués ;i l'expiation solennelle de Saint-Médard. On célébra une fête aussi éclatante que possible; le parlement en robes rouges, dix évêques, quatre cardinaux marchaient en tête de la procession, qui porta « le Corps de Dieu» de Sainte-Geneviève a Saint-Médard en grande pompe. Une prédication fut faite par un moine dominicain dans l'édifice même des Patriarches, où les protestants avaient tenu leurs assemblées.
Le 4 août suivant, on pendit encore quatre protestants dans le temple même du Patriarche, pour avoir pariicipé a l'échauffourée de Saint-Médard 5 deux des quatre eurent le poing coupé devant l'église, un troisième la langue percée. Leurs corps furent brûlés.
Au moyen d'un faux frère, ancien cordonnier du roi de Navarre a Paris, nommé Baza, et qui feignait d'être de la religion, l'on encourageait ceux qui voulaient aller a Orléans joindre Condé, et dès qu'on était certain qu'ils y allaient, on les tuait.
Enfin, on fit proclamer deux fois de suite dans Paris, avec quelques différences dans les moyens d'exécution, que tous ceux «qui seraient notoirement diffamés et déclarés de la nouvelle religion,» seraient dénoncés par les capitaines de chaque dizaine au lieutenant civil, qui leur ordonnerait de sortir de la ville dans vingt-quatre heures, sous peine de la hart^ Un monitoire fut lu dans toutes les chaires, excommuniant quiconque ne dénoncerait pas ceux qu'il saurait avoir donné asile aux ministres ou seulement bu et mangé avec eux, ainsi que les surveillants et les diacres, et surtout les otficiers de judicature de tout rang, qui auraient assisté au culte réformé. Le triumvirat du duc de Guise, du connétable de Montmorency et du maréchal de Saint-André régnait alors absolument sur la ville et sur le parlement, qui rendit une série d'arrêts d'une extrême violence.
Tel fut l'arrêt et ordonnance du 13 juillet, par lequel la cour «a
M 7 juin ^ 562. «Ordonnance de par le roy et M. le maréchal de Brissac,lieulenanlgénéral de Sa Majesté en celle ville, qui enjoint à tous notoirement diffamés i)our estre de la nouvelle religion de sortir de la ville dans vingt-quatre heures, sous i)eine de la hart; que ceux qui sont seulement suspects d'estre de la nouvelle religion seront tenus d'aller en personne dans les vingt-quatre heures par-devant l'évèque do I^aris ou ses vicaires faire leur profession de foy, etc.» {Registres inédits de l'Hôtel-de- Ville).
« permis et permet a tous manants et Iiabilanis, tant desdictes Villes, «Villages, Bourgz et Bourgades, que du plat païs, s'assembler et «équiper en armes, pour résister et soy défendre contre tous ceux «qui s'assembleront pour saccager les dictes Villes, Villaiges et «Eglises, ou autrement pour y faire Conventicules et assemblées illi- {(. cites, n Quel artifice perfide que d'assimiler des conventicules de prières au sac d'une ville ou d'un village, et de permettre également au peuple de se défendre à main armée dans des cas si différents.
Une décision, encore plus caractéristique peut-être, est celle que prit la même cour le 6 janvier 1562, que «toute Audiance serait desniée » aux huguenots, quand ils voudraient plaider contre des catholiques, et, qu'au contraire, ceux qui les poursuivraient seraient ouïs.
Nombre d'exécutions eurent lieu, auxquelles il faudrait ajouter les huguenots tués ou noyés par le populaire {Journal de l'abbé Brulart), tantôt sans autre prétexte que la haine, tantôt sous le premier prétexte venu, tel que l'explosion d'une poudrière à l'Arsenal, le 28 janvier, accident qu'on imputa, sans ombre de preuve, aux réformés. «Pour estre jeté en la rivière, au lieu d'eslre mené en prison, il ne «fallait qu'estre appelé Huguenot en pleine rue, de quelque religion « qu'on fût» (Bèze).
Le 10 novembre, quatre gentilhommes prolestants, arrêtés près de Senlis, sont décapités à la Halle. Deux magistrats, Jean Grefïin, lieutenant particulier au présidial de Senlis, et Bauchenu, lieutenant général de Pontoise , sont pendus à Paris pour avoir souffert prêches et baptêmes dans leurs villes; le peuple décapita leurs cadavres, les roula dans la boue et les brûla. Un membre du consistoire de Paris, La Faye, fut arrêté, comme il allait se réfugier, avec quelques enfants qu'il instruisait, à Orléans, qui était le quartier général des huguenots. On le condamne 'a être pendu. Il en appelle 5 on le conduit à Paris-, mais le peuple l'arrache à ses gardes et le jette dans la Seine. On le sauve, mais pour le faire mourir sur le bûcher. Bientôt après, un ancien prêtre, devenu maître d'école, Antoine Trapier, est pendu à Paris. Nous devons dire, au sujet de ces condamnations, que Condé avait, lui aussi, condamné a mort et pendu a Orléans deux catholiques qui étaient envoyés en Espagne pour réclamer l'aide
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(les étrangers contre les protestants; c'étaient un conseiller au parlement de Paris, Jean Sapin , et Jean de Troys, abbé de Gastine. Sapin était neveu de Lefèvre, président au parlement, et bean-IVère du premier président Le Maître, qui le vengèrent par de terribles représailles.
Detfx mois après la bataille de Dreux (19 décembre), où les protestants furent vaincus, mais où le maréchal de Saint-André fut tué et le connétable pris, Guise fut assassiné (18 février 1563) par un protestant fanatique sous les murs d'Orléans. Antoine de Bourbon était mort des suites d'une blessure reçue dans les rangs catholiques au siège de Rouen. Il avoua à Catherine de Médicis qu'il mourait protestant et le lit dire à Condé. Le triumvirat se trouva dissous, l'édit de pacification d'Amboise (19 mars) mit fin à la première guerre civile, et permit sous certaines restrictions le culte réformé, sauf dans la ville, prévôté et vicomte de Paris.
Dès lors, on le conçoit, l'histoire de cette Église devient pour un temps à peu près muette. En 1563, cependant, nous rencontrons un massacre qu'il faut signaler. Vingt protestants avaient été arrêtés (très-probablement parce qu'on les avait surpris célébrant le culte). Comme on les conduisit en prison , le peuple les arracha aux mains de leurs gardes et les massacra dans la rue.
Le 20 novembre, rentrèrent à Paris les trois frères de Châtillon ; ils furent logés au Louvre, que les Guise quittèrent pour habiter leur hôtel. Condé à son tour rentra dans la capitale. Il fit célébrer le culte en sa maison^ le dimanche 13 juin ; « il y assista bien 4000 personnes » (Brulart). Le lendemain, deux conseillers lui furent députés par le parlement pour lui en faire des remontrances. Il prétendit l'avoir ignoré. Du reste, obligé de retourner en Picardie, il quitta prompleraent Paris.
Tel était a cette époque l'assujettissement du parlement au clergé, qu'il persécuta l'illustre jurisconsulte Charles Du Moulin , pour avoir prouvé, dans un livre écrit a la requête de plusieurs membres du conseil , que le concile de Trente ne doit pas être reçu eu France, thèse que les parlements, et en particulier celui de Paris, ont tou-
•LeUre de Jeanne d'Albret (CroUel, Petite Chronique, p. 299, et Appendice, p. 66). Voir aussi Brantôme.
jours énergiquemenl soutenue. A l'âge de soixante-quatre ans, il fut incarcéré à la Conciergerie, sous prétexte qu'il avait publié un livre (Les Nullités et Abus du Concile) sans permission. Le prétexte était faux, car il avait un privilège général du roi pour tous ses ouvrages. Il fallut que la reine de Navarre et la duchesse de Ferrare intervinssent auprès de Charles IX , qui était alors 'a Lyon. Enhn , Michel de L'Hôpital fit donner au savant vieillard sa maison pour prison , et plus tard il le fil acquitter, mais on lui relira son privilège. Le vrai crime de Du Moulin, aux yeux du parlement, était de faire partie de l'Église réformée de Paris depuis vingt-deux ans. Quatre fois, à diverses époques, sa maison avait été pillée et saccagée par la populace, qu'ameutaient contre lui moines et prélres; à plus d'une reprise, il avait été obligé de fuir avec sa femme et ses enfants, et même de s'expatrier pour longtemps. Eminent par son érudition et jurisconsulte de premier ordre, esprit vigoureux et profond, il a mérité d'être appelé dans un autre temps par une voix compétente et d'ailleurs catholique «un vaste et puissant génie*. »
Nous regrettons d'avoir à ajouter que ce grand esprit ne fut pas seulement en lutte avec les catholiques. Il l'ut l'objet d'un article spécial d'un synode tenu 'a Paris l'année suivante. On y avertit les Églises de se donner de garde d'un livre de Du Moulin (c'était une concordance des quatre évangiles); on l'accusait de plusieurs erreurs louchant les limbes, le franc-arbitre, le péché contre le Saint-Esprit et la sainte Cène, et en outre, on le blâmait d'administrer, lui laïque, les sacrements et de prêcher. Évidemmenl, ce désordre ne pouvait être toléré, mais le synode eut tort de ne pas respecter les opinions de Du Moulin, qui inclinait vers le luthéranisme plus que vers le calvinisme. De ces censures il ne résulta rien que de déplorable; Du Moulin eut le tort, bien plus grave que ceux de ses adversaires, de se venger en dénonçant les ministres du saint Évangile devant le parlement de Paris, et en publiant contre eux, outre ses griels en
' On prétend qu'il finît par abjurer avant de mourir. Ces conversions in extremis sont toujours très-suspectes. En général , on devrait se souvenir qu'un mourant n'est plus lui-même et qu'on fait de lui ce qu'on veut. Mais le fait fîll-il aussi bien prouvé qu'il l'est peu, aucun esprit sensé ne mettra en balance les quelques jours, les quelques heures peut-être, du catholique moribond avec la longue vie de souffrances, de travaux et de gloire du huguenot.
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34 articles^ un ouviage spcciul-. Ce sont la de Irisles débals, des taches dans noire belle el touclianle histoire. Mais il n'y a d'iiisloire digne de loi qne celle qui ne ressemble pas a un panégyrique, el qui raconte le mal comme le bien.
Le synode national que nous venons de citer est le cinquième; depuis celui de 1559. il en avait été tenu un deuxième à Poitiers le 10 mars loGO; le troisième a Orléans, le 25 avril 1562; le quatrième a Lyon, le iO août 1563. Nous retrouvons aii cinquième (deuxième de Paris), qui s'assembla le 25 décembre 1565, des noms que nous avons déjîi signalés. Nicolas des Gallards, alors pasteur à Orléans , en l'ut le président. Les deux secrétaires furent l'intrépide Louis Cappel, devenu pasteur à Meaux. et un membre du consistoire de Paris , Pierre Le Clerc.
Au sixième synode national , tenu a Verleuil du 1" au 7 septembre 1567, un pasteur de Paris, qui paraît avoir été Irès-considéré et influenl, mais qui aujourd'hui esl très-peu connu, De Leslre, remplit les doubles fondions de président et de secrétaire.
On n'épargnait aux protestants aucune iniquité , el les lois imaginées 'a celle époque contre \es suspects rappellent des temps plus rapprochés de nous. Ainsi parut en novembre 1567 une Défense du roy: «de payer aucunes renies constituées et vendues j)ar la Ville aux suspects de la Religion prétendue réformée» (Registres de VHùtel-de- Ville).
C'est vers ce temps que commença la seconde guerre civile. Paris fut serré de près par l'armée protestante, qui campa à Saint-Denis, et pril le pont deCliareulon. Les protestants de Paiis souffraient les premiers de toutes ces prises d'armes. Le roi ordonna (le 31 janvier 1568) « aux Prévost des Marchands, Ecbevins , Bourgeois et babilanls d'admonester particulièrement ceux de la Pieligion de se retirer, dans deux fois 21 heures, jusqu'à ce que ceux qui ont pris les armes contre Sa Majesté les aient mises bas.» A la bataille de Saint-Denis (le iO mars), la victoire resta incertaine, quoique le roi eût 18,000 hommes. Coudé el Coligny 2700 seulement; le connétable y fut tué. On sait que la
^ Copie des articles présentés par Cli. Du ilolin contre les ministres de la R. P. R. de son temps pour en faire informer.
-La défense de Cli. du Molin contre les calomnies des Calvinistes et Ministres de leur secte, 1S65, ia-8°, par Simon Clialliidre (anagramme de son nom).
((() PRKCIS DE l'iHSTOIRF.
piiiv conclue a I.oniijumeau (20 mars 1368), par le cardinal de Châlilloii pour les protestants^ parBiron et Malasisepoiir la cour, fut de courte durée par la mauvaise foi de Catherine, qui ne tint aucun coMïplc de ses engagements. Le peuple suivit ce coupable exemple et commit impunément mille cruautés. Des massacres de huguenots eurent lieu à Paris et dans un grand nombre de villes. F^e parlement do Paris, en décembre 1568, fut obligé d'ordonner au.K huguenots, ((pour éviter les ineurtres qui pourraient survenir^)) de rester dans leurs maisons, et de n'en laisser sortir leurs serviteurs que pour se procurer les choses nécessaires h la vie.
Les mémoires du temps portent, non sans exagération probablement, à dix mille le nombre des huguenots assassinés dans les six mois qui suivirent le traité de paix. Ne pouvant réprimer cet épouvantable désordre et ne voulant pas le sanctionner par son silence, le chancelier de L'Hôpital se démit. Délivrée de ce conseiller trop consciencieux, Catherine viola ouvertement la paix en envoyant arrêter Coudé et Coligny. Ils s'enfuirent à La Rochelle, oîi bientôt les rejoignirent d'Andelot, Jeanne d"Albret , reine de Navarre, et son lils Henri, âgé alors de quinze ans. Sept mille hommes environ se groupèrent autour d'eux, et la troisièine guerre civile commença (25 août 1508). La cour, d'ailleurs, rendait contre les protestants édits sur édits , contraires aux conventions de Longjumeau.
L'année 4569 fut marquée par les deux journées de Jarnac et de Montcontour, où les protestants furent défaits par les catholiques , beaucoup plus nombreux. Après la première de ces batailles, Condé, blessé au bras et la jambe cassée, se rendit, mais lut assassiné par Montesquiou. A Paris, entre plusieurs condamnations de huguenots, parmi lesquelles il faut compter l'exécution en effigie de l'amiral, pendu sur la place de Grève, le 13 septembre, deux exécutions trop réelles méritent particulièrement d'être signalées ^ ce fut d'abord celle (lu maître d'écriture de Charles IX, le fameux calligraphe Pierre Ilamon, étranglé le 7 mars sur la place de Grève, après avoir vu brûler devant lui son procès , «lequel, comme il sceut très-bien dire
'Odel de Ctiàlillon, cardinal, évèque-comte de Beauvais , et à ce lilre pair de Franco, élail prolcslanl depuis longtemps et marié depuis le -l" décembre 17G4 à Isabelle de Hauleville, dame de Loré. Odet étant l'aîné, son frère Gaspard voulut que l'amirale de Coligny cédât partout le pas h M""" la cardinale.
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et déclarer, monstraii assez son innocence.» C'était un des usages monstrueux, mais fort commodes, de ce qu'on appelait alors la justice.
Une seconde exécution , très-digne de remarque , compta trois victimes : Philippe de Gaslines, Richard , son fils, et Nicolas Croquet, son beau-frère, tandis que Jacques de Gastines était condamné aux galères a perpétuité, et François au bannissement. Voici quel était le crime de cette famille si cruellement châtiée. Philippe de Gaslines, riche marchand du (luarlier Saint-Denis, issu d'une des plus notables familles de Paris , était un vieillard très-considéré |)Our la probité irréprochable dont il avait fait preuve dans son commerce ; mais il ouvrait sa demeure aux assemblées de ses coreligionnaires, et la sainte Cène y avait été célébrée. C'était une maison iWie dies Cinq Croix blanches , au coin de la rue de l'Aiguillerie, en face de la rue des Lombards. De Thou avoue que le parlement l'aurait volontiers tenu pour quitte avec une simple amende; mais le peuple menaçait et demandait la mort de ces huguenots. Les trois principaux accusés furent pendus sur la place de Grève , leurs biens confisqués au profit du roi et de divers couvents , sauf six cents livres de renies pour « les femmes et enlants des dits Gaslines » et une messe annuelle du saint Sacrement, fondée a perpétuité en l'église voisine de Sainte-Opportune. La maison fut rasée, et on érigea sur cet emplacement maudit un monument qui fui appelé la Croix de Gastines. C'était «une haute pyramide de pierre, ayant un crucifix au sommet, dorée et diaprée, avec un récit en lettres d'or, sur le milieu , de ce que dessus, et des vers latins, le tout si confusément et obliquement déduit que plusieurs eslimoyenl que le composeur de ces vers et inscriptions (on dit que c'estoit Estienne Jodelle, poêle IVançois, homme sans religion , et qui n'eut onc autre Dieu que le ventre) s'estoit moqué des Catholiques el des Huguenots.»
CependantColigny, accompagné desjeunesprincesHenri de Navarre et Henri de Coudé, avait repoussé l'armée du maréchal de Cossé près d'Arnay-le-Duc, et s'avançait vers Paris. Catherine, effrayée, lit la paix. Un traité el un édilde pacilicalion, datés deSaint-Germain-en-Layeau mois d'août 1570, rendit aux protestants maints avantages-, mais le cul te resta interdit dans la ville, prévôté el vicomte de Paris et à dix lieues alenl0!'r. L'arl. 32 porlail expressément : «Pour estaindre el assou-
pir, aulanl que faire se pourra , la mémoire (le lous troubles el divisions passées, loules marques, vestiges el monuments desdiles exécutions.... seront ôtés et effacés.» I.a famille de Gaslines demanda , en conséquence de cet édit el par Tentremise de Coligny, que la pyramide infamante fût démolie. Le corps de Ville el la Sorjjonneen réclamèrent auprès du roi le maintien , el Coligny consentit à un moyen terme ; il fut décidé que la Croix de Gaslines serait , non abattue, mais transportée à quelque dislance, h Tentrée du cimetière des Innocents. Celle insignifiante réparation ne fut accordée de fait aux protestants qu'à la fin de l'année suivante; el encore la translation ne put-elle avoir lieu qu'en grand secret et au milieu de la nuii^ Mais le peuple furieux se souleva le 15 et le 16 décembre, pilla quelques maisons prolestantes sur le pont Notre-Dame'^ el ailleurs, el ne rentra dans l'ordre qu'après une lutte armée, où deux ou trois des insurgés furent tués. Montmorency avait eu ordre de marcher sur la ville si l'émeute ne se calmait.
Ces troubles se renouvelèrent, excités par des sermons fanatiques, elle roi s'en plaignit au parlement, qui lui promit «d'informer conlie les prédicateurs qui ont prêché sédilieusement sur ce sujet. « Il aurait dû, a meilleur titre encore, informer contre lui-même-, car ces expiations fâcheuses el infamantes d'un lieu où la sainte Cène avait été célébrée répandaient dans le peuple l'idée très-accréditée que la communion proleslanle était une orgie immonde el impie.
L'université craignait de n'être pas encore suffisamment purifiée du levain de la réforme; sur les représentations des recteurs et des
'On voyait encore en ^856, entre les n^s 75 et 77 de la rue Saint-Denis, un espace vide qui était celui où s'élevait autrefois la maison et plus lard la Croix de Gaslines. Voir, dans le Lien du ^0 mai 1856 un extrait du Siècle.
-Il paraît que le pont Notre-Dame avait été en grande partie habité par des proleslanls; car dès le mois de novembre la Ville avait demandé au roi el obtenu de lui « la cassation des baux des maisons sises sur le poni Notre-Dame , faicls aux absents qui se sont retirés vers les ennemis» [Registres de l'Ilùtel-de-Ville). C'est une preuve de plus de la faveur qu'avait trouvée la Réforme parmi les marchands riclres, car ces maisons étaient des boutiques importantes pour le temps. Une de celles qu'on pilla appaitenait à la dame du marteau d'or^ appelée aussi dame de Leaue; une autre était le logis de la Perle. Peut-être cette dernière appartenait à Thibault Cresse, qui fut victime des mêmes brigandages, ainsi que I>ussault, qui demeurait rue Sainl- Germain-l'Auxerrois. La populace brûla aussi les ruines toutes récentes d'une maison qui avait appartenu aux Gaslines {Registres de VlIàtel-de-Ville).
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docleurs, une déclaration du roi défendit aux liugnenols de tenir écoles el collèges, et aux liL»raires d'imprimer et mettre en vente aucun livre qui n'eût été censuré par la faculté de théologie. D'après le préambule, on fait «de noslre dicte Université, qui est le sommaire de tous estais, une pépinière de la dicte prétendue religion.»
LA SAINT-BARTHELEMYi.
La Saint-Darthélemy, soit en elle-même, soit par ses conséquences, est un événement si capital de l'histoire de l'Église réformée de Paris, qui y périt presque tout entière, et en même temps un fait si essentiel de l'histoire générale, qu'il nous est impossible de ne pas nous y arrêter tout particulièrement. Il serait aussi inutile que peu intéressant d'y toucher en passant.
La première question qu'on ne manque pas de poser au sujet de cette affreuse catastrophe est toujours celle-ci : la Saint-Barthélémy
'J'ai consulté, pour ceUe partie de mon travail, outre la plupart des écrits contemporains ou autres devenus classiques en cette matière, les travaux les plus récents qui ont paru sur cette époque, tels que le t, II du livre de M. dePolenz {Geschichte des franzœsischen Calvinismiis, p. 432-563, 7 1 8 el suiv.), les Mémoires de Claude Haton, édités par M. Bourquelol, les deriiieis écrits de iM.M. Mignet et Miclielet , divers articles de la France protestante de iMM. Haag , el du Bulletin de la Société d'histoire du protestantisme français , ainsi que les manuscrits suivants, dont les huit premiers m'ont été communiqués par M. Mignet.
-I "et 2" Deux cahiers d'extraits des Be«//s/;e5rfe l'Ilôtel-de-Villede Pam,156I-|57i.
3" Les dépèches de Salviaii , nonce du pape à Paris , transcrites el traduites par les soins de M. de Chateaubriand.
40 Lettres de Charles IX a son ambassadeur à Rome, F'errailz. , el autres pièces.
5" Lettres de Catherine de Médicis, Philippe II, etc.
60 Pièces diverses provenant de Philippe II ou à lui adressées.
7" Lettres à Don Diego de Çuniga, marquis de .\yamonte, ambassadeur d'Espagne à Paris, par Philippe II, Çayas et le duc d'Albe.
8" Dépèches de Çuniga à son gouvernement.
90 Quelques dépêches inédites du comte de Saint-Pol, ambassadeur du duc de Savoie auprès de Charles IX, communiquées par M. Gaberel.
10° Diverses pièces que j'ai fait copier à la Bibliothèque impériale (Mss. Fontanieu , Dupuy, etc.).
1 1" Lettres el documents de la Bibliothèque de Genève, copiés à ma demande sur les indications de MM. Gaberel, Haag et Cli. Read.
La Correspondance de Charles IX avec Mandelot , gouverneur de Lyon, publiée par M. P. Paris, elles Archives de la maison d'Oranf/e-Nassau , éditées par M. Groeu van Prinsterer, m'ont également fourni d'utiles rensei:,'nenients.
iul-elle prémédilée ? Il sérail facile de rédiger deux listes assez longues et peut-être curieuses des témoins ou des écrivains qui opinent pour ou contre. Ceux qui répondent : oui , ont pour eux le principal agent du crime, Charles IX lui-même (déclaration du roi au Parlement), Catherine de Médicis dans plusieurs de ses lettres, Brantôme, Lestoile, et quelques ardents a|)probateurs du massacre, les Italiens Capilupi et Davila , le prêtre Claude Haton , grand admirateur de la dissimulation (ju'il attribue au roi*, Tévéque Sorhin , Papyre Masson, la majorité des écrivains protestants, jusqu'à Sir James Mackintosh, Sismondi et MM. Haag, ainsi que le dernier historien de Marie Stuart , M. Dargaud. Ceux qui nient la préméditation peuvent citer en faveur de leur opinion le véritable auteur de ce grand forfait, Henri III, alors duc d'Anjou (discours 'a Miron), sa sœur la reine Mariiuerite, son complice le maréchal de Tavannes, De ïhou , MM. Mignet, Michelet, M. de Chateaubriand, les plus récents historiens allemands, Ranke, Soldan, Polenz, sans compter un grand nombre de déclarations de Charles IX, soit après, soit avant ses prétendus aveux, et le témoignage beaucoup plus décisif encore du roi d'Espagne Philippe II , de la cour de Rome et de leurs ambassadeurs 2.
Depuis que l'on commence a bien connaître les lettres originales des souverains et des diplomates du temps , le récit de Henri III a son médecin Miron se trouve pleinement confirmé^; et dans le cas même 011 les doutes qu'un seul savant (M. Ranke , Hist. -polit. Zeilschrift.
ip. 633. >' Ce fut une grâce de Dieu commenl le roy, en la jeuness^où il csloil, sceut si bien dissimuler de toutes ses affaires avec ledit admirai, sans se soullier ni maculer en sa foy et conscience» (comp. p. 530 , 632, 692).
'On peut voir aussi dans le Bulletin de la Société d'histoire du protestantisme français, t. V, p. 27B , un travail de M. le pasteur Ad. Scliœffer, reproduit à la suite de son écrit sur l'Avenir de la tolérance.
'^ Quand il alla prendre possession de la couronne de Pologne, Henri traversa l'Alle- •nague, où il se vit l'objet de la réprobation , non-seulement des fugitifs de la Sainl- Bartliélemy, mais des peuples et des princes. A Ileidelberg, l'électeur palatin Frédéric lit lui lit entendre des paroles .sévères. Ailleurs, le portrait de Coligny se trouva sous ses yeux, comme par hasard. En voyant l'horreur qu'inspirait son crime, ce niisérable prince eut des remords. Dans une nuit d'insomnie, il appela Miron, son médecin , lui avoua son trouble et lui raconta tout. Miron mit par écrit ce récit, qui fut publié en 1623, dans la Suite des Mémoires de Villeroy (p. 68-89) , et en 1631 dans V Histoire de France de Pierre Matthieu, Il en existe une copie manuscrite à la Bibliothèque impériale (Mss. Fonlanieu).
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t. Il, j). 594) a émis, sans les raolivcr, sur raiitlionlicilô de celle relalion, seraienl fondés (ce que nous sommes loin de penser), les mêmes fails seraienl snlfisanimeiil établis d'ailleurs par diverses pièces diplomaliqucs. On le voit, nous sommes de ceux qui ne croient pas que la Saint-Barthélémy ait été préméditée et préparée de longue main par la cour.
Mais la question ne peut guère se poser ainsi , et Ton aurait tort d'en conclure que le carnage du 25 août ait élé, comme s'efforce en vain de le faire croire M. Capefigue, une explosion spontanée et irrésistible de la colère populaire, une simple émeute. Bien loin de l'a. L'idée de l'extermination en masse des huguenots n'était nullement nouvelle ni pour le peuple et le clergé de Paris, ni pour la reinemère et ses favoris italiens, ni enfin pour les représentants officiels, soit de l'Espagne, soit du pape, en France.
Le meurtre des hérétiques était considéré comme un acte de juslice politique et religieuse, comme une dette des consciences envers Dieu et le roi. Aussi le clergé, a tous ses degrés, ne cessait d'insister sur l'accomplissement de ce pieux devoir. Nous commencerons par le prouver d'après les lettres mêmes d'un pape , et d'un pape canonisé, dont M. de Falloux a de nos jours écrit le panégyrique, saint Pie V.
La paix de Saint-Germain l'avait désolé; il menaça, le 23 avril 1570, Charles IX des châliments de Dieu pour ce crime: « S'il manquait aux hérétiques la volonté de vous dresser des embûches (ce qu'assurément nous ne sommes guère disposé 'a croire), Dieu luimême, par un jugement équitable de sa divine Providence, leur en inspirerait l'idée, alin que, par ce moyen, il vous punît pour avoir négligé la religion en vue de votre intérêt particulier)) (Lettres de saint Pie V sur les affaires religieuses de son temps, en France, trad. du latin par de Potier-, Paris 1826, p. 92).
Le même pape déclare au roi (dans sa lettre 12?) qu'il ne pourra apaiser Dieu qu'en vengeant très-rigoureusement sur les plus scélérats de tous les hommes, par la peine qui leur est due, les injures de Dieu : « Non enim aliler Deum placare poleris quam si Dei injurias sceleratissimorum hominum débita pœna severissimè ukiscaris.-»)
Il demande ailleurs que les huguenots soient |)Oursuivis jusqu'à extermination, a(/ internecionem usque ; et pour (pi'on ne croie point qu'i
s'agisse seulement des chefs, il no vent pas qu'on se donne de relâche avant de les avoir tous détruits, ilehlis omnibus.
Le clergé de Paris n'élait ni moins explicite ni moins ardent. De Thon aflirme (Hisl., 1. XLIV) (jn'on prêchait onverlemenl le meurtre des huguenots. Quelques prêtres allèrent jusqu'à dire dans leurs sermons que si le roi s'opposait trop au massacre des calvinistes, « il le fallait détrôner et enfermer en un couvent » (Lahitle, Démocratie chez les prèdicalcurs de la Ligue , p. 7).
Dès 1554, le doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois , François Lepicart, dont la hiographie, par lePèrellilarion de la Cosle, a paru en 1685 sous ce titre : Le parfait ecclésiastique , donna à Henri II, dans un de ses sermons, un efîroyahle conseil qui dépasse la perfidie et l'horreur de la Saint-Barthélémy elle-même : « Le Roy devrait jiour un temps contrefaire le Luthérien |)armi eux , afin (|ue, prenant de là occasion de s'assemhler hautement partout, on pût faire main basse sur eux tous et en purger une bonne fois le royaume.»
Simon Vigor, docteur et recleur de l'Université de Paris, curé de Saint-Germain-le-Vieux, puis de Saint-Paul et enfin archevêque de Narbonne, prononça en chaire les paroles suivantes : «Nostre noblesse ne veut frapper.... N'est-ce pas grande cruauté, disent-ils, de tirer le cousleau contre son oocle, contre son frère? — Viens çà ! Davantage, lequel t'est plus propre (proche?), le frère catholicque et chrestieu, ou bien ton frère charnel huguenot? La conjonction ou aninilé spirituelle est bien plus grande que la charnelle, et parlant, je dis que puisque tu ne veux pas frapper contre les huguenots, lu n'as pas de religion. Aussi , quelque matin, Dieu en fera justice et permettra que cesle bastarde noblesse sera accablée par la commune. Je ne dis pas qu'on le fasse, mais que Dieu le permettra» (Sermons catholiques sur les dimanches et fêles . 1587, in-8", t. II, p. 25).
Dans les premiers mois de 1572, Arnaud Sorbin , plus lard évêque de Nevers , tonnait en chaire, à Paris , contre le roi qui n'exterminait pas les hérétiques, et provoquait son frère, le duc d'Anjou, à entreprendre l'œuvre lui-même, non sans lui donner quelque espé- 'rance de la primogénilure , comme Jacob l'avait eue sur son frère Êsaii (Labitte, op. cit., p. 8).
Enfin , une célèbre maxime italienne, souvent citée à celle époque et que divers historiens meltent dans la bouche de Catherine et de
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Charles IX : Pietà lor ser crudcle, crudeUà lor scr piefosa^, esl lirée d'un sermon (le Cornelio Miisso, év(3(|ue de Biionlo. On a prélendu , probablement à lort, que. le 23 août, ce mot fil cesser l'irrcsolulion du roi.
Nous verrons plus lard comment le clergé célébra le massacre de la Saint -Barthélémy après qu'il fut accompli ; pour le moment, il nous sufiit d'avoir prouvé par des exemples incontestables cpril l'appelait de tous ses vœux, en public et du haut de la chaire, à Paris et a Rome. Ces sanglants appels étaient avidement accueillis par la population de la capitale. Paris passait alors a bon droit pour la ville de France la plus bigolte, et nous avons vu maintes preuves de la haine aveugle et cruelle du peuple pour les prolestants. Il n'était jamais nécessaire d'éveiller en lui celle haine; il sufTisait, pour qu'il sévit contre eux , de ne pas le retenir d'une main assez ferme'-.
Agé de vingt-deux ans lors de la Saint-Barthélémy. Henri , duc de Guise, qui dès sa première jeunesse était devenu , par le crime de Poltrot, le chef de sa puissante maison, n'aspirait qu'à détruire l'amiral et les huguenots, soit par fanatisme, soit pour venger son père, qu'il prétendait avoir été tué sur l'ordre de Coligny, soit par ambition, parce que la Réforme et son chef étaient d'insurmontables obstacles 'a l'ambition effrénée de sa race.
Déjà quelques mois après la mort de son père, et neuf ans avant la Saint-Barlhélemy, on le soupçonnait de vouloir faire périr les huguenots. Ou lit dans un Avis qui doit avoir élé publié vers la fin de juillet lo63 : « Qu'ils (les Guise) avoient donné or-dre, quant la Royne fut si malade (d'une chute de cheval), de faire reprendre les armes et tuer tout ce qu'il se feust trouvé de suspect en cesle ville, mesmes
* Qu'envers eux (les héréliqiies) la compassion esl cruauté, et la cruauté compassion.
2 Voici comment Claude Ilaton . témoin oculaire, rend compte de cette animosilé du peuple de Paris : « Aullant de prédicans qu'on pouvoii cognoisue par iadiile ville, aullaiil d'hommes mortz et estoienl iesdiclz liuguenolz en si grand haine au peuple parisien que , si le roy et la justice le eussent laissé faire, n'en fust demeuré ung seul en laditte ville qui n'eust élé saccagé. Aullant qu'on en Irouvoit qui s'assemhloienl Duict ou jour pour faire l'exercice de leur prétendue religion et qu'on pouvoit les livrer a la justice, estoient aullant d'hommes au gibliet, quelque riches et grands seigneurs qu'ilz fussent, fussent-iiz gentilshommes, justiciers, présidents, conseillers, niarchans, artisans ou autres; acte qui conserva bien la ville de Paris en son entier de répnblicque et de religion >> (lo69).
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ung nombre de genlilhommes que Ton dii avoir esté avec M. le Prince a Orléans (lors de la guerre civile), qui sont en cesle dicte ville» (Cimber elDanjou, V, 225, tiré desMss. Bélhune, vol. 8675, fol. 67).
A mesure que les événements se développaient, ces sortes de prévisions devinrent plus nombreuses. On dit que, quatre ans à l'avance, le cardinal de Sainte-Croix prédit a Pie V le massacre des huguenots. Lestoile en vit une prophétie un an avant l'événement (Mém., éd. Champollion , p. 22), et Théodore de Bèze écrit après la fatale nouvelle : «Mais que de fois j'ai prédit ces choses! Que de fois j'en ai averti ! » (Thomœ Tilio. — lU. et dar. vir. Epist. vel a Belgis vel ad Bel g os, p. 614).
Il était évident [lour tout le monde que les huguenots seraient exterminés, si jamais le pouvoir appartenait, ne fût-ce qu'un jour, au parti de l'Espagne, du clergé, des Guise et de ces Italiens que Catherine avait attirés h la cour et pourvus des titres les plus élevés ou des fondions les j)lus imporlanies, Gonzague, duc deNevers, Gondi, comte de Retz , Strozzi , maréchal de France , Birague, chancelier de France et plus tard cardinal , tous partisans du meurtre comme moyen politique, par absence complète de principes et par l'habitude de l'assassinat, invétérée alors dans les perpétuelles discordes des petits États de l'Italie.
Mais ce parti n'était plus dominant. Dès le moment oii la cour, effrayée de rajjproche de Coligny, signa la paix de Saint-Germain, conclue par l'entremise du maréchal de Montmorency, chef des pàlitiques^, ce fut le tiers parti qui l'emporta et qui gouverna la France jusque vers les derniers temps avant la Saint-Barthélémy, où lascendant de Coligny sur le roi dépassa de beaucoup rinlluence de Montmorency, son cousin. Du reste, ces deux tendances n'étaient point hostiles l'une à l'autre.
Les politiques , ou tiers-parti , voulaient sincèrement la réconcilialion des catholiques et des huguenots , soit par amour de la paix, soit pour affranchir la France de la honteuse domination de l'influence espagnole; ils accueillirent chaleureusement l'idée émise par deux protestants, le cardinal de Châtillon et le vidame de Chartres (Féne-
' Walsingham, Lettre à Leicester, 29 aoûl 1570. Mémoires de la reine Marguerite, éd. t.alanne, p. 2'!).
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Ion, t. m, p. 413 fil 466), de cimenter la |)aix par le mariage de Margnerile de Valois, sœur du roi, avec Henri de Bourbon, prince de Béarn. JLe maréchal el ses frères en parlèrent les premiers à Catherine et, sur son ordre, a Margtierile elle-même, (jui s'y montra peu disposée; un huguenot, un prince élevé loin du Louvre, au pied des Pyrénées, lui paraissait peu digne d'elle. Mais les [)Ius graves obstacles vinrent de l'Espagne el de Rome. Pour Philippe II et pour Pie V, comme pour le peuple de Paris, un mariage mixte dans la lamille royale était une intolérable abomination, une souillure pour la maison de France, un triomphe déplorable de la Piéforme, qui prenait rang solennellemenl dans la famille royale, la cour et le pays.
Pie V déclara qu'il aimerait mieux avoir la tête tranchée que d'accorder la dispense doublement nécessaire à Marguerite pour épouser un hérétique, son cousin; dispense que la cour de France sollicita pendant an (depuis le 5 octobre 1571). En vain Charles écrivait au pape, au cardinal de Lorraine, et affirmait que Henri II, son père, avait promis ce mariage au roi de Navarre Antoine de Bourbon. Les refus passionnés et inébranlables de Rome sufïisent h démontrer que le mariage de Marguerite n'était nullement, comme on l'a tant répété , un piège pour perdre les huguenots. S'il en eût été ainsi , un seul mot dit en secret au Pontife par l'ambassadeur de France eût levé la dilïicullé. C'est ce que démontre aussi, el avec autant d'évidence, l'opposition constante des Guise à ce mariage, eux qu'il était si facile d'avertir.
Philippe II , agissant dans le même intérêt , celui du catholicisme , insistait encore vivement, dans une lettre du 19 mai 1S72 {Archives de Simancas) , pour l'union de Marguerite avec le roi de Portugal; c'était un projet qu'il avait combattu d'abord, probablement parce qu'il avait déjà l'ambition d'ajouter le Portugal a ses autres États; mais , plutôt que de voir un protestant beau-frère du roi de France, qui était le sien , il se décida à agir de toutes ses forces en faveur du mariage portugais. Lui aussi , pour peu qu'il eût vu dans ce mariage un moyen d'exterminer les huguenots, il l'eût approuvé autant qu'il le combattait; mais cette confidence ne lui fut jamais faite, parce qu'il n'y en avait pas a lui faire.
Aussi, ses lettres à ses ambassadeurs, depuis la paix de Saint-Germain , sont toujours empreintes d'une défiance amère. Le mariage
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célébré, son méconleiUemenl est an comble^ Évidemmenl il n'y a pas de condplot, ou tout an moins s'il yen a un, Philippe n'en est pas.
Cependant cette idée s'était présentée souvent dans les entretiens de Catherine avec les ambassadeurs italiens et espagnols. Divers iiisloriens (De Thon, Adriani, Sloria Fior., XVIÏI, 1320, etc.) ont cru que l'entrevue ménagée à Bayonne, en 1565, entre Charles IX et sa sœur, première femme de Philippe II , avait eu pour i)ul véritable ou au moins pour résultat le massacre des protestants a Paris, convenu dès lors entre les cours de France et d'Espagne. C'est une erreur. Cependant il y fut question de détruire les huguenots, et le duc d'Albe, qui y avait assisté, écrivit, après la Saint-Barthélémy , a Çuniga . l'envoyé de Philippe, en le chargeant de féliciter la reine-mère et de lui dire^ « qu'il s'était souvent rappelé d'avoir, a Bayonne, conseillé cela même a Sa Majesté, qu'il n'avait pas oublié non plus ce qu'elle lui avait offert et qu'elle avait très-bien tenu parole.» Il avait résumé lui-même ses impressions à ce sujet en écrivant «([u'il lui semblait être parvenu à écarter quelques-uns des scrupules de Catherine relativement au châtiment des hérétiques et des rebelles» (Copias de carias que el Duque escrivio a su Mar/eslad, etc.).
De même, le 27 août, le nonce Salviali écrivit en cour de Rome, sur la demande de Catherine , pour déclarer ^ « que personne n'y devait douter d'elle et du roi , maintenant (ju'ils avaient fait mourir l'amiral et tant d'autres hommes considérables, conformément, dit-il , aux raisonnements que nous avions faits d'autres fois elle et moi 'a Blois, etc., chose vraie el dont je puis rendre témoignage à Notre
*«En gran mariera me ha pesado de que el casamiento di Madama Margarita se aya venido a efectuar de tan mala manera^ y en forma tan contraria a lo que tiene ordenado la sancla madré Iglesia , y aunque no puedo créer que el Papa aya concedido la dispensacion.»
Celle lellre du S septembre a Çuniga est postérieure à la Saiiil-Barlliélemy, mais l'hilippe n'en avait pas encore reçu la nouvelle. Elle ne lui arriva que le 12.
-« Que muchas vezes me ha accordado de aver dicho a su Mag. esto mismo en Bayona, y de lo que me offrecio , y veo que ha muy bien desempenado su palabra » (Du camp devant Mons, 9 septembre -1572 , Arch. de Simancas).
^({Parendogli (alla Regina] che nessuno ne debbe dubitare ^ adesso che hanno fatto morire l'ammiraglio con tanti altri uomini di valore, conforme a ragionamenti altrevolte havuti con esso meco , essendo a Blés , e trattando del partido di ISavarra e deW altre cose che correvano in quei tempi; il che essendo vero, ne posso rendere testimonianza, e a N. S., e a tutto il mondo.n