XXVI PRÉCIS DE L HISTOIRE
lie saiiruis vous dire jusqu'à quel point ces craintes sonl fondées. En tout cas, mon travail en est augnienlé, parce que la comniunaulé se paitage en plusieurs sections, de sorle qu'il me faut prêcher cinq fois par jour, non que je veuille m'en faire un litre de gloire auprès de vous, mais pour que vous célébriez avec moi la bonté de Dieu, qui me donne la force nécessaire de suffire h mon travail. l*onrcequi concerne nos dépenses, je forai mon rapport vendredi prochain à noire consistoire. En allendanl, RI. de la Rivière affirme que les nôtres ne demandent pas mieux que de satisfaire leurs créanciers, mais en ce moment les bourses, même celle du roi (?) , sont tellement épuisées , qu'ils ne peuvent pas payer. I^e fait est que la plupart se sousti aient par crainte. D'aiiJre.s, qui auparavant ont fait preuve de libéralité, ont resserré leur bourse, en partie parce qu'ils croient s'être acquittés en faisant des largesses aux captifs, en partie parce qu'on a découvert un traître parmi les anciens, qui employait à son propre usage l'argent destiné aux pauvr^ s. Et parce qu'on n'y a pas porté remède plus tôt, un grand nombre y voit un beau prétexte d'être avare.
Il est vrai qu'avant les persécutions tout brillait d'or et d'argent; mais déjà Christ n'est plus d'or. Néanmoins il règne, quoique le monde le rejette. Mais il n'entre pas dans mes vues de différer longtemps l'acquittement d'une dette aussi légitime; je veux seulement vous prier d'avoir patience un peu avec des hommes tellement affligés. J'espère que mes collègues, dès qu'ils en seront avertis , auront le plus grand soin de nous procurer les moyens de nous acquitter envers nos ciéanciers. Ma prière trouvera un accès d'autant plus facile, parce que avant-hier le consistoire a pris connaissance d'une lettre de nos frères du Poitou, dans laquelle ils prétendent avoir trouvé un moyen de faire cesser la persécution : quelques nobles devaient se rendie auprès du roi de Navarre, et le supplier d'envoyer à nos fr:iis une antbassade aux princes d'Allemagne, leur exposer ses sentiments et ses opinions religieuses, afin qu'ils se chargent d'une ambassade auprès du roi et l'avertissent d'après la forme par eux prescrite , dont ils vous ont envoyé un exemplaire. I^orsqu'on m'eut demandé mou opmion à ce sujet, je répondis qu'on avait déjà trop tenté ce moyen, et qu'on y avait perdu sa peine et son temps. Comme on me fit des objections, je m'en suis rapporté à votre jugement, d'autant plus que j'entendis que vous aviez été instruit de cette affaire. J'aurais assez à dire à ce sujet. Qu'ils cherchent d'abord à payer les dettes qu'ils ont faites eux-mêmes avant de penser à obtenir une nouvelle ambassade. Je tiendrai compte des avertissements que vous me donnez , et si les autres ne savent pas en profiter, certainement ils ne seront pas perdus pour moi, et peut-être apprendrai-je même à d'autres a en proûter.
Je i)ense qu'on vous aura déjà fait parvenir le libelle écrit par un de nos professeurs contre l'apologie que nous avons composée. Il existe en outre un autre écrit, qu'on attribue à un impertinent appelé de Moucki. Le désir des fidèles serait que quelqu'un qui en eût le loisir leur répondit, pour qu'ils ne nous croient pas vaincus, et qu'il insiste surtout à prouver que nos assemblées , quoique tenues en secret et contre les ordres du roi , ne sont cependant pas blâmables . parce qu'il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Car outre qu'il y a beaucoup de chiens ici qui aboient contre nos réunions, le bruit court qu'en Allemagne aussi on ne les approuve pas. Si ce bruit était fondé, ils prouveraient par là qu'ils ne connaissent pas même encore les premiers principes du christianisme. En outre , j'apprends aux fidèles à se servir de la parole de Dieu chaque fois que leur conscierice pourrait être lésée , de la manière que vous m'avez apprise. Je vois et j'entends bien des choses qui afQigent mon àine ; mais parce que j'occupe cette place par la volonté du Seigneur , les douleurs qui m'accablent ne sont pas tellement violentes que lu joie ne puisse triompher de:: tourments. Vous m'écrivez (juo M. de la Normandie s'étonne de n'avoir pas reçu de nouvelles sur ses enfants. Mais il n'y a pas de quoi s'en étonner; car la lettre que vous avez reçue , je l'ai écrite le lendemain de mon arrivée ; vous concevez donc facilement que je n'avais pu encore m'informer auprès des personnes qui auraient été en étal de m'en donner des nouvelles. Mais avant que vous receviez la présente, il saura, je pense, que je n'ai pas oublié sa demande.
Je viens en elfet de lui écrire ce que j'ai appris sur leur compte. Avant-hier je les ai même vus et je leur ai parlé au moment où ils étaient prêts à se mettre en roule. Wiev Es tienne les a emmenés de la ville pour les conduire directement à leur père, et •je ne sais si celle lettre pourra les devancer, car mon hôte pense rester trois jours
!JE J, tlGLISli lŒFOU.MliE DE PAHIS. XXVU
à Lyou. Mais quand M. de la Normandie sera satisfait, je crains bien que notre frère Des Galars ne m'accuse de négligence de ce que je ne lui ai pas encore envoyé la Confession et le Supplice des brûlés , qu'il m'avait demandés. Je le prie de ne pas jeter la faute sur moi, mais bien sur ceux à qui j'ai demandé déjà plusieurs fois ces écrits. Il me reste enfin , Monsieur, à vous prier de m'o.vcusfr auprès de .M. Jï/e^ si vous lui écrivez, d'avoir été si bref dans ma lettre. Car comme je dois adresser des remercimenis au nom de tous à toute la classe de Lausanne pour sa bienveillance à notre égard , et surtout de ce qu'elle s'est montrée si disposée a nous accorder M. de Bèze, si nécessité il y avait, j'ai été obligé d'être plus concis que je ne le devais ; celle longue lettre m'a arrêté aussi. Je les renvoie à votre lettre pour qu'ils y voient l'état de notre Eglise. Vous n'ignorez pas combien il est pénible a un homme tellement occupé d'écrire deux Ibis la même chose. Vous me pardonnerez aussi si je ne puis rien vous apprendre au sujet de ce Cotlius que Dieu vient de rappeler a lui. Pélissier ne parvient pas à obtenir une lettre de Frarçois. Mon hôte vous racontera ce qu'il sait de M'"* de Rentigny : je crains bien que sa fuite ne nous suscite des troubles très-graves.
Demain il me faudra requérir un nouvel hôte, car M. de la Rivière se voit obligé de quitter ces lieux à cause de sa maladie et de son corps infirme; aussi les amis nous ont-ils avertis que nous ne pouvons plus y séjourner sans nous exposer à un grand danger. iMais au milieu de ces troubles je suis plein de joie, car j'ai l'espoir en Dieu , et j'ai la certitude que vous vous souviendrez toujours de nous dans vos prières et ciue vous nous recommanderez à Dieu. Adieu , Messieurs et très-chers frères. La Rivière vous présente ses humbles respects. Je n'ai pas encore vu les autres, mais je suis sûr qu'ils vous saluent tous en son nom.
Paris, 7 février.
^ olre tout dévoué
Hachamus.
À mon 1res honoré Seigneur et Maistre Monsieur d'Espevitle.
S. Cuin omiiiiio desperareimis de legatione principitm, ecce prseter ex|)eclalionem nostrani perjiicundmn nobis nuntium attulit vir quidam nobilis ciijiis noraen et genus vitae tenet Fr. Salicetus, fore scilicet ut quam prinium Francofurti Conuentiini Iiabitiiri essent, legafos pro causa nostca niittoreiUad regeni; interea scriberent litleras, quaru/n ne siiii prolixus in recltaiido aigiimeiito. oxeniplar ad le iniUo. Tabellario auleni hoc diserte mandalum est ne cuiqam oflVrat nisi monarch», et ab eodem responsuni exigat: Dehinc per equos celei'esad Navaj'renum proficiscatur. Causas morse nairat fuisse in primis arliflcium Galçrila' . qui corrupto Rascalone palalini secretario misso ad Regem cuiii lilteris. persuaserat lis qui ad credendum liosli nimis faciles siint, sibi cordi esse religionem Germanicam, nec in vincula conjectam fuisse turbam de qua audierant, reiigionis causa, sed quia, dum Régis capiti imminebat iioslis, coniienissent , quasi facta in suum principem coiispiratione, et noui alitiuid machinantes. Jam vero majorcm parlent captiuorum dimissam esse multo examine habito de ipsorum tide. Hiijus calliditati subseruiebat impudenlia secretarii qui mentiebaliir sibi Geneua iter facienti à primariis vlris diclum : non esse cur operam perderent principes, oinnia hincjain esse parata. Quin etiam Melcharium (?)et plerosque alios verbi ministros Lutetiie sine metu concionari, sed in minore cœtu ne quid in