PREMIÈRE ÉPOQUE
DES TRAVAUX DE LEFÈVRE d'ÉTAPLES A l'eNTRÉE DE HENRI IV DANS PARIS.
Première partie. — Jusqu'aux négociations pour le mariage de Henri de Navarre.
FRANÇOIS le--.
L'Église réformée de Paris n'est pas la première communauté protestante qui se soit formée en France. Cet honneur appartient à l'Église (le Meaux, et les protestants français ont été désignés d'abord sous le nom d'Hérétiques de Meaux, qui fut remplacé bientôt par celui de Christaudins, oublié à son tour quand l'éclat de la révolution religieuse opérée par Luther fit donner, pour quelque temps, 'a tous les chrétiens qui se séparaient de Rome le nom de Luthériens^. Ce fut ce dernier nom que l'on appliqua le plus souvent aux protestants de Paris, avant que ceux ûe Réformés, de Calvinistes et de Huguenots^ se fussent répandus. Entre ces divers noms, celui de Christaudins est seul à regretter. Il indique l'élonnement naïvement railleur des
' Le plus récent historien du protestantisme français , M. G. de Polenz (Geschiehte des franzœsischen Calvm/smus , Gollia 1857), s'est laissé tromper par ce nom de Luthériens. Quoiqu'il reconnaisse que Lefèvre d'Éiaples a compris et enr^eigné la justification par la foi en même temps que Luiher, sinon avant lui , mais certainement sans lui [gleichzeitig mit Liitlier, wenn niclit vor ilim, aber gewiss ohne ilin), il intitule une des divisions de son livre : Réformation luthérienne française, et ne commence qu'après la destruction de l'Église de Meaux , l'histoire du Calvinisme français. Ce malentendu n'est pas rare chez les écrivains allemands. Ce qu'ils appellent Yesprit confessionnel n'a jamais créé en France des différences aussi tranchées qu'au delà du Rhin. La France a vu quelques Individualités isolées se rattacher plus directement à l'esprit et aux écrits de Luther; tels furent Louis de Berquin et Charles Du Moulin ; mais jamais , avant les conquêtes ou les traités de Louis XIV et les annexions qui en furent la suite, le luthéranisme n'a eu d'Église à Paris, ni même en France. Quant au calvinisme proprement dit, il a commencé bien plus tard que la Réforme française , et il y a déjà longtemps que telle de ses doctrines essentielles (la prédestination , par exemple) n'a plus parmi nous que des adeptes très-rares. Ces noms d'hommes donnés à des Églises sont historiquement faux, et ce n'est pas leur moindre inconvénient.
2 L'origine de ce dernier nom paraît décidément être genevoise. C'est à Genève que le nom A'Eidgenossen (confédérés) a été appliqué aux Suisses et aux protestants, par opposition aux Savoyards catholiques, La première syllabe de ce mol, impossible à prononcer pour des Français, s'est altérée par cela même {Chronique de bonivard , citée par M. Mignet, Mémoires historiques : Établissement de la Réforme à Genève, p. 279).