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mndrs descond pour la promièn; de son merveilleux cheval, il trouve un diner somplueiisemenl servi et entouré de musiciens; car le roi de la contrée, ajoute le poète, était un grand prince qui aimait beaucoup les ménestrels.
Plenté d'eslruments i avait,
Vièles et saltérions,
Harpes et rotes et canons,
Et eslives de cornouailles. . . .
O lui avait quintarieurs,
Et si avait bon lenteurs,
Et des Hauteurs de behaigne,
El des gigueours d'AIemaigne,
Et flauteours à deux dois,
Tabou rs et cors sarrasinois
Y ot, mais cil erent al chans.
Pour ce que leur noise est trop grans.
Ajoutez à ces instruments ceux qui, vers la conclusion du poème, figurent aux noces de Ciéoniadès et de Clarmondine, savoir : les rubebes, les nacaires, le cymbales, les tympanona, les mandores, les micamons, cornes, doucines et grosses araines; plusieurs de ces instruments ont vieilli ou changé de nom. Ainsi, la vielle, comme il a été observé, était la viole ou violon, le saltérion ou psaltcrion, d'une forme triangulaire, était garni de cordes de laiton, que l'on ébranlait avec une plume; la harpe n'avait pas les dimensions de celle d'aujourd'hui ; la rote ou rocte était une espèce de violoncelle, le canon était une flûte, le micamon un flageolet, les estives ou /?atos rfc cor/ioMai7/f5 étaient des cornemuses ; les quintares, les leutcs, des guitares et des luths; la faiite de behaigne répondait penl-élre à la guimbarde, la gigue était une espèce de rote, de laipielle on tirait surtout des accords, comme de la har[)e ancienne ou de la guitare espagnole; un tierret du Dante cité plus haut, à propos du troubadour Giraut de Calenron, ne laisse pas de doute sur ce point. Les (lûtes à deux doigts se jouaient d'une main, tandis que de l'autre le jongleur frappait sur un tambourin ; le cor sarrazlnois était le clairon; les rubebes, des basses de violon à trois cordes, la mundore, une espèce de luth, dont les cordes étaient de laiton; le tym-
ffinan ou tympan, également monté avec des cordes de métal, qui se frappaient avec des baguettes. Enfin la doucine était un hautbois et les grosses araines, des cymbales.
Dans la dispute des deux trouvères ribauds ou les deux troveors, pièce anonyme qu'on attribue aux dernières années du XIII<^ siècle, et qui a été publiée en 1813 par Roquefort, les deux trouvères énumèrent à l'envi l'un et l'autre les richesses de leur répertoire et parlent aussi de nombreux instruments de musique, dont ils se vantent de tirer la plus douce harmonie, entre autres de la citule, la chifolne, la salteire, la gujue, la muse, sorte de grand chalumeau, la rote, la frestèle, etc. Ce dernier instrument est une espèce de flûte composée de sept tuyaux inégaux, que les anciens mettent entre les mains du dieu Pan, et connue sous le nom de flûte des chaudronniers.
Ailleurs, l'un des trouvères oppose aux grands poèmes cités par son rival d'autres grands poèmes qu'il est prêt à réciter à l'instant, comme le Renard, l'Histoire des Lorrains, Charlemagne, Roland, Olivier, Girart de Roussillon, Beuve de Comarchis, etc.
La dispute des deux trouvères ribauds est considérée par les auteurs de l'Histoire littéraire de France, comme un des meilleurs catalogues en vers des grands et petits poèmes , composés par les trouvères , et chantés par eux ou par leur ménestrels.
Parmi les autres poèmes du moyen-âge, qui ont de l'intérêt pour l'art musical, il nous reste à mentionner encore celui intitulé : Li temps pastour, par Guillaume de Machault, poète-musicien, né en Champagne en 1284. Au chapitre de ce poème : Comment li amant fut au diner de sa dame, Guillaume nous fait connaître plus de trente instruments de musique en usage de son temps, au nombre desquels figurent quelquesuns déjà nommés dans le roman d'Adenès le Roi et dans la dispute des deux trouvères ribauds. Dans un autre poème de Machault, le Dict de la harpe, il chante les perfections de sa maîtresse et en nomme une à chaque corde, dont le nombre était en ce temps de vingt- cinq.
D'après les auteurs de l'Histoire littéraire de France, dès le XI [I« siècle, plusieurs associations poétiques décernaient le nom de Roi aux auteurs du meilleur chant royal proposé en l'honneur de la N'icrge; mais le vainqueur ne gardait ses lauriers et son titre que pendant une année, et l'on voit Adenès prendre celui de Roi, dans son premier poème
pl le conserver dans son dernier, ce (jiii fait supposer que ce poète fut i'nn des plus anciens rois des ménestrels ou ménétriers.
La méncstraudie formait en France sous le patronage de Saint-Julien une corporation sérieuse, dans laquelle on conservait assez bien la division régulière des apprentis et des maîtres; les premiers étaient obligés de recevoir les grades des seconds, et avant d'obtenir leur titre de maître, on était tenu à faire preuve de certains talents et à payer une certaine taxe. Sans l'assentiment du patron, les varlets- ménestrels ne pouvaient mettre un prix à leur savoir-faire, ni figurer dans les fêtes solennelles. Ainsi l'exigeait une ordonnance renouvelée en 1321 , au profit de la corporation des ménétriers. Les maîtres -ménestrels reconnaissaient eux-mêmes l'autorité d'un individu de leur classe, choisi d'ordinaire parmi les plus habiles, pour présider aux divertissements d'apparat dans les cours souveraines. Ce personnage prenait le titre de Roi des ménestrels ou des ménétriers ; il portait une couronne semblable au moins pour la forme, à celle du roi, comte ou duc, à qui il devait sa dignité.
Sous les régnes de Philippe- le-Ikl et de ses enfants. Flageolet en 1288, et plus tard Robert Petit, figurent, parmi les ménestrels avec le titre de roi.
C'est Robert Caveron que l'on appelle en 1338 « roi des ménestrels du royaume de France. » En 1359, les mêmes fonctions sont remplies par Copin de Rrcquin, qui suivit en Angleterre le roi Jean. On cite encore en 1412, Jean Partans, roi des ménestrels de Guillaume IV^, comte de Hainaul et de Hollande.
Un certain Constantin, roi des ménétriers et violon de la musique du roi de France Louis XIIl , a laissé des pièces à cinq et six parties pour le violon, la viole et la basse, qui ne sont pas dépourvues de mérite.
De tous les noms qui servaient dans le XIIF siècle à désigner les musiciens, les poètes et les comédiens, le moins exposé aux interprétations défavorables, était celui de ménestrel ou ménétrier, parce qu'il supposait la réunion de tous les talents qui pouvaient recommander cette tribu nombreuse. Le ménestrel devait savoir jouer de plusieurs instruments , ordonner des concerts vocaux, composer des chants et déclamer des vers.
RuTEBOEUF, né à Paris dans la première moitié du XIII" siècle, fut l'un des trouvères français les plus féconds dans ce grand siècle des trou-
vères. Il cnmmonça par êlre jongleur. Les principaux ouvrages do cet écrivain mordant et railleur sont : La dispute du croise et du décroise'; le Testament de Vâne; le Dict d'Aristote; le Dict de l'université' de Paris (celle pièce se rapporte aux soulèvements des écoliers en 1230); le Dict de l'erberie. « Dans cette dernière pièce, dit un écrivain, on voit que les » charlatans et leuis dupes sont, hélas! de tous les siècles. »