‹ Précis de l'histoire de la musique, depuis les temps les plus reculés; suivi de notices sur un grand nombre d'écrivains didactiques et théoriciens de l'art musicalChapitre 6 sur 62 · GRECS · texte numérisé non relu

GRECS

Musique et Jeux scmiques.

Les Grecs anciens aimaient passionnément la musique (^) ; mais assujétis à des règles précises, leurs idées religieuses s'opposaient aux progrès de cet art ; tout novateur, qui aurait osé changer quelque chose à leurs antiques systèmes, eût été sévèrement puni. Un Ionien, appelé Timothée, poète et musicien fameux, se rendit chez les Lacédémoniens, avec sa cithare à onze cordes et ses chants efTèminés : déjà avait été plus d'une fois arrêtée l'audace des musiciens, qui augmentaient le nombre des cordes de l'instrument, et entre autres deTherpandre, le cilharède de Lesbos (-). Quelle fut leur surprise aux accords de Timothée! Quelle fut la sienne, à la lecture d'un décret émané des Rois et des Éphores! On l'accusait d'avoir par l'indécence, la variété et la mollesse de ses chants,

(i) Chez les Crocs, la poésie épique, l'élégie, l'ode, l'histoire elle-même se chantaient et se récitaient par les rues, sur les places publiques , aux jeux olyuqjiens, etc.

(■2) Thorpandre ajouta trois cordes à celles dont la cithare était montée auparavant; Thimoihée, environ 300 ans plus tard, voulant produire des modulations j)lus variées, en porta le nombre jusqu'à onze.

blessé la majesté de l'ancienne musique et entrepris de corrompre les jeunes Sparliates(') ; on lui prescrivait de retrancher quatre cordes de sa lyre, et l'on ajoutait qu'un tel exemple devait à jamais écarter les nouveautés qui portent atteinte à la sécurité des lois(').

Aristophane, dans sa comédie des Nuées, met ces mots dans la bouche de la justice, parlant de l'éducation des jeunes gens : « Si quelqu'un » d'entre eux s'avisait de chanter d'une manière bouffone, ou de mêler » dans son chant quelques inflexions de voix, semblables à celles qui » régnent aujourd'hui dans les airs, qu'on le châtie sévèrement ('). »

Rien n'approche, disent les historiens, du goût et de l'imagination des Grecs dans l'art dramatique ; on remarque surtout l'ardeur des Athéniens pour les jeux scéniques; nul peuple n'a jamais porté si loin l'amour de l'éloquence et de la poésie, la délicatesse du langage et la justesse du sentiment et du goût.

La grande occupation et le grand plaisir des citoyens d'Athènes, où le vulgaire même apprenait par cœur les tragédies d'Euripide, étaient de s'entretenir des ouvrages d'esprit et de juger les pièces dramatiques qui se jouaient par ordre de l'autorité, plusieurs fois dans l'année, notamment aux fêtes de Bacchus. C'étaient dans ces jours solennels que les poètes tragiques et comiques s'y disputaient la palme du talent.

Le but de la tragédie chez les Athéniens était de célébrer les exploits des anciens héros imaginaires de la Grèce, afin d'inspirer à tous les citoyens l'amour de la gloire, par l'exemple de leurs ancêires.

C'est à Eschyle que les Athéniens sont redevables de l'établissement de leurs théâtres. Il précéda de très-peu de temps Sophocle et Euripide, et doit être considéré comme l'inventeur de l'art dramatique chez les Grecs.

D'après Philostrate, les décorations, les machines, les tombeaux, les autels, les fantômes, les furies, les trompettes qui parurent sur le théâtre, furent de l'invention d'Eschyle.

(i) Boëce nous a conservé ce décret. M""= Bawr en a publié une traduction dans son Histoire de la musique.

(ii) Barlhélemi , Voyarjc (TAnacharsis.

(r.) Piiiynis passe pour l'auleur des premiers changements introduits dans l'ancienne musique grecque par rapport à la cithare.

Pour tout ce qui concerne Vllistnira de la miislfpte fies anciens Grecs, voyez le livre d'Âthénce; celui d'Aristide Quintilien, et le dialogue de IMular(iue.

Lycuigue le Rbéleur, pour lioiuner la mémoire d'fischylo, de Sopliocle cl d'Euripide, ordonna que leurs poèmes seraient enregislrés au greffe d'Athènes, et que le greffier de la ville les lirait publicpiement à certains jours, avec défense à tout acteur de les représenter sur le théâtre (').

Chez les Grecs et les Romains le goût des spectacles s'unissait à la magnificence; leurs théâtres étaient de vastes enceintes, avec des portiques, des galeries couvertes et des allées plantées d'arbres; comme ils étaient en plein air, on les préservait des ardeurs du soleil par des voiles soutenues sur des mats et par des cordages. Plus de soixante mille spectateurs occupaient les différents étages de ces immenses théâtres; mais aucun édifice, si nous en croyons les historiens, n'égala le théâtre de l'édile M. ^Emilius Scaurus, à Rome : il était com[)Osé de 600 colonnes, dont les plus élevées étaient de bois doré, celles du milieu de cristal de roche, et les dernières de marbre de Crète, toutes de 38 pieds d'élévation. Dans les intervalles étaient rangées des statues de bronze au nombre de trois mille, et tout l'édifice pouvait contenir 80 mille spectateurs.

Dans des salles aussi vastes, l'acteur se couvrait la tête d'un masque de bois, nous dit J^rudentius, cl c'était par l'ouverture qu'on y avait ménagée qu'il faisait entendre au loin sa déclamation. Le masque, outre les traits du visage, figurait encore la barbe, les cheveux, les oreilles, et jusqu'aux ornements que l(!s femmes employaient dans leur coiffure. Du moins, c'est ce que nous ap[)rennent tous les auteurs qui en parlent, comme Feslus, Pollux, Aulugclle, etc.; c'est aussi l'idée qu'en donne Phèdre, dans la fable du Masque et du Renard : personam tragicnm forte vulpes viderai, etc. Enfin, ces masques paraissaient faits, comme en jugeait le Singe d'Esope, pour avoir de la cervelle.

{i) Voyez Pliilarque, lie de Lyciirfjiic le Rliéleur.

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