TROUBADOURS GRANDS SEIGNEURS
SOUVERAINS ET. DAMES-POÈTES DE LA PROVENCE AUX XIe, XIIe ET XIIIe SIÈCLES.
Au XIII0 siècle, l'Aquitaine, le Languedoc, presque tous les pays situés au midi de la Loire, sont parfois désignés sous le nom de Provence, sans doute parce qu'on y parlait à peu près la même langue que dans les districts d'Avignon, d'Aix ou de Marseille; ainsi, quand les historiens parlent des poètes provençaux, ils n'entendent pas seulement par là les poètes de ce canton particulier du royaume de France renfermé entre le Rhône et le Var, ils comprennent sous ce nom les rimeurs de toutes les provinces méridionales de ce pays, ou plutôt tous ceux qui ont composé des vers en langue provençale, car dans le nombre on compte des Catalans, des Aragonais, des Italiens.
Guillaume IX, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, le plus ancien troubadour dont les poésies nous soient parvenues. « II sut d'après les chroniqueurs, bien trouver, bien chanter, et courir le monde pour tromper les dames : e saup ben trobar e cantar. »
Guillaume partit pour la croisade vers l'an 1 1 00. Le style du comte de Poitiers, dit M. Raynouard (Recherches philologiques sur la langue romane), dont les écrits appartiennent incontestablement à la seconde moitié du XIe siècle, mérite de fixer l'attention; ce style est aussi clair, aussi correct, aussi harmonieux que celui des troubadours qui brillèrent postérieurement. Pour comprendre les vers du comte de Poitiers, pour les traduire, il n'y a nulle concession à faire, nulle supposition à établir; il a
écrit comme écrivaient aux XIIe et XIIIe siècles Bernard de Venladour, Arnaud de Marneil, Cadenet, etc.
Bertrand de Born, châtelain d'Haulefort, poète guerrier, et l'ami de Bicbard Cœur-de-Lion. Le chant guerrier de ce troubadour : be me platz lo doas temps de Passeor (bien me plaît le doux temps de Pâques), est considéré comme une des productions les plus intéressantes de la langue provençale.
Parmi les autres grands seigneurs et souverains qui figurèrent au nombre des troubadours, l'on trouve : Bertrand Puget Teniers, seigneur de Teunes ou Teniers; le baron de Blacas ou Blacasset, brave, galant, fastueux, et qui s'honorait de cette fleur de Bon ton, qu'on appelait Courtoisie; Henri II, comte de Bodez; un comte de Foi, Boger- Bernard III; Alphonse I, comte de Provence, mort en 1198; Jaufre Budel, prince de Blaie; deux rois d'Aragon, Alphonse II et Pierre II; Frédéric III, roi de Sicile; Guillaume de Baux, prince d'Orange.
On compte aussi parmi les poètes provençaux des XIIe et XIIIe siècles plusieurs dames de haut rang, entre autres: Azalaïs ou Adèle de Porcairages; la dame Iseus de Capnion; la dame Anuc de Chaleauneuf et la dame Lombarda de Toulouse, « qui était belle, instruite, et faisait des vers sur des sujets erotiques; » la dame Castelloze d'Auvergne : « dame fort gaie, bien enseignée, et très-belle. » Le fait d'être bien enseignée, auquel les historiens des troubadours se plaisaient à accorder des éloges adressés aux dames du XIIe et du XIIIe siècle, ne consistait guère que dans la lecture de quelques romans, dans l'art des vers et de la musique, et surtout dans le talent de la conversation et le ton de la bonne compagnie. V enseignement des dames servait alors à polir les mœurs des chevaliers, et à hâter les progrès de la civilisation générale. Il nous reste de la dame Castelloze, trois chansons ou plutôt trois odes erotiques. Les poésies de celle dame et celles de la comtesse de Die passent pour les chefs-d'œuvre des dames poètes.
Clara d'Anduze. Celle dame élait la fille de Pierre Baymond d'Anduze, ou Pierre IV, et de Constance, fille de Baymond VI, comte de Toulouse. Une seule pièce de cette dame a été suffisante pour la rendre célèbre; c'est celle qui concerne son raccommodement avec Hugues de Saint- Cyr.
La dame Isabelle, célébrée par le troubadour Elias Cairels, a été
placée même parmi les poêles. Il existe une Tenson jonglaresque (!), ou dialogue en vers, entre elle et le troubadour Cairels :
« Dame Isabelle, beauté, gaieté, raison, instruction, vous conservez tous ces avantages, etc. »
(Ma Domn' Isabella valor, joy e pretz, e sen e saber, solatz gec jorn manlener.)
Marie de Ventadour, fille d'Adhémar V, vicomte de Toulouse, et femme du seigneur de Ventadour. On a de celte dame une Tenson composée en compagnie de Gui d'Uissel, troubadour limousin.
Marie de Ventadour recevait à sa cour les poètes les plus distingués et les hommes les plus aimables des contrées qu'elle habitait.
La dame Tirerge, Na Tibors en provençal, et appelée par les Italiens Dona Tiburtia, était née en Provence. « C'était, dit son biographe, une personne courtoise, instruite, aimable, fort habile, et qui composait des vers. (Cortesa fo et enseignada, avivens et fort maistra etsaup trobar.)
Guillelma de Rosieri de Gènes. Il existe une Tenson de cette dame avec le troubadour Cigala.
Beatrix d'Est, femme du marquis Guillaume de Malaspina. Il a été fait mention de cette dame dans l'article concernant le troubadour Aimeric de Péguilain, p. 42.
Pour plus de détails sur les troubadours on peut consulter : Sainle- Palaye, Nostradamus, Crescenbeni, Millot, les tomes 18 et 19 de l'Histoire litt. de France, les Biographies provençales de Raynouard, t. V; puis Sismondi, Bruce-Whyte, Mary-Lafon déjà cité p. 40, Fr. Mandet, G. Eichhorn.
(i) Une espèce particulière de sirventes (satires soit personnelles, soit générales) était dénommée Jonglaresque, apparemment comme abandonnée aux jongleurs qui allaient d'un lieu à un autre déclamer ou chanter ces poèmes.
TROUVERES ET MENESTRELS.