PUYS, JEUX SOUS L'ORMEL, COURS D' AMOUR , JEUX FLORAUX, ETC
Mathieu, surnommé li clers ou le savant, naquit à Garid au XIII6 siècle d'une famille Israélite. Ce trouvère a laissé un grand nombre de chansons fort estimées. Mathieu a concouru aux luttes poétiques du Puy d'Arras.
On désignait au XIIIe siècle sous le nom de Puys, jeux sous l'ormet, les sociétés littéraires que le midi nommait cours d'amour, jeux floraux, académies du gai saber ou gaya ciencia; on y cultivait le drame et la poésie, et l'on y proposait des questions comme le font aujourd'hui nos académies. Dans ces associations (les puys) on décernait le titre de roi aux auteurs du meilleur chant ou du meilleur poème, comme il a été dit dans la notice sur Adenès le roi , p* 62. Les Cours d'amour, où l'on traitait des questions galantes et poétiques, sont antérieures aux puys, et s'étaient formées dès le XIIe siècle; M. Raynouard l'a prouvé par l'analyse d'un traité de l'art d'aimer, Liber de arte amandi et reprobatione amoris, espèce de code galant que rédigeait vers 1170, André, chapelain de la cour de France. Ces réunions étaient ordinairement présidées par des dames de haut rang et les jugements s'y rendirent souvent en latin. « Les jugements, dit M. Villemain, auxquels a présidé la vicom- » tesse de Béziers, assistée de 80 dames du pays, étaient rendus en
» lalin, presque aussi bon que celui de Saint-Thomas. » (Arrêts des cours d'amour, par Noslradamus.)
L'Académie del gai saber el la Sobregaya companbia del sept trobadors de Tolosa (V Académie du gai savoir et la très-gaie Compagnie des sept troubadours de Toulouse) ne datent que de 1324, et c'est à celte époque aussi que l'on peut faire remonter l'origine des jeux floraux, car les fleurs d'or et d'argent (une églantine, un souci, une violette et un œillet) furent distribuées pour la première fois en 1365. Le premier prix pour la gaya ciencia ou gai saber était une fleur, flor de gaug (fleur de joie) ; fleur jaune et odoriférante de l'accacia épineux, nous dit Sismonde de Sismondi, dans son ouvrage : De la littérature du midi de l'Europe (*).
Jocelin de Bruges, trouvère du XIIIe siècle, a laissé trois chansons conservées dans un seul manuscrit.
On cite encore parmi les trouvères les plus renommés de la même époque, Guy, de Provins; Hugues, de Bercy; Colin Pausaie, de Cambrai; Andrieu Douce ou Douche, d'Arras; Àubertin, d'Areynes; Aubin, de Sezanne; Cardon, surnommé quelquefois de Beims, mais plus souvent de Croisilles, trouvère de la fin du XIIe siècle; Garnier, d'Arches; Bruneau, de Tours; Baude, surnommé de la Guarière; Eustache le Peintre, de Bheims; Gautier, de Soignies; Gobin, de Beims; Guillaume, d'Arras; Adam, de Givenci; Colart le Boulellier; Jean le Bouthillier; Collait le Changeur; Guyot, de Dijon; Bobert, de Compiègne; Bobert la Chièvre, de Beims; Jacques, d'Amiens; Jacques ou Jacquemes, de Cambrai; Jean, d'Archies; Jean Bretel, d'Arras; Jean de Neuville, né près d'Arras; Jean de Benti, idem; Guillaume, clerc de Normandie; Pierre de Bies; Jean le Cuvelier, d'Arras; Jean Légier, d'Arras; Vilain, d'Arras; Jocelin, de Dijon; Nevelon el Henri Amion, d'Arras; Jean le Teinturier, idem; Lambert Ferris, idem; Fremiunt, de Lille; Martin le Begin, de Cambrai; Willaume, d'Amiens; Bercel, d'Arras(2); Audefroi le Bâtard, idem (fin du XIIe siècle).
« La mélancolie qui règne dans les romances d'Audefroi , dit M. Moke, » leur donne un genre d'intérêt qu'on retrouve dans les poésies du Nord.
(i) Voyez aussi : De l'origine des jeux floraux, par Cazeneuve. (2) La ville d'Arras était en grand renom au XIIIe siècle, sous le rapport poétique.
» Son langage est parfaitement simple, mais non sans élégance, et il y a » de la délicatesse dans sa pensée, quoi qu'il ne paraisse pas copier les » troubadours. Mais autour de lui, les chansons des autres trouvères ont » le caractère, la coupe et la couleur de la canso, qui leur sert évidem- » ment de modèle. »
Une découverte précieuse pour l'histoire de la musique au moyen-âge est celle d'un manuscrit trouvé dans la bibliothèque de la faculté de médecine de Montpellier, et qui a été signalé d'abord par M. Libri , mais seulement comme renfermant des chansons; ensuite par MM. Paulin Blanc, Théophile Nisard (Théophile Normand), et finalement communiqué en 1859 par son Exe. le ministre de l'instruction publique de France à M. de Coussemacker. D'après une note que nous devons à l'obligeance de cet érudil, ce manuscrit ne contient pas moins de 350 pièces, à 2, 3 et 4 parties, toutes antérieures au dernier tiers du XIIIe siècle, a Presque tous » ces morceaux, nous dit M. de Coussemacker, ont pour auteurs des » trouvères de l'Artois, du Cambrésis, du Hainaul et du Tournésis. On » y trouve la preuve que les trouvères étaient harmonistes, qu'ils con- » naissaient et pratiquaient le contrepoint double et d'autres artifices » harmoniques dont on croyait l'origine beaucoup postérieure. »
Dans la séance du 3 juillet 1862, M. de Coussemacker a entretenu l'Académie royale de Belgique de cette découverte.