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ITALIE

Selon l'opinion de Vollaire (Questions sur l'encyclopédie), c'est aux Italiens que l'on doit l'introduction des mystères en Europe : « Indigne » abus qui passa bientôt en Espagne et puis en France; imitation vicieuse » des essais que St -Grégoire de Naziance avait fait pour opposer un théâtre » chrétien au théâtre payen de Sophocle et d'Euripide. Mais, ajoute-t il, » Si-Grégoire mit quelque éloquence et quelque dignité dans ces pièces; » les Italiens et leurs imitateurs n'y mirent que des platitudes et des » bouffonneries. »

Dès le commencement du XIVe siècle, des essais de tragédies à l'imitation des anciens furent tentés en Italie, et l'historien Albertino Mussato écrivit vers 1320 deux ouvrages en latin dans le goût de Sénèque et sur des sujets tirés de l'histoire profane; dans la seconde moitié du XVe siècle, Bojardo écrivit la première comédie en langue vulgaire, intitulée : le Timon; elle est tirée d'un dialogue de Lucien, divisée en cinq actes et rimée en tercets ou terza rima (voyez Ginguené, Histoire litt. d'Italie). Dans les premières années du siècle suivant, la Calandra, du cardinal Bibiena , la Mandragore de Machiavel , comédies italiennes, ainsi que la tragédie Sophonisbe, du Trissino, furent données avec la plus grande magnificence à la cour de Léon X, « tandis que les Confrères de la » Passion et les clercs, dit M. Ginguené, divertissaient encore la France » avec les mystères des Actes des Apôtres et V Apocalypse de Louis Cho- » quel. » Dans la suite, le Trissino donna sa comédie des Simillini, tirée des Ménechmes de Plaute; il y rétablit les chœurs, à l'exemple d'Aristophane.

ESPAGNE

Indépendamment des mystères, l'Espagne eut longtemps ses Actes sacramentaux , espèces de drames saints , que l'on représentait dans certains temps de l'année, et particulièrement le jour de la Fête-Dieu. Ce sont des ouvrages allégoriques, qui traitent aussi des mystères de la reli-

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gion, mais sans avoir aucune ressemblance avec le drame pieux du moyenâge; le poêle Caldéron en a fait pour sa part plus de deux cents. « Les » Actes sacramentaux, au dire de Voltaire, ont déshonoré l'Espagne » beaucoup plus longtemps que les mystères de la passion, les actes des » saints, les moralités, la mère sotte, n'ont flétri la France. » Il fait ensuite l'analyse d'une de ces pièces de Caldéron : La dévotion de la messe, qui est en effet la plus grossière des bouffonneries.

M. Pbilarète Chasles {Études sur le théâtre espagnol) considère le peuple espagnol comme le vétéran de l'art dramatique en Europe. « L'Italie n'avait encore que des drames calqués, burlesques ou horribles, » alors que la fécondité espagnole jetait sur une scène populaire tout un » monde de créations. »

« Nous les avons imitées sans honte, dit-il, notre théâtre contient plus » de deux cents drames qui viennent d'Espagne : Rodogune, Heraclius, » le Festin de Pierre (c'est-à-dire le Convive de marbré) , les ouvrages » de Monlfleuri , de Scarron (autrefois si populaire) , de Dufresny , même » de Destouches, quelques-uns de Molière, ont une origine espagnole. »

M. Philarète Chasles cite parmi les écrivains espagnols les plus remarquables, don Ruiz d'Alarçon. Le premier il a tiré son nom des catacombes littéraires. En vain chercherait- on dans Schlegel, dans Bout erwick et dans Sismondi la mention la plus légère d'Alarçon. Ces écrivains, qui se sont spécialement occupés du théâtre espagnol, se taisent sur l'homme qui inspira le grand Corneille, et qui se plaça au premier rang des inventeurs dramatiques. « L'étude du Menteur, de Corneille, nous a prouvé » récemment que cette comédie, introduction brillante des comédies fran- » çaises d'intrigue et de caractère, appartient tout entière, non comme » imitation, mais comme traduction habile et reproduction heureuse, » à l'obscur et remarquable écrivain don Ruiz d'Alarçon. »

ANGLETERRE

L'introduction des mystères dans ce pays remonte à une époque fort reculée; car William Fitztephen, qui écrivit vers l'année 1182, parle dans sa Yita Sancti Thomae, etc., de ces espèces de drames représentés

à Londres en ce temps -là; Mathieu Paris (Vie des 23 abbés de St- Albin) dit, qu'un certain Godefroi, 16me abbé du monastère, mort en 1146, ayant passé en Angleterre pour y tenir l'école de St-Alban, fît représenter dans ce pays, un jeu qu'on appela mystère , et dont le sujet était tiré de la vie de Ste-Calhérine. (Voyez Legrand d'Aussi, Fabliaux et contes des XIIe et XIIIe siècles, t. II , p. 173.)

L'Angleterre, tout comme l'Espagne, a commencé par avoir un théâtre national , totalement indépendant des anciens. Plusieurs scènes du vieux théâtre anglais prouvent que dès le commencement du XVIe siècle, le drame classique y avait remplacé les mystères et autres pièces dévoles. Parmi les comédies anglaises, Y Aiguille de dame Gurton, représentée sous Henri VIII, est regardée comme la plus ancienne; alors Henri Parker composa des tragédies, et Jean s'exerça dans le genre comique.

ALLEMAGNE

Il nous reste de ce pays plusieurs productions théâtrales en langue latine, qui datent du XIe siècle, par Rosweide, religieuse allemande du couvent de Gandersheim, entre autres le drame d'Abraham, la Conversion de Gallicanus, espèce de tragédie, et une pièce allégorique, la Foi, la Charité' et l'Espérance. On ignore si ces pièces ont été représentées.

Il est aussi question d'ouvrages dramatiques allemands dans Harlsheim (Concilia Germaniae, t. III, p. 529), notamment dans les actes du Concile de Fuer, de l'année 1227, qui défendent aux prêtres de prendre part aux jeux scéniques dans les églises.

Quelques mystères de ce pays, savoir : Christi leiden (moitié latin) , Auferstehung Christi, Marien Mage, Ste-Dorothea, Osterspiel, Himmel Fahrt Maria et Fronleichnam, ont été publiés d'après des manuscrits des XIIIe, XIVe et XAAe siècles, par Hoffman von Fallersleben et Mone.

On compte en Allemagne, depuis l'an 1480 jusqu'en 1800, plus de 3000 pièces dramatiques imprimées.

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