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CHAPITRE XX

La musique instrumentale en France. — La symphonie.

Le célèbre Méhul est, je suppose, le premier musicien français qui ail composé des symphonies sur le modèle de celles de Haydn et de Mozart. Longtemps après lui, MM. Rousselot et le comte de Sayve firent à leur tour des tentatives en ce genre; ensuite M. Onslow, déjà renommé pour ses quintettes, MM. Félicien David et Georges Kastner, compositeurs des plus distingués; M. Elwaert, Mme Farenc, MM. Théodore Gouvy et Ferdinand Lavaine, ont par des productions semblables, ainsi que par leur musique instrumentale de chambre, mérité à juste litre l'estime des hommes compétents.

La symphonie dramatique, descriptive et fantastique, avec chœurs, solos de chant,

récitatifs et discours.

M. Heclor Berlioz est le créateur de celte sorte de symphonie; ses ouvrages composés dans ce système, sont les suivants : 1° Épisode de la vie d'un artiste, symphonie fantastique en cinq parties (Paris, 1829); 2° Le retour à la vie, monologue (mélange de musique et de discours), avec solos de chant, chœur et orchestre, suite de la symphonie fantastique; 3° la symphonie d'Harold en Italie (1834); 4° Romeo et Juliette, symphonie avec chœurs et solos de chant (1839); 5° la symphonie funèbre et triomphale, pour harmonie militaire, avec un second orchestre (ad libitum), exécutée pour l'inauguration de la colonne de juillet à la Bastille. Au nombre des autres novateurs de cette catégorie figure aussi M. Félicien David avec son ode-symphonie le Désert, qui eut à son apparition un succès d'enthousiasme; M. Georges Kastner, par deux productions très-originales : Les cris de Paris , symphonie humoristique, avec solos de chant et chœur, et La Saint Julien des Ménétriers, symphonie-cantate écrite sur un poème de M. Edouard Thierry ; M. EIwaert, qui a composé une symphonie chorale dramatique Ruth et Boos, dans laquelle les effets de l'instrumentation sont rendus par le seul emploi des voix; M. Douai, à qui l'on doit une symphonie fantastique : la Chasse royale (vision de Henri IV), légende de la forêt de Fontainebleau, en deux parties, pour orchestre, chœur et voix principale; M. Lacombe, auteur de la symphonie dramatique Manfred, en quatre parties, avec solos et chœurs, et de celle qui a pour litre Arva ou les Hongrois; M. Ernest Reyer, connu par une symphonie descriptive en cinq tableaux, intitulée Sclam, paroles de M. Théophile Gauthier.

Réforme opérée dans la musique dramatique en Italie par Rossini. Moyens d'effets nouveaux trouvés par lui dans l'orchestration. Imitateurs du style de Rossini. Influence de ce célèbre compositeur sur la musique dramatique en Europe. — Rossini en France. Première apparition de ses opéras en Allemagne. — OEuvres de Rossini. Son Stabat Maler. — Bellini et Verdi. Manière de ces deux compositeurs.

Après la mort de Guglielmi, de Cimarosa et pendant la vieillesse de Paisiello, quelques compositeurs procédant de la manière de ces illustres maîtres occupaient la scène depuis un certain temps, lorsque Rossini parut et transforma complètement les formes traditionnelles adoptées par ses prédécesseurs.

Joachim Rossini naquit à Pesaro , petite ville de l'État de l'Église, le 29 février 1792.

Peu d'hommes, remarque M. Fr. Fétis, ont trouvé autant de moyens d'effets nouveaux que Rossini. En transportant dans les instruments à vent, et particulièrement dans les instruments de cuivre, les systèmes d'accompagnement jusqu'alors destinés aux instruments à archet , il a changé la physionomie de l'orchestre. Une foule de choses neuves résultèrent de ces combinaisons.

Ses premiers essais dramatiques passèrent d'abord inaperçus; mais après le succès éclatant de Tancrède, à Venise, en 1813, il ne connut plus de rival dans son pays, et finit par exercer une grande influence sur toute la musique théâtrale de son temps.

Le premier ouvrage de Rossini , écrit pendant son séjour en France, fut II viaggio à Reims, opéra de circonstance, représenté en 1825 sur le Théâtre Italien de Paris, à l'occasion du sacre de Charles X.

Deux ans auparavant, une troupe italienne, composée des célèbres chanteurs Lablache, Donzelli, Rubini , MMmes Mainville Fodor, Sontag et Unzer, était arrivée dans la capitale de l'Autriche. « Au premier sol- » fége italien qui retentit sous les voûtes du théâtre, s'écrie Schindler, le » congé de l'opéra national était signé; le torrent emporta tout, et per-

» sonne ne se demandait où l'on allait : en paradis ou en enfer; car les » roulades rossiniennes avaient enivré, ensorcelle tout le monde. »

En 1826, Rossini arrangea son Maometto pour la scène de l'Académie de musique, et le fît jouer sous le titre du Siège de Corinthe ('). Cet opéra fut suivi de Moïse, du Comte Ory et quelques temps après (1829) de Guillaume Tell, œuvre sublime, considérée comme l'ouvrage le plus complet qu'on ait écrit depuis le Don Juan de Mozart. Après Guillaume Tell, l'illustre maître prit la résolution irrévocable de ne plus écrire pour la scène : « Un succès de plus, disait-il, n'ajouterait rien à ma renom- » mée, une chute pourrait y porter atteinte; je n'ai pas besoin de l'un, » et ne veux pas m'exposer à l'autre. »

Dans une lettre de Rossini, adressée en 1854 au comte de Fay, gentilhomme hongrois, on trouve à ce sujet les réflexions suivantes (*) :

« Jeune homme à peine mûr, j'ai commencé à composer, et plus tôt » qu'on ne s'y attendait, j'ai déposé ma plume.

» Ainsi vont les choses de ce monde; qui a commencé de bonne heure, » doit, d'après les lois de la nature, finir de bonne heure. D'ailleurs, » j'ai pris en considération les temps actuels, où des prodiges, pour » ne pas dire des horreurs, pèsent sur l'art, et obscurcissent le but » des études les plus sérieuses; aussi, tout homme de bons sens trou- » vera facilement convenable que je me sois imposé le silence, d'une » part pour ne pas être obligé de céder au courant de l'art moderne, » d'autre part pour donner le bon exemple. De celte manière, l'art » retenu dans ses limites, pourra profiter à l'humanité, sans dégénérer n en efforts contre nature, pour arriver à l'impossible, procédé par lequel » il souille le véritable esprit esthétique en protégeant la frivolité. »

Voici la liste complète et chronologique des opéras de Rossini, composés en Italie :

1° La Cambiale di Matrimonio, 1810; 2° L'Equivoco Stravagante, 1811 ; 3° Demetrio e Polibio, 1812; 4° Ingano Felice, id.; 5° Ciro in Babilonia, id.; 6° La Scala di Seta, id.; 7° Pietra di Paragina, id.; 8° L'Occasione fa il ladro , id. ; 9° Il Figlio per azzardo, 1813; 10" Tancredi, id.; 11° L'italiana in Algeri, id.; 12° L'Aureliano in

(i) A la même époque, Rossini fut nommé par Charles X inspecteur-général de la musique en France, et intendant-général de la musique du roi. (*) Cette lettre est écrite en latin.

Palmira, 1811; 13° II Turco in Ilalia, id.; 14° Elisabetta, 18I5; 15° Torwaldo e Dorliska, 1816; 16° Il Barbiere di Sevlglia, id.; 17° La Gazetta, id.; 18° Olello, id.; 19° Cenerentola, 1817; 20° la Gazza Ladra, id.; 21° Armida, id.; 22° Adélaïde de Borgogna, 1818; 23° il/ose, id.; 24° Bicciardo e Zoraide, id.; 25° Ermione, 1819; 26° Eduardo e Cristina, id.; 27° La Dona deJ Lag-o, id.; 28° Bianca e Faliero, 1820; 29° Maometto 11, id.; 30° Malilda di Sabran, 1821; 31° Zelmira, 1822; 32° Semiramide, 1823.

Rossini a composé aussi plusieurs cantates, un recueil de douze mélodies à une ou deux voix, sous le titre : Soirées musicales, et un Stabat Mater dolorosa.

Le poète Méry, en parlant de celte dernière composition, a dit avec celte élégance de langage qui lui est propre :

« De même que Corrège, le peintre des amours, a peint la Cène de » l'Annonciade de Gênes, Rossini a écrit son Stabat, immortel comme » le souverain du Calvaire. Par un coup de génie, digne de lui seul , » Rossini n'a pas confié à l'ennui et aux basses le soin de psalmodier » la plainte de la Mère des Douleurs ; Rossini a chanté dans ce Stabat » les grâces de la rédemption, les joies de l'espérance, les rayonnements » de la porte du ciel, ouverte par le sang du Golgotha; il a fait flotter » sur cette page de désolation toutes les fleurs du jardin céleste, toutes » les guirlandes de Sârons, toutes les perspectives de la Terre promise; » il s'est souvenu du mot si chrétien d'Augustin : La mort, c'est la vie ! » Mors viva; il a écrit sa divine élégie dans ce Campo sancto de Pise, » où les tombes se baignent dans l'azur, se couronnent de lis et rient au » soleil. »

Rossini compte au nombre de ses imitateurs : Paccini, Carafa, Mercadanle, Generali dans ses derniers ouvrages, et Donizelli dans la plupart de ses opéras composés antérieurement à celui à' Anna Bolena. Après eux , Rellini au génie mélodieux , mais peu expérimenté dans l'art d'écrire, introduisit en Ilalie l'usage de ce qu'on appelle le chant déclamé. Il fil le premier essai de son système en 1827 dans II Pirata et l'année suivante dans La Stranicra; ces pièces eurent un succès des plus éclatants , et les autres compositeurs italiens modifièrent bientôt leur style pour se rapprocher de celui du jeune maestro de Catane(1). Ce

(i) Vincent Bellini naquit en cette ville de la Sicile , le 5 novembre 1802.

fui sous celte influence, que Donizelti écrivit Anna Bolena, Lucrecia Botgia, Elisabeth à Kenilworth, Esula di Roma et même Lucia di Lammermor, une des productions les plus mélodieuses de l'époque, représentée pour la première fois à Naples en 1835.

Chez Verdi, l'idole actuelle du public italien, le chant déclamé introduit par Bellini et le bruit d'une instrumentation lourde sont poussés à l'excès; néanmoins les ouvrages de ce compositeur, notamment II Trovatore (le Trouvère), renferment des mélodies à l'expression émouvante, des ensembles vigoureux d'un puissant effet sur les masses, mais insuffisants au point de vue de l'art et de l'invention pour exciter l'enthousiasme des connaisseurs.

M. Verdi est né dans les environs de Milan ; le premier ouvrage dramatique qui l'a fait connaître est Nabuchodonosor, appelé Nabucco en Italie, et qui fut représenté en 1842 au théâtre de la Scala à Milan.

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