CHAPITRE XIX
Organisation chi Conservatoire de Paris. — De la nécessité de soigner V éducation intellectuelle des élèves dans les Conservatoires .
Le nom de Conservatoire a élé donné aux grandes écoles de musique, parce qu'elles sont destinées à propager cet art et à le conserver dans toute sa pureté.
En 1795, la Convention, par une loi du 16 thermidor, décréta l'institution du Conservatoire de musique de Paris. Gossec, Cherubini, Méhul, nommés inspecteurs, en formèrent le comité et y enseignèrent la composition. Catel, Berton et Rey y furent appelés comme professeurs d'harmonie; M. Sarette, amateur distingué, doué du sentiment de l'art, reçut du gouvernement le titre de commissaire, chargé de l'organisation de la nouvelle école. Nommé directeur de cet établissement l'année suivante, il confia l'enseignement du chant et de la partie instrumentale aux artistes les plus renommés, et par ses soins, le Conservatoire devint en peu de temps une des premières institutions musicales de l'Europe.
C'est à la suite du rapport fait par le célèbre poète Ma rie- Joseph Chénier(]), le 10 thermidor, an III, au nom des comités des finances et de
(i) Voici un passage de ce document curieux :
« Citoyens représentants, peut-être était-il courageux de venir plaider à cette » tribune la cause des ails consolateurs de la vie, quand l'ignorance orgueilleuse » et cruelle ne pouvant dominer que par des moyens tyranniques, étouU'ait le^
l'instruction publique, sur la nécessité d'organiser cet établissement, que la Convention décréta l'institution du Conservatoire de France. La loi du 16 thermidor fixa le nombre des professeurs à cent quinze, parmi lesquels se trouvaient douze professeurs de clarinette, chargés du soin de former des musiciens pour les armées de la République (]). Le nombre des élèves fut fixé à six cents, et la dépense de l'établissement à 240,000 francs par an. Celle somme fut réduite en 1802 à 100,000 francs et le nombre des professeurs et des élèves subit alors une diminution.
Les villes de Toulouse, Marseille, Lille et Metz possèdent des écoles de musique, succursales du Conservatoire de Paris.
« Un Conservatoire complet et jaloux de conserver la tradition des » faits intéressants, des œuvres remarquables que nous a légués le passé » et des diverses révolutions de l'art , dit M. Berlioz, devrait avoir une » chaire de l'histoire de la musique, qui maintiendrait dans l'école la » connaissance raisonnée des productions de nos devanciers , non seule- » ment par un enseignement verbal et écrit, mais par des exécutions » démonstratives, fidèles et soignées des belles œuvres dont il s'agirait » de perpétuer le souvenir. On ne verrait pas alors des élèves, même
» lumières, proscrivait les talents et traitait d'objet frivole tout ce qui pouvait » adoucir les mœurs d'un peuple qu'on voulait rendre esclave et soumis en com- » mençant par le rendre despote féroce. Aujourd'hui que la mémoire de ces » dominateurs impies est livrée à l'opprobre ; quand nous venons de célébrer ce •>> 9 thermidor, qui a brisé les échafauds dressés par le despotisme anarchique ; » quand des fêtes glorieuses, civiques, rappellent au souvenir de tous les républi- » cains deux mémorables époques, celle de la chute du trône et celle du Décem- » virât, c'est un devoir doux à remplir que de proposer à la Convention Nationale, » amie de la République et des arts, l'organisation définitive d'un établissement » que les arts chérissent, et qui a bien mérité de la patrie. »
(<) Dans les armées de la République, organisées en 1792 et jusqu'en 1800, les corps de musique des régiments français n'eurent que dix- huit musiciens, à savoir : une flûte tierce, 6 clarinettes, 5 bassons, un serpent, un trombone-basse, 2 cors, 2 trompettes, un cimbalier, une grosse caisse.
La musique des grenadiers de la garde de Napoléon Ier, était composée de 12 clarinettes, non compris le chef, 2 hautbois, 4 cors, 2 trompettes, 4 bassons, une petite flûte, 2 flûtes tierces, 4 serpents, 4 trombones, dont 2 basses, triangle, cymbales, chapeau chinois, caisse roulante et grosse caisse. M. Blasius en était le chef, et plus tard M. Gebauer aîné lui succéda dans ces fonctions.
Lors de l'organisation des musiques régimentaires de la garde de Napoléon III , le nouveau système d'inslrumention inventé par notre compatriote, M. Adolphe Sax, a été adopté en France.
» de mérile, demeurer, à l'égard des plus magnifiques productions des » grands maîtres encore existants, ignorants comme dès Hollentols, et » le goût des musiciens, ainsi éclairé, serait tout autre, et leurs idées » deviendraient plus grandes, plus élevées qu'elles ne le sont, et nous » compterions dans la pratique de la musique plus d'artistes que » d'artisans. »
A part les justes observations de M. Berlioz, un autre point important, digne de fixer l'attention d'un Conservatoire, est l'éducation intellectuelle des élèves, entièrement négligée dans la plupart de ces établissements; tandis qu'on pourrait, à l'exemple de ce qui se pratique dans les Conservatoires d'Allemagne, faire marcher de pair les notions historiques, artistiques et littéraires avec les éludes musicales. Le professeur chargé de l'enseignement littéraire s'occuperait d'abord à former le goût des jeunes musiciens et leur inspirer le sentiment du beau , en consacrant une partie de la leçon à la lecture à haute voix de pièces de poésie, choisies dans les chefs-d'œuvre classiques. Sacchini, l'auteur d'OEdipe à Colonne, portait toujours sur lui un volume des œuvres de Racine, dont il lisait ordinairement quelque fragment pour s'inspirer à composer. Mozart se préparait souvent au travail de la composition par un chapitre d'Homère, du Dante ou de Pétrarque, ses auteurs favoris. « La lecture des poètes, observe » M. Baron (Manuel abrégé de Rhétorique), est excellente pour préparer à » écrire, pour mettre en train en quelque sorte; j'ai toujours remarqué » qu'un beau morceau de poésie, lu avant de composer, et tout haut, » s'il est possible, éveille l'imagination, échauffe le cœur, transporte » dans les régions de l'idéal. C'est ainsi que le sculpteur Bouchardon » s'inspirait à la lecture d'Homère. »
Au Conservatoire institué à Cologne en 1850 par la municipalité de cette ville, il y a, indépendamment des études littéraires et de l'histoire de la musique appliquée à l'enseignement, un cours spécial destiné à l'analyse des compositions musicales les plus renommées, anciennes et modernes.