‹ Précis de l'histoire de la musiqueChapitre 6 sur 64 · GRECS · texte numérisé non relu

GRECS

Musique et Jeux sceniqucs.

Les Grecs anciens aimaient passionnément la musique^); mais assujélis à des règles précises, leurs idées religieuses s'opposaient aux progrès de cet art ; tout novateur, qui aurait osé changer quelque chose à leurs antiques systèmes, eût été sévèrement puni. Un Ionien, appelé Timothée, poète et musicien fameux, se rendit chez les Lacédémoniens, avec sa cithare à onze cordes et ses chants efféminés : déjà avait été plus d'une fois arrêtée l'audace des musiciens, qui augmentaient le nombre des cordes de l'instrument, et entre autres deTherpandre, le cilbarède de Lesbos (s). Quelle fut leur surprise aux accords de Timothée! Quelle fut la sienne, à la lecture d'un décret émané des Rois et des Éphores! On l'accusait d'avoir par l'indécence, la variété et la mollesse de ses chants,

(i) Chez les Grecs, la poésie épique, l'élégie, l'ode, l'histoire elle-même se chantaient et se récitaient par les rues, sur les places publiques , aux jeux olympiens, etc.

(2) Therpandre ajouta trois cordes à celles dont la cithare était montée auparavant; Thimolhée, environ 500 ans plus tard, voulant produire des modulations plus variées, en porta le nombre jusqu'à onze.

blessé la majesté de l'ancienne musique et entrepris de corrompre les jeunes Spartiates^) ; on lui prescrivait de retrancher quatre cordes de sa lyre, et l'on ajoutait qu'un tel exemple devait à jamais écarter les nouveautés qui portent atteinte à la sécurité des lois (a).

Aristophane, dans sa comédie des Nuées, met ces mots dans la bouche de la justice, parlant de l'éducation des jeunes gens : « Si quelqu'un » d'entre eux s'avisait de chanter d'une manière bouffone, ou de mêler » dans son chant quelques inflexions de voix, semblables à celles qui » régnent aujourd'hui dans les airs, qu'on le châtie sévèrement (3). »

Rien n'approche, disent les historiens, du goût et de l'imagination des Grecs dans l'art dramatique ; on remarque surtout l'ardeur des Athéniens pour les jeux scéniques; nul peuple n'a jamais porté si loin l'amour de l'éloquence et de la poésie, la délicatesse du langage et la justesse du sentiment et du goût.

La grande occupation et le grand plaisir des citoyens d'Athènes, où le vulgaire même apprenait par cœur les tragédies d'Euripide, étaient de s'entretenir des ouvrages d'esprit et de juger les pièces dramatiques qui se jouaient par ordre de l'autorité, plusieurs fois dans l'année, nolamment aux fêles de Bacchus. C'étaient dans ces jours solennels que les poètes tragiques et comiques s'y disputaient la palme du talent.

Le but de la tragédie chez les Athéniens était de célébrer les exploits des anciens héros imaginaires de la Grèce, afin d'inspirer à tous les citoyens l'amour de la gloire, par l'exemple de leurs ancêtres.

C'est à Eschyle que les Athéniens sont redevables de l'établissement de leurs théâtres. Il précéda de très-peu de temps Sophocle et Euripide, et doit être considéré comme l'inventeur de l'art dramatique chez les Grecs.

D'après Philostrate, les décorations, les machines, les tombeaux, les autels, les fantômes, les furies, les trompettes qui parurent sur le théâtre, furent de l'invention d'Eschyle.

(i) Boëce nous a conservé ce décret. Mme Bawr en a publié une traduction dans son Histoire de la musique.

(2) Barthélemi , Voyage d' ' Anacharsis .

(5) Phrynis passe pour l'auteur des premiers changements introduits dans l'ancienne musique grecque par rapport à la cithare.

Pour tout ce qui concerne V Histoire de la musique des anciens Grecs, voyez le livre d'Athénée; celui d'Aristide Quintilien. et le dialogue de Plutarque.

Lycurgue le Rhéteur, pour honorer la mémoire d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide, ordonna que leurs poèmes seraient enregistrés au greffe d'Athènes, et que le greffier de la ville les lirait publiquement à certains jours, avec défense à tout acteur de les représenter sur le théâtre (').

Chez les Grecs et les Romains le goût des spectacles s'unissait à la magnificence; leurs théâtres étaient de vastes enceintes, avec des portiques, des galeries couvertes et des allées plantées d'arbres; comme ils étaient en plein air, on les préservait des ardeurs du soleil par des voiles soutenues sur des mâts et par des cordages. Plus de soixante mille spectateurs occupaient les différents étages de ces immenses théâtres ; mais aucun édifice, si nous en croyons les historiens , n'égala le théâtre de l'édile M. ^Emilius Scaurus, à Rome : il était composé de 600 colonnes, dont les plus élevées étaient de bois doré, celles du milieu de cristal de roche, et les dernières de marbre de Crête, toutes de 38 pieds d'élévation. Dans les intervalles étaient rangées des statues de bronze au nombre de trois mille, et tout l'édifice pouvait contenir 80 mille spectateurs.

Dans des salles aussi vastes, l'acteur se couvrait la tête d'un masque de bois, nous dit Prudenlius, et c'était par l'ouverture qu'on y avait ménagée qu'il faisait entendre au loin sa déclamation. Le masque, outre les traits du visage, figurait encore la barbe, les cheveux, les oreilles, et jusqu'aux ornements que les femmes employaient dans leur coiffure. Du moins, c'est ce que nous apprennent tous les auteurs qui en parlent, comme Festus, Pollux, Aulugelle, etc.; c'est aussi l'idée qu'en donne Phèdre, dans la fable du Masque et du Renard : personam tragicum forte vulpes viderat, etc. Enfin, ces masques paraissaient faits, comme en jugeait le Singe d'Ésope, pour avoir de la cervelle.

(i) Voyez Plutarque, Fie de Lycurgue le Rhéteur.

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