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Précis de l'histoire de la révolution française

Un homme de grand sens et de g^rand savoir témoignait un jour, devant moi, le regret qu'on ne possédât pas dans notre pays un résumé très-complet , très-exact et très-fidèle de l'histoire de la Révolution française. Tout le monde, disait-il, n a pas le loisir de lire et les moyens d acheter des ouvrages volumineux et d'un prix élevé. Un simple précis, rédigé d'après des documents certains, authentiques, incontestables, serait accessible à tous, et contribuerait infailliblement à dissiper bien des préjugés et bien des erreurs qui, malheureusement, ont cours, aujourd'hui encore, sur les hommes et sur les choses de la Révolution. Il y avait là, selon lui, . une lacune tout à fait fâcheuse. Je pris alors avec moi-même l'engagement de combler cette lacune ; je me suis tenu parole.

Il y a vingt-cinq ans, il n'eût pas été possible d'écrire le livre que je publie présentement, tant

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1 époque révolutionnaîre se trouvait enveloppée de nuages, tant étaient empoisonnées les sources où avaient puisé presque tous les historiens, tant était puissante encore la triple légende royaliste, thermidorienne et girondine, tant hommes et choses nous étaient arrivés travestis, défigurés par Tesprît de parti et par la calomnie, malgré les efforts persévérants de quelques amis ardents de la vérité- Mais, depuis, grâce aux travaux incessants d'une critique éclairée, on a pu démolir pièce à pièce cet échafaudage de faux et de mensonges si laborieusement dressé ; des documents , enfouis jusque-là dans les cartons des archives publiques ou dans des collections particulières, sont remontés au jour, et ont permis à de con* sciencieux historiens de remettre chaque chose à sa place, et de restituer à chacun sa véritable physionomie. Devant des preuves irréfutables les ténèbres se sont dissipées, la lumière s^est faite, et ceux-là seuls qu'aveugle l'esprit de parti refuseront de se rendre à l'évidence.

Je ne crois pas qu'il existe de journaux, d'ouvrages,— livres ou brochures,— de pièces officielles et authentiques, de documents manuscrits ou imprimés, conservés dans nos archives nationales et ayant traita la Révolution, que je n'aie lus, compulsés, minutieusement analysés. Je laisse pour mémoire la muHitude de pièces et lettres autographes que d'intelligents collectionneurs ont bien voulu mettre à ma disposition. Ce précis de l'histoire de la Révolution est donc la résultante, la synthèse, le suc, — si je

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puis ainsi parler, — des innombrables documents qui depuis quinze ans me sont passés sous les yeux 9 et qui ont été Tobjet de mes investigations les plus approfondies. ^

Ce n*est pas une de ces œuvres de fantaisie, plus ou moins brillantes, où, sous prétexte de raconter notre épique et formidable période révolutionnaire, Fauteur donne librement carrière à son caprice et à sa passion ; c'est un livre sévère et méthodique, dans lequel je me suis attaché à raconter jour par jour les événements extraordinaires qui ont renouvelé la face de notre pays, et qui s'enchaînent si logiquement les uns aux autres qu'ils deviennent en quelque sorte incompréhensibles du moment où on ne les rapporte pas dans Tordre que j ai suivi. Je n*ai rien affirmé d'ailleurs dont je ne fusse parfaitement sûr; Je n'ai pu, il est vrai, contrairement à mes habitudes, dans cette narration rapide et pressée, soumettre à l'analyse et à la discussion les choses sur lesquelles je suis en désacord avec certains historiens, mes prédécesseurs; mais il n'est pas un seul des faits que j'ai avancés, dont je ne sois en mesure d'administrer la preuve rigoureuse.

Assurément ce livre ne saurait remplacer les ouvrages plus étendus, où le drame révolutionnaire apparaît avec tous ses développements, — comme celui de M. Louis Blanc, par exemple, lequel est de beaucoup le monument le plus complet et le plus magnifique qu'on ait encore élevé à la gloire de la Révolution française; — mais quiconque aura lu atten-

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tivement ce précis possédera une notion très-exacte de tous les événements de notre Révolution. J'ose môme dire qu'après l'avoir étudié avec soin, on lira avec plus de fruit les œuvres de longue haleine. On aura du moins un guide pour s'y reconnaître au travers de tant de faits et de péripéties ; on ne fe'y trouvera pas en pays inconnu^ 6t surtout on sera suffisamment en garde contre les erreurs involontaires ou de parti pris qui déparent la plupart d'entre elles.

N'appartenant à la cause républicaine et démocratique que par mon amour pour la liberté et pour le droit, par mon respect pour les grandes traditions révolutionnaires, à cette noble cause que j'ai embrassée il y a plus de quinze ans, bien jeune encore, le jour où j'ai plongé à fond dans letude des questions politiques et sociales, j'ai voulu surtout, en écrivant ce livre, vulgariser des vérités historiques trop longtemps méconnues. Sans dissimuler mes préférences, j'ai rendu à chacun des grands acteurs de notre Révolution la justice qui lui cet due^ et je me suis efforcé d'être impartial pour ceux-là même qu'à travers les âges je puis considérer comme des adversaires. Cette œuvre n'est donc pas une arme de parti, c'est une œuvre de bonne foi et de sincérité; car^ — j'ai le droit de le dire, et ce sera le dernier mot de cette courte préface, — il n'y a que deux choses au monde devant lesquelles je m'incline, dans Tordre moral : la vérité et ma conscience.

Février 1870.

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