CHAPITRE PREMIER
Origines lointaines de la Révolution. — Coup d*œil à travers les siècles. — La démocratie au moyen ftge. — Ce que furent les états généraux. — La tyrannie royale affermie. — La Fronde et le Parlement. — Le despotisme ions Louis XIV. — La Régence. — Progrès de la bourgeoisie. — La monarchie s'en va. — Misère générale. — Révolte des esprits. — Les Encyclopédistes. — Voltaire et Rousseau. — Avènement de Louis XVI. *— Turgot au pouvoir. — Premier ministère de Necker. — Sa chute. — La cour s'amuse. — Le contrôleur général de Calon ne. —Première assemblée des notables. — Calonne est remplacé parLoménie de Bricnne. — Lutte des parlements contre la royauté. — La cour plénière. — Chute de Brienne et de Lamoîgnon. — Rappel de Necker. — Convocation des états généraux.
Quand on se transporte par la pensée au milieu de la Origines France du dix-huitième siècle, et qu'on voit ce pays, si lointaines beau et si favorisé de la nature, se débattre, gémir, Révoiu*ioii. étouffer sous une tyrannie séculaire; quand on se représente ses malheureux habitants opprimés à la fois par une royauté en dissolution, par des parlements cruels, par un clergé sans entrailles et une noblesse insatiable, on se demande, avec un étonnement suprême, comment
tant de générations, comment tant de millions de créatures humaines ont pu docilement porter, pendant des siècles, un joug si pesant, si odieux et si barbare. Depuis le berceau jusqu'à la tombe, l'homme du peuple semblait voué à une servitude éternelle. Taillable et corvéable à merci, proie vivante du fisc, contraint de payer la dîme et d'acquitter les droits féodaux, il n'est sorte d'outrages et d'insultes qu'il n'ait journellement à souffrir de la part des suppôts de la régie générale.
Malheur à lui s'il vient à être soupçonné de vivre dans une certaine aisance: il en est réduit à cacher le pain dont il nourrit ses enfants. Pour lui, pas d'inviolabilité du foyer domestique : on ira fouiller dans tous les coins de sa pauvre maison, et jusque dans le lit de sa femme, pour voir s'il n'y cache pas quelque denrée sujette à l'impôt» Malheur à lui si, au temps des semailles ou à l'approche des moissons, il essaye de défendre sa récolte contre lesbêtes fauves ou le gibier : les gens de justice ne tardent pas à lui apprendre ce qu'il en coûte d'oser attenter aux plaisirs de la noblesse et du roi. Déshérité de toute espèce de droits, il vit comme un paria, comme une bête de somme, sur cette terre fécondée et enrichie par ses travaux.
Si encore, au milieu de cette oppression matérielle, il avait eu la libre disposition de sa conscience, s'il lui avait été permis d'exprimer hautement sa pensée, mais non, 1 ame était esclave comme le corps. Plus d'un expia, par la prison sans fin, par la corde ou par le feu, l'irrémissible crime d'avoir douté d'un article de foi, ou la faute plus impardonnable encore d'avoir tourné en dérision qudque puissant du jour. Chaque siècle, chaque règne ayant apporté son contingent d'abus, la multitude en était innombrable. Tout semblait d ailleurs, de temps immémorial, dans un état provisoire. Rien de fixe, rien de certain, hormis la servitude des uns et la tyrannie des autres. Point d'institutions