AN II
{octobre-' no '
publiquement l'assassinat de Marat; le duc d'Orléans, dont le crime fut d'être né non loin du trône, et que ne put sauver son vote sanglant dans le procès de Louis XVI; le général Cîoustard, encore un membre' de la Convention ; l'ancien procureur de la Commune, Manuel, condamné sur les dépositions de Léonard Bourdon, de Barère et de Fabre d'Églantine ; le général Bouchard, et le généra Brunet, qui paya de sa tête son refus de marcher, malgré les ordres de Barras et de Fréroh, contre les Toulonnais , au moment où ceux-ci négociaient leur trahison ; et Bailly, pour qui l'on transporta l'échafaud au Champ de Mars, où deux ans auparavant il avait fait fusiller le peuple; et madame Roland, à laquelle il n'eût point fallu demander compte des actes criminels de ses amis. ^^^ Arrivée sur la place de la Révolution, madame Roland
de . s'inclina, dit-on, devant la statue de la liberté et s'écria : a 0 liberté ! que de crimes on commet en ton nom I » Mais il est plus que douteux qu'elle ait prononcé ces paroles, empruntées à une rapsodie publiée après Thermidor sous ce titre : Mémoires (Tun détenu, pour servir à t histoire des prisons sous la tyrannie de Robespierre. C'est là qu'on trouve la plupart des anecdotes niaises, ridicules et odieuses mises à la charge des principaux révolutionnaires, et que trop d'historiens ont eu le tort d'accepter avec une crédulité qui ne fait pas grand honneur à leur sens critique. L'auteur de cette rapsodie était un farceur du nom de Riouffe, détenu comme complice des Girondins, et qui, prévoyant que peut-être quelqu'un se demanderait comment et par qui il avait été si bien instruit, a pris soin de déclarer lui-même que ses historiettes, il les tenait des geôliers, lesquels les tenaient eux-mêmes du bourreau. Quelle autorité ! Comme tous les Girondins, ce Riouffe se posait naturellement en bon et sincère républicain ; il mourut préfet et baron de l'Empire. Quant à l'exclamation attribuée à madame Roland, elle pouvait être acceptée par l'histoire, parce qu'elle
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était bien dans l6 caractère de cette femme élevée à i*écoIe de Rousseau» et pour laquelle la Révolution eût dû se montrer moins sévère. Roland était alors réfugié dans les envi* Saioîdt rons de Rouen. Désespéré à la nouvelle de la mort de sa ^* Roi»*femme, il se perça de son épée, sur la grande route de Pa* ris, expiant ainsi cruellement les lourdes fautes et les ir* réparables torts de son administration. .
CSependant, en ces premiers jours de brumaire, la République semblait sortir du chaos. A l'intérieur elle avait presque complètement dompté les départements rebelles ; au dehors, elle commençait à faire comprendre à Tétranger qu'il fallait renoncer à l'idée de la soumettre par les armes; elle pouvait donc espérer se mouvoir bientôt, librement et pacifiquement, dans le cercle de ses institutions, quand elle vint se heurter à de nouveaux périls, nés de l'exagération même de son principe, et vit par là, retarder, pour bien longtemps, hélas f son triomphe définitif. Pour entretenir l'enthousiasme révolutionnaire, le comité de Salut public ne négligeait aucun moyen. C'est ainsi qu'il arrêtait que, chaque décadi, la Marseillaise serait chantée dans tous les théâtres de la République, et qu'il adressait aux armées des proclamations de nature à exalter le courage de nos soldats et leur amour pour la liberté : « Que les tyrans et les esclaves disparaissent de la terre ; qu'il n'y reste plus que la justice, le bonheur et la vertu ! » Mais en même temps il s'efforçait de garantir le pays contre tous les excès, recommandait sans cesse aux commissaires de la Convention d'unir à une inflexible énergie la sagesse et la modération ; et son membre le plus en évidence, Robesi»erre, ne manquait jamais l'occasion d'engager ses concitoyens à se méfier de certains aristocrates déguisés qui toujours soulevaient des propositions ridicules, intempestives, et se couvraient de la livrée républicaine afin de frapper plus sûrement la Révolution.
A cette époque, en efiet, commençait à se répandre sur
m HISTOIRE DE LA RâVOLUTION
L*héberti8xne. toute lasurface de la République une secte d'hommes qui, au fanatisme d'autrefois, opposaient un fanatisme d'un nouveau genre^ et à l'intolérance ancieime substituaient une intolérance nouvelle et non moins insupportable. . C'étaient eux, par exemple, qui voulaient obliger tous les citoyens à se coiffer du bonnet rouge ou bien à se tutoyer à l'avenir, sous peine d'être déclarés suspects < comme adulateurs. » Mais où leur intolérance ne connut pas de bornes, ce fut dans les affaires du culte. La liberté de conscience, cette chose sacrée, décrétée et maintenue par toutes les lois de la Révolution, n'existait pas pour eux. Or, imaginer que par un décret on peut contraindre l'homme à croire ou ne pas croire, c'est le comble de la folie, et le tenter c'est le fait du despotisme le plus outré. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque le sentiment religieux était encore profondément gravé dans les âmes. Pour avoir voulu supprimer administrativement la fête des Rois, Manuel avait failli se faire écharper. Il était donc à craindre qu'en violentant les consciences on ne fit tout à coup à la République des milliers d'ennemis de gens tout disposés ^ la servir et à l'aimer. Aucune considération n'arrêta cette secte des ultra-révolutionnaires, à laquelle Hébert eut le triste honneur de donner son nom, et qui eut pour coryphées les Cloots,les Bourdon, les André Dumont, les Baudot et les Fouché. La persécution contre le culte commença à se faire sentir dans le courant d'octobre. Aux premières nouvelles des ravages causés par l'hébertisme, le comité de Salut public s'adressa au bon sens des sociétés populaires. Il les engagea fortement à ne pas redonner des armes au fanatisme en substituant la violence à rinstraction. « On ne commande point aux consciences, » disait-il; et il comparait lès superstitieux à des malades dont il fallait préparer la guérison en lès rassurant, au lieu de les exaspérer par une cure forcée. Malheureusementles meneurs de la secte n'étaient guère disposés à écouter ces sages conseils.
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