‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 154 sur 226 · CHAPITRE DODZIËltB · texte numérisé non relu

CHAPITRE DODZIËltB

Le 17 brumaire (7 novembre), la Convention fut le La théâtre d'une scène étrange, arrangée d'avance par Cloots dépï^tn^tio^ et ses adeptes. On venait de lire une lettre d'un curé qui se qualifiait de charlatan et réclamait de TAssemblée unepension sufBsante pour lui permettre de s'affranchir des momerieset pratiques décorées du nom de reli^on, — selon ses propres expressions,--quand parut, accompagné de ses vicaires et d'une députation delà Commune, l'évéquede Pa* ris Gobel. Il renonça publiquement à ses fonctions de minis* tre, et déposa sa croix et son anneau. Chaumette demanda alors que dans le calendrier républicain une place fût réser^ vée à la Raison. L'impulsion étant donnée, tous suivirent. Les vicaires de Gobel, le curé Villers, Coupé (de l'Oise), curé de Sermaize, Gay-Vernon, évêque de Limoges, Thomas Lindet, évêque d'Évreux, d'autres encore, abjurèrent et abdiquèrent leurs fonctions. Seul l'abbé Grégoire, à la voix duquel la République avait été proclamée, protesta au nom de la liberté de conscience ; il déclara qu'il resterait évêque pour faire du bien dans son diocèse.

Trois jours après avait lieu dans l'église métropolitaine Le cuite de Notre-Dame l'inauguration du culte de la déesse Raison. ® * ^^' La cérémonie terminée, tous les assistants se mirent en marche vers la Convention à la suite de la déesse, représentée demi-nue parla Maillard, une des plus célèbres actrices du temps, et que quatre citoyens portaient sur une estrade. Arrivée à l'Assemblée , la déesse descendit de son trône pour recevoir du président et des secrétaires l'accolade fraternelle. Après quoi Chabot fit décréter que désormais Notre-Dame serait consacrée à la Raison et à la Liberté, comme si la raison pouvait avoir d'autre temple que celui de la conscience humaine. Encore si l'on s'en était tenu là ! Mais il y eut dans les diverses églises de Paris de véritables orgies, dans lesquelles des membres de la Com*. mune, comme l'imprimeur Momoro, ne craignirent pas de se compromettre, eux et leurs femmes. On dansa, on

Réiistanoes

à lliébertifme.

but dans Saint-Eustache, transformé en temple de la débauche antique. Ces farces ridicules contristaient le cœur des patriotes sincères. La seule séance du 17 brumaire valut aux Vendéens, au dire de Levasseur, plus qu'un renfort de dix mille hommes. Les ultras n*en continuaient pas moins leurs excès « patriotiquement contre-révolutionnaires, » suivant l'expression de Robespierre. Hébert ne se sentait pas de joie. Tantôt il prenait violemment à partie le rédacteur du Journal de la Montagne, Laveaux, pour avoir réfuté dans sa feuille les doctrines de Tathéisme ; tantôt il réclamait avec insistance la mort des soixantetreize ou le supplice de madame Elisabeth, la sœur du roi, oubliée au fond du Temple. Chaumette, ne trouvant pas suffisante la loi Merlin-Cambacérès contre les suspects, imagina de dresser de nouvelles catégories où il faisait figurer ceux qui fréquentaient' les aristocrates et les modérés, ceux qui avaient reçu avec indifi'érence la constitution républicaine, ceux enfln qui , n*ajant rien fait contre la liberté, n'avaient rien fait pour elle. 11 n'était pas possible d'aller plus loin dans l'absurde et dans l'arbitraire.

Assurément il n'eût pas été opportun alors de détendre le ressort révolutionnaire; mais il ne l'était pas non plus de laisser croire au monde que la République était volontairement complice de toutes les exagérations, de toutes les folies et de l'intolérance des enragés. Le comité de Salut public résolut de leur adresser un solennel avertissement. Le 27 brumaire (17 novembre), Robespierre donna, au nom de ses collègues, lecture d'un long rapport sur la situation politique de la République. Après avoir montré la main tortueuse de l'Angleterre dans nos troubles publics, et percé à jour les manœuvres de tous les intrigants ; après s'être écrié, dans un magnifique élan, que la France était absolument nécessaire à la civilisation, au monde entier, et que, si la liberté venait à périr chez elle, la raison humaine reculerait jusqu'aux abtmes de l'ignorance et de

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