CHAPITRE QUATORZIÈME
République? Non : ils avaient réclamé du pain et la constitution de 1793.
Les cinq ou six séances qui suivirent celle du 4 prairial u Montagne (23 mai) à la Convention ne furent qu'une orgie contre- décimée, révolutioîinaire, une orgie sanglante et sans frein. Comme on ^tait loin de la Convention des grands jours! Des mains des géants, le pouvoir était tombé dans celles de pygmées féroces, pour qui le patriotisme était un titre de proscription. Redevenus entièrement maîtres de la République, les Girondins signalèrent, par une barbarie sans exemple et un luxe incroyable de proscriptions, la restauration de leur sinistre puissance. Sur la proposition de Gouly et de Henri Larivière, Robert Lindet, épargné quelques jours auparavant, fut décrété d'arrestation, avec Jean-Bon •Saint-André, Jagot, Voulland, Élie Lacoste, Lavicomterie, David, Prieur (de la Côte-d'Or), Dubarran, Bernard (de Saintes)^ et tous les membres des anciens comités, sauf Camot et Louis (du Bas-Rhin), qui durent considérer comme une sorte de déshonneur d'être épargnés en de telles circonstances. Camot, comme moyen de défense, 'allégua qu'il avait donné toutes ses signatures de confiance ; il était impossible de se défendre plus piteusement.
Ces proscriptions, décrétées avec une légèreté dont rien n'approche, amenèrent des scènes où le burlesque le disputait au tragique. Il suffisait qu'un représentant du peuple fût dénoncé par un des meneurs de la bande thermidogirondine, pour qu'aussitôt il fût décrété d'arrestation. Panis, désigné par Bourdon (de l'Oise), égaya par son insigne poltronnerie ses prescripteurs, qui prolongèrent indéfiniment son supplice. Frappé d'un décret d'arrestation, Maure, désespérant de la République , se fit sauter la cervelle. Furent également décrétés d'arrestation, à divers titres, Massieu, Dartygoite, J. B. Lacoste, Baudotf Javogues, Esnue-Lavallée, AUard, Lejeune,
Paatrizel et Sergeat. Oa frappa encore Thirioa et Laignelot pour avoir exercé les fonctions de secrétaires dans la séance du i"*^ prairial' au soir, et Charbonnier, Salicetti, Ëscudier et Ricord, sous prétexte qu'ils avaient fomenté des mouyements à Toulon et à Marseille. Quant aux pro^ crits du premier jour, Ruhl» Goiyon* Duquesnoy, Romme, Duroy, Soubrany, Bourbotte, Peyssard, Albite et Prieur (de la Marne), auxquels fut ajouté Forestier, on confia à la oonûnission militaire le soin de les juger. C'était les envoyer à la mort. Ah! combien elles durent gémir sur leur irréparable faute, toutes celles de ces victimes de la réaction présente qui, par leur silence ou par leurs aetes, avaient trempé dans le coup d'État liberticide de Thermidor!
Les martyrs Ruhl aima mioux se tuer que d'affronter la justice d'une de Prairial, commission militiure; fl. se poignarda, Âlbite et Pieur (de la Marne) furent assez heureux pour s'évader. Restaient Romme, Goujon, Duroy, Bourbotte, Soubrany, Duquesnoy , Peyssard et Forestier.Transférés au château de Toureau, près de Morlaix, ils furent ramenés à Paris au bout de quelques jours, et leur procès commença le 24 prairial (iâ juin). Ce fut une parodie delajustice; aussi les accusés déployèrent-ils vainement dans leur défense un courage héroïque. Après cinq jours de débats illusoires, la commission condamna les six premiers à la peine de mort, Peyssard à celle de la déportation et Forestier à une réclusion illimitée. Romme, Goujon, Duquesnoy, Duroy, Soubrany et Bourbotte voulurent mourir à la façon de Gaton, en se déchirant les entrailles. A peine sortis de la^salle^ùils avaient été condamnés, ils se frappèrent tous d'an mauvais couteau qu'il se passèrent successivement. Les trois premiers seuls se blessèrent mortellement Duroy, "Soubrany et Bourbotte respiraient encore;Ion les conduisit .tout sanglants à Téchafaud, et ils moururent stoïquement en murmurant un suprême adieu à la République.