‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 206 sur 226 · CHAPITRE ÛONZIÈMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÛONZIÈMB

Suite de la campagne dans le Nord. — • Paix avec la Hollande et la Prusse.

— Ti]^hi8on de Piefaegru.— La réaction viotoriense. — Mort du oi-devaut dauphin. — La constitution de 1793 déchirée. » Ck)ap d'oeil sur la Vendée. — Traité de la Jaunaye. ^ Affaire de Quiberon. — Anniversaire du 9 thermidor. ~ Paix avec l'Espagne. — Proscriptions nouvelles. — La constitution de l'an III. — Mouvement dans les sections. — Les thermidoriens aux abois. — Insurrection royaliste. — Journée du 13 vendémiaire. — Résultats de cette journée. — Les thermidoriens à résipiscence.

— Fin de la Contention.

Tandis que la République, aux mains de la réaction, Suite voyait fléchir chaque jour à l'intérieur les principes sur de la lesquels elle avait été fondée, elle continuait à s'affermir ^ "ans"* au dehors par les succès que lui avait préparés l'indomp- le Nord, table fermeté de l'ancien comité de Salut public. Le Quesnoy, Valenciennes et Condé avaient été repris. Moreau s'était successivement emparé de Tîle de Cassandria, de l'Ecluse et de Nieuport, où cinq cents émigrés, pris les armes à la main, avaient été fusillés, en vertu du terrible décret à l'occasion duquel étaient tombées de la bouche de Barère ces paroles sanglantes : « Il n'y a que les morts qui ne reviennent pas. » Plus heureuse, la garnison anglaise, par une interprétation complaisante du décret, avait été épargnée. Trêves aussi avait capitulé; les généraux Pichegru et Jourdan avaient remporté, l'un sur l'armée anglo-hollandaise, l'autre sur l'armée autrichienne, à Boxtel et non loin de Maestricht, des avantages signalés, eft les portes d'Aix-la-Chapelle s'étaient ouvertes devant

nos troupes. Au commencement de vendémiaire de l*an III (octobre 1794), Jourdan faisait essuyer aux Autrichiens une sanglante défaite, et, peu après, Maestricht tombait entre les mains de Eléber. Maestricht, c'était la clef de la Hollande'.

Pendant que Tarmée de Sàmbre-et-Meube opérait pour se rendre maîtresse de toute la rive gauche du Rhin, celle du Nord occupait Crèvecœur, Bois-le-Duc, et franchissait la Meuse en culbutant les Anglais sur tous les points. Au bout de quelques jours, Nimègue était à nous. Ce fut un coup mortel porté à la coalition : c'était fait d'elle si l'on s'emparait de la Hollande. On résolut donc de pousser les choses S2U18 relâche, et une campagne d'hiver fut décidée. Pichegru marcha droit sur Amsterdam où l'armée républicaine entra le 30 nivôse (19 janvier 1795). La Zélande, Rotterdam, la Haye et Utrecht furent, peu de temps après, également occupés. Enfin, par un coup d'audace unique peut-être dans les annalé3 de la guerre, quelques escadrons de hussards , suivis de l'artillerie légère , s'élauçaientsur le Texel gelé, et s'emparaient de toute la flotte Paix hollandaise au mouillage.il ne restait plus aux Provincesla Hoiunde Unies qu'à mettre bas les armes : ainsi firent-elles. Un et la Prusse, traité, que la Convention ratifia un peu plus tard, le 2 prairial (21 mai), abolit le stathoudérat, céda à la France Maestricht, Yenloo et la Flandre hollandaise, et établit entre les Provinces-Unies et la République une alliance ofi'ensive et défensive contre l'Angleterre.

La Prusse, dont une suite de revers avait singulièrement refroidi le zèle pour la cause de l'émigration et de la royauté, ne tarda pas à suivre l'exemple de la Hollande. EÛe argua, il est vrai, du changement survenu dans les principes et la marche du gouvernement français. Quelle amère critique du système thermidorien que cet éloge monarchique! Quoi qu'il en soit, le 16 germinal (5 avril) fut signé à Baie par notre ministre plénipotentiaire Bartbé-

lemy et te mtoiatre prussien Hardenbeirg, un îraitt de paix par lequel le roi de Prusse prît l'engagement d'abandonner à la France toutes les possessions prussiennes sur la rite gauche du Rhin, et de ne fournir aux ennemis de la Repu» blique ni contingent^ ni secours. De notre côté, nous nous engageâmes à évacuer tout le territoire prussien de la riye droite du fleuve, et à ne point traiter eu ennemis les petits États allemands auxquels le roi de Prusse portait intérêt. Il eet à peine besoin de mentionner les articles secrets que la Convention crut devoir consentir. Le point capital, le résultat énorme de ce traité fût la dissotution de la coalition. Aussi la stupéfaction fut-elle grande en Europe; les royalistes durent commencer à comprendre qu'ils avaient plus à compter désormais sur leurs alliés du dedans que sur ceux du dehors.

Vraisemblablement la paix serait devenue générale sans le prodigieux entêtement de William Pitt, dont les souffrances même du peuple anglais et le dépérissemmt du commerce national ne firent qu'irriter la haine aveugle contre la.Révolution française. En vain lord Stanhope i la chambre des lords, en vain Fox, Sheridan et Wllberforce dans celle des communes, combattirent éloqnem* ment, au nom du droit, de la justice et de la raison, les sophismes de l'intraitable ministre; les théories égoïstes et sauvages de Pitt l'emportèrent dans le parlement britannique. L'Angleterre prit à sa solde les régiments d'émigrés, et elle s'engagea à alimenter l'Autriche de subsides qui lui permissent de continuer oontre la République une guerre à outrance. Quelques succès en Italie, où, du reste» jusqu'à la fin de la Convention, les opérations militaii^es se bornèrent à des surprises et à des attaques sans grands résultats, la longue résistance de Mayence, semblèrent justifier d'abord la résolution du cabinet autrichien. Mais les troupes républicaines reprirent bientôt l'avantage. Luxembourg capitula le 19 prairial (7 juin), et probable-

Trahison d« Piohegru.

La réaction Tiotorieusa.

ment la guerra se fût terminée vers cette époque par quelque coup d'éclat, si la trahison de Piohegru n'était pas venue, à point nommé, paralyser une partie des mouvements de nos armées.

Cet homme, que la République avait tiré du néant, ne craignit point de ternir à jamais la gloire dont il s'était couvert jusque-là. Pour des dignités puériles, pour des richesses honteuses, il prit, bien témérairement, à la sollicitation d'un aventurier du nom de Fauche-Borel, rengagement de rétablir la royauté en France et de remettre la famille de Bourbon sur le trône. Mais il comptait sur une puissance qu'il n'avait pas. Il ne devait être donné à aucun général français de jouer le rôle de Monck; et malgré lui Pichegru se trouva obligé de coopérer à des succès dont il ne put tirer parti au profit de sa trahison. Le 20 fructidor de l'an III (6 septembre 1795), Jourdan franchissait victorieusement le Rhin, à la hauteur de Dusseldorf» dont Championnet s'était rendu maître* Une douzaine de jours après, Pichegru sévit contraint, sur les vives instances de Merlin (de Thionville), de s'emparer de Mannheim. Mais sa mauvaise.volonté, son inaction calculée avaient empêché Jourdan de tirer du passagedu Rhin tout le profit auquel on s'était attendu, et l'illustre vainqueur de Watignies et de Fleurus venait d'être obligé de repasser le grand fleuve quand la Convention se sépara.

Il nous faut maintenant reprendre le douloureux récit des manœuvres delà contre-révolution à la suite des journées de Prairial. Tout ce qu'il y avait encore dans la Convention d'hommes purs et généreux, sincèrement dévoués à la démocratie, fut immolé ou proscrit. L'âme de la patrie semblait avoir déserté l'Assemblée. Tandis que, dans un discours ampoulé et grotesque, le chantre de Faublas, le Girondin Louvet, traçait l'éloge du député Ferraud, auquel on ne manqua pas de faire des funérailles

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