AVRIL
posait de les attribuer à TÉtat, sauf, pour Texploitation, à donner la préférence aux propriétaires. Mirabeau se ralHa à cette opinion, entraîné, dit-on, par son amitié pour le comte de La Marck, qui était intéressé dans la question. Nous aimons à croire que ce fut surtout au nom des principes. Les avis étaient très-partages; il lui fallut faire de suprêmes efforts pour obtenir gain de cause. Il triompha à force d'éloquence et en perdant eu quelque sorte, dans la discussion, ce qui lui restait de vie. Il était entré dans l'Assemblée, épuisé, se traînant à peine, il en sortit mourant.
L'excès du travail et du plaisir était venu à bout de sa vigoureuse nature. Le 29 mars il se mit an lit pour ne plus se relever. La nouvelle de sa maladie causa dans Paris une émotion extraordinaire. On oublia ses défaillances pour ne plus se souvenir que des grands services qu'il avait rendus à la cause de la liberté. Tout ce que Paris renfermait d*hommes considérables dans les lettres, dans les arts, dans la politique, courut se faire inscrire chez lui ; des hommes du peuple, des patriotes vinrent pleurer à sa porte ; il put emporter dans sa tombe la douce jouissance d'avoir causé, par sa mort, un deuil public.
Il mourut le 2 avril 1791, à huit heures du matin; il était âgé de quarante-deux ans. Le lendemain, une députation du département paraissait^ à la barre de TÂssemblée nationale pour demander que Tédiflce de Sainte- Geneviève fût destiné à receivoir les cendres des grands hommes et que le corps de Riquetti-Mirabeau y fût transporté. Robespierre appuya vivement cette demande, en rappelant le courage qu'en des circonstances critiques rillustre défunt avait déployé contre le despotisme. Dans sa séance du 4 avril, l'Assemblée rendit un décret entièrement conforme au vœu du directoire. Ce jour-là eurent lieu, au milieu d'un prodigieux concours de monde, les funérailles de ce mort immortel ; jamais on n'en avait tu