CHAPITRE HUITIEME
Lef nmiTeaiix iDÎnittres. — Une lettre de Lafayette. » Préftce àxi 20 jnîn. — Manjfettatîon popalaire. — Le peuple aux Tnileriet. — La&yette à VA*' semblée. — Il est brûlé en effigie. — Évacuation de la Belgique.— Mesures diverses. — Discours de Vergniaud. — Suspension de Pétion et de Manuel.
• — La patrie en danger. «- Adresse aux fédérés. •-• La Fédération. — Pétition des fédérés. *~ Enrôlements civiques. — Ambition des Girondins.
— Le manifeste du duc de Brunswick. — Étrange proposition de Carra. — Arrivée des Marseillais.— Alarmes de la cour.— Question de la déchéance.
— Lalayette innooenté. — Prologue du 10 août. — La journée du 10 août.
— Suspension du pouvoir exécutif. — Les Giroudins remontent au pouvoir. — Actes de la Commune. — Le rui au Temple. — Tribunal du 17 août. — ^Lafayette décrété d'aooosation. — Mesures sévères. — Danton à la tribune. — » Affaire Girey-Dupré. — La Commune à la barre. — Mesures suprêmes. — Les massacres de Septembre. — Jugement sur ces massacres.
— Calomnies réciproques. — Prise de Verdun. — Vol des diamants de - la couronne. — Les cartes civiques. -^ Les élections. — Opérations roili* ^ taixes. — Bataille de Valmy.
Le renvoi des ministres girondins, suivi de si près de la retraite de Dumonriez, indiquait assez clairement, de la part de la cour, ud changement de système dans des idées tout à fait hostiles à V^sprit de la Révolution. Celle-ci allait donc avoir à se défendre à la fois et contre les ennemis du dehors et contre ceux du dedans. Pour repousser les premiers, l'Assemblée législative décréta, le 16, sur j^y 47^2. une motion de Carnot, qui déjà préludait à ses grands travaux d'organisation militaire, la distribution de trois cent mille fusils aux gardes nationales du royaume et spécialement à celles des frontières menacées. Quant aux ennemis du dedans, le peuple allait se charger lui-même de leur donner un avertissement significatif.
Lm nonTMiix L*Âssembl66 apprit, le 18 juin» la composition du nouministres, ^g^^ ministère. Terrier de Monciel était lappelé à Tintérieur, Tex-marquis de Chambonas aux affaires étrangères, Lajard à la guerre et Beaulieu aux finances. Deux des anciens ministres, Lacoste et Durantou, avaient été conser* yés, Tun à la marine, Tautre à la justice. C'était un ministère tout à fait terne, et dont les Feuillants, deyenus malti'es du pouvoir, entendaient se servir comme d'un ins« Une lettre trument docile. Le même jour, avec une outrecuid%nce ridi-
de Uikyette. ^^j^^^ ^j gQ^g 2Q^p inspiration évidente, Lafajette dictait en quelque sorte ses volontés aux représentantsde la nation. Déjà, en s'adressant au ministre Roland, il avait parlé des troupes placées sous ses ordres, comme s'il en était le maître absolu. « Mon armée, mes soldats, > disait-il. Maintenant il s'exprimait en despote, il réclamait de l'Assemblée la suppression des sociétés populaires, et il osait parler de son respect pour la constitution i Comme pour donner plus de poids à sa lettre, il ajoutait que les sentiments timides n'étaient point permis au milieu de sa brave armée. Cette intervention étrange et illégale d'un général dans les affaires pu* bliques causa à tous les hommes imbus des vraies notions du droit et de la justice une stupéfaction profonde. On vit combien Robespierre avait montré de perspicacité en dé^ nonçant les desseins perfides du général, et à quel point les publicistes de la Gironde avaient été aveugles, lorsque^ pour l'excuser, ils proclamaient son incapacité absolue.
Lafayette, il ne faut point l'oublier, était alors unepui^ sance réelle, et il y avait quelque courage à l'attaquer. Il écrivait du camp de Maubeuge, où il commandait à soixante mille soldats, sur lesquels il comptait assurément plus pour museler la Révolution et raffermir l'autorité royale que pour battre les Autrichiens. Sa lettre ne souleva pas dans TAssemblée législative, où il comptait beaucoup d'amis, l'indignation à laquelle on aurait pu s'attendre* on se contenta de la renvoyer à l'examen d'une commission de doue
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membres, récemment formée. Mais au dehors il y eut une explosion formidable. Robespierre, prenant directement le général à partie, Taccusa, dans son journal, de lever Tétendard de la révolte contre TAssemblée nationale et le peuple français. Des menaces terribles tombèrent sur lui du haut de la tribune des Jacobins. Merlin (de Thionville) voulait qu*il fût ordonné à tout citoyen de lui courir sus. Danton demanda un décret d'accusation cœxtre lui. Le Girondin Préfiuie Real réclama, lui, un soulèvement populaire, espérant sans ^" ^ J^"doute voir ses protecteurs remonter au. ministère à Taide d*une insurrection parUelle. Ce moyen extrême, qui pouvait donner au gouvernement Toccasion d'une répression légale où la liberté courrait risque d'être écrasée, parut inopportun à Robespierre. La seule insurrection qui convînt à cette heure, c'était l'union de tous les* patriotes. Sans doute il fallait venger la majesté du peuple outragée ; seulement c'était à la loi de le faire, et, comme Danton, Robespierre réclamait contre le général un décret d'accusation. Dès le jour même de la chute du ministère girondin, Danton avait juré de porter la terreur jusqu'au fond du château des Tui* leries; mais ses moyens, c'étaient un imp6t sur les riches et une loi qui forçât le roi à répudier sa femme ; il n'avait nullement en vue un mouvement insurrectionnel. La journée du 19 servit à point nommé les projets de ceux qui attendaient d une manifestation populaire l'occasion de ressaisir le pouvoir ou de se venger de Tavoir perdu. Car, s*il faut en croire Chabot et Sergent, les principaux insti<* gateurs du soulèvement partiel dont nous allons rendre compte furent les Girondins. Baippel des ministreg, tel fut le mot d'ordre donné par eux. Et ce qui nous confirme dans cette opinion, c'est que Brissot n'attribua la démarche du 20 juin qu'au renvoi des ministres patriotes, renvoi que, selon. lui, on ne se serait pas permis impunément sous le despotisme. Les meneurs furent merveilleusementsecondés par les dii^sitions du peuple à s'insurger contre les ten-
i3^ HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION
dances du pouToîr. Seulement il est facile de comprendre que, pour la satisfaction d'une ambition personnelle, mal dissimulée sous les dehors du patriotisme, les véritables démocrates ne tenaient pas a con^promettre, dans un soulèvementmaldéfini et mal combiné, les intérêts de la Révolution. Le âO juin, c'était Tanniversaire du serment du Jeu de paume; aucun jour n'était plus propre à une manifestation populaire. Autre cause d'enthousiasme civique : le 19, sur une motion de Condorcet, on brûla, au pied de la statue de Louis XIV, six cents volumes in-folio contenant la no* menclatùre des titres de noblesse. Mais le mouvement, arrêté en principe dans des conciliabules tenus chez diverses personnes, notamment dans la maison du brasseur Santerre, au faubourg Saint-Antoine, et chez ftoland, fut, à coup sûr, déterminé' par le refus de Louis XYI, dûment signifié le 19 à l'Assemblée, de sanctionner les décrets relatifs aux prêtres insermentés et à la formation d*un camp de vingt mille hommes. En même temps, il était donné connaissance d'un arrêté du directoire, signé de La Rochefoucauld, et invitant le maire, la municipalité et le commandant de la garde nationale à prendre toutes les mesures nécessaires afin de réprimerles perturbateurs du repos public. Comme contraste, on entendit, dans cette séance du 19, une députation de patriotes marseillais qui venaient engager l'Assemblée à user de la force populaire pour anéantir les conjurations royalistes. Le jour de la colère du peuple, disaient-ils, est enfin arrivé. ManifesuiUoii Le but avoué de la manifestation du 20 juin était deprépopnUire. g^nt^j. à TAssemblée législative et au roi des pétitions relatives au double veto et de planter un mai sur la terrasse des Feuillants en mémoire de la séance du Jeu de paume. De grand matin les colonnes du peuple s'ébranlèrent dans toutes les directions. Elles formaient des masses compactes complètement hétérogènes. Pêle-mêle et bras dessus bras dessous s'avançaient des gardes nationaux, des hommes