‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 93 sur 226 · CHAPITRE wmtin. m · texte numérisé non relu

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armes de piques et de bâtons, beaucoup de citoyens sans armes, artisan^ et bourgeois, et une foule de feoimes et d'enfants aux cris joyeux. Des bannières flottaient au vent, qui portaient des inscriptions en rapport avec les circonstances. Toute cette bande se dirigea vers TAssemblée législative par la rue saint-Honoré, et se présenta à là porte qui faisait face à la place Vendôme. Aucune menace, aucun cri de colère ne sortaient d'ailleurs de ses rangs pressés; on sentait qu'il s'agissait ici d'une démonstration toute pacifique. Avertie du rassemblement par le procureur général syndic Rœderer, l'Assemblée délibérait sur une motion du Feuillant Dumolard, tendante à l'adoption de mesures de rigueur, quand Arriva une lettre de Santerre, par laquelle ce commandant d'un des bataillons du faubourg Saint- Antoine sollicitait l'admission des pétitionnaires à la barre de l'Assemblée. Celle-ci , après une discussion très-animée, ayant déféré à ce vœu, unedéputation parut. Huguenin, son orateur, 'se plaignit, en termes d*une énergie singulière, de l'inaction des armées, des lenteurs de la haute cour nationale à punir les coupables, et il réclama pour le peuple le droit de porter ses armes en permanence jusqu'à la franche et complète exécution du pacte constitutionnel. Après une courte réponse du président, on vit successivement défiler dans la salle les pétitionnaires d'abord, deux bataillons de la Gironde, qui au moment de partir pour la frontière venaient saluer les législateurs du pays, et enfiji les sections parisiennes, précédées de quelques musiciens et ayant à leur tête Santerre et Saint-Huruge. Tout se passa dans l'ordre le plus parfait. Un homme qui portait au bout d'une perche un cœur de veau avec cette inscription : Cœur d'aristocrate, dut se retirer avec son sanglant emblème, à la demande de plusieurs députés. Quant à la démonstration en elle-miême, Santerre en. donna la véritable signification populaire, en disant à la barre que les pétitionnaires étaient venus offrir leur vie à l'Assemblée

sa obiiteta.

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pour la défense de ses décrets. Les meneurs de la Gironde eurent seuls Tidée de la détourner de son véritable but, en excitant les masses à demander le rappel des ministres .girondins.

Le peuple En sortant de l'Assemblée la foule fit irruption dans le Carrousel, dont les guichets s'ouvrirent devant elle, grâce à rinterventicm d'dn officier municipal nommé Mouchet. Quelques citoyens, parmi lesquels on remarquait le boucher Legendre, l'excitaient à porter ses doléances dans Tintérieur même du château. Les Tuileries étaient gardées par des troupes assez nombreuses; mais il y avait là des bataillons de garde nationale, qui vraisemblablement n'eussent pas obéi à leurs officiers s'ils en avaient reçu l'ordre de repousser cette foule par la force. Le peuple n'eut donc pas beaucoup de peine à pénétrer dans la cour d'honneur, où la gendannerie rangée en bataille resta spectatrice immobile de l'invasion. Déjà le grand vestibule était envahi, lorsque le commandant de la deuxième légion, entrant vivement dans la pièce où se tenaient le roi et sa famille, l'engagea à se montrer. Louis XVI y consentit, et, suivi de trois de ses ministres, de sa sœur et de quelques personnes dévouées, il passa dans la pièce appelée l'Œil-de-Bœuf. Comme on entendait le bruit retentissant des pas daiis l'escalier et des coups de haches sur les portes, un des grenadiers qui l'avaient accompagné lui dit : Sire, n'ayez pas peur. Le roi était parfaitement calme ; il répondit qu'il n'avait pas peur, que son cœur était pur et tranquille ; et, prenant la main du grenadier, il la pressa avec force contre sa poitrine. Puis il ordonna à un huissier d'ouvrir les portes.

Le peuple se précipita avec une curiosité ardente dans la pièce où se tenait Louis XVI, qui se retira dans l'embrasure d'une croisée, et, pour dominer la foule, monta sur une banquette. L'attitude des assaillants en général était loin d'être hostile. Quelques personnes élevèrent la voix , les unes pour réclamer le rappel des ministres, les autres

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la sanction des décrets. Legendre apostropha directement le roi et lui lut une pétition menaçante. Louis XYI se contenta de répondre qu'il ferait ce que lui ordonnait la constitution, pour laquelle il protesta de son respect absolu. Un citoyen lui ajrant tendu un bonnet rouge au bout d'un bâton, il le prit des mains de l'officier municipal Mouchet, et s'en couTritla tête. Cet acte lui valut force applaudissements, et au milieu des cris de vive la nation/ vive la liberté! on entendit aussi celui de vive le roi/ La chaleur était étouffante, de grosses gouttes de sueur coulaient le long du visage de Louis XYI. Un garde national eut pitié de lui et lui passa une bouteille de vin, à même de laquelle le roi but à la santé du peufle de Paris et de la nation française. De nouveaux applaudissements retentirent. Peut-être cette journée eût-elle entièrement tourné au profit de la royauté et Louis XVI se fût-il acquis une immense popularité si, séance tenante, il s'était rendu au vœu du peuple en sanctionnant les décrets. Mais il était trop resté de cœur le roi de l'ancien régime pour entrer franchement dans le courant révolutionnaire.

U était plus de sixheures quand le maire de Paris arriva, accompagné de l'officier municipal Sergent. Louis XYI se plaignit assez aigrement de ce retard* Aidé de quelques représentants envoyés en députation, à la nouvelle de Tinvasion des Tuileries, Pétion parvint à obtenir de la foule qu'elle quittât le château. Toutes les issues furent ouvertes, et la retraite s'opéra en bon ordre. Vers huit heures, le roi put se retirer par une porte dérobée. Quant à la reine, il est aisé de comprendre quelles, furent ses anxiétés et ses alarmes; mais elle ne courut aucun risque et ne subit aucune insulte. Elle se tenait dans la salle du conseil avec ses enfants et plusieurs personnes de sa suite. Lorsque le peuple défila par cette pièce, Marie-Antoinette prit ellemême un bonnet rouge des mains d'un de ses officiers pour en coiffer le jeune prince, comme si c'eût été une sauve-

garde. Ce fut Santerre qui l'engagea à le lui ôter, parce qu'il faisait trop chaud, et en même temps il la rassura, en "lui disant qu'on la trompait, que le peuple ne lui voulait aucun mal. Fâcheusement, l'altière fille de Marie-Thérèse n'était pas femme à se reposer avec confiance sur quelques plébéiens. Cette journée du 20 juin, qui eût dû pour elle être une si éclatante leçon, ne fit que fortifier sa haine contre la Révolution. Ce fut donc une journée perdue. L'audace des Feuillants s'en accrut, et, comme le redoutaient le$ patriotes de la trempe de Robespierre, ce soulèvement avorté faillit devenir funeste à la liberté.

Rien ne pouvait mieux servir, en effet, les projets de la réaction que cette procession armée qui avait mis le droit du côté de la cour : c'était un prétexte admirable de sévir contre les révolutionnaires ardents. Le roi n'avait qu'à arguer, comme le lui avait mandé Lafayette, de sa.résolu- "tion de défendre les principes constitutionnels. Mandés aux Tuileries le lendemain, pour y fournir des explications, Pétion et Sergent y furent traités avec une hauteur dédaigneuse, insultés et méihe frappés. Le directoire de Paris jugea qu'il y avait lieu de poursuivre et de punir non-seulement les fauteurs de la manifestation, mais encore les magistrats qui ne l'avaient pas empêchée. De son côté, à la demande de Bigot de Préameneu, l'Assemblée législative décida qu'à l'avenir nul rassemblement armé ne pourrait se présenter à sa barre, ni devant aucune des autorités constituées. Les journaux royalistes ne manquèrent pas de raconter les faits avec une insigne mauvaise foi, et de se lamenter comme si les jours du roi avaient été réellement menacés. Louis XVI, à son, tour, Proclamation Sembla prendre à tâche d'accréditer ce bruit en lançant, dn roi. le 22, une proclamation empreinte d'une évidente exagération, proclamation à laquelle ia Commune répondit en recommandant aux citoyens de se garantir des embûches qui leur étaient tendues, de garder le calme, de ne point se

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rassembler en armes» et de. respecter à la fois le roi et TAssemblée nationale.

Aux narrations mensongères des journaux de la réaction, les feuilles populaires répondirent par des railleries violentes. En même temps arrivaient de toutes parts des adresses relatives a{i dernier événement, les unes en faveur du roi, les autres en faveur du peuple, comme celles venues de Lyon et de Grenoble, où déjà était agitée la question dé la déchéance. L'Assemblée elle-même commença à réagir contre le mouvement hostile à la révolution, en renvoyant à la commission des Douze une délibération du directoire de la Somme, qui appelait la garde nationale du département à veiller sur les jours du roi. Une nouvelle maladresse de Lafayette vint compromettre ufayettc les résultats heureux que la journée du 20 juin aurait pu ^ l'Assemblée, avoir pour la cour. Le 28, d'accord avec ses amis du directoire, il parut à la barre de l'Assemblée, s'érigeant, comme le lui avait si bien reproché Robespierre, en modérateur des pouvoirs constitués , en arbitre des destinées du peuple. Il parla au nom de ses compagnons d'armes, supplia les représentants de punir comme criminels de lèsenation les instigateurs des violences commises le ^0, et de détruire une secte qui envahissait la souveraineté. Les FeuiUants étaient là en nombre, ils applaudirent à outrance, et l'un d'eux, Ramond, demanda le renvoi de la pétition de Lafayette au comité des Douze, afin qu'on s'occupât de remédier aux causes de désorganisation. Guadet demanda alors de quel droit le général avait quitté son armée. Il fallait, au préalable, selon lui, s'enquérir du ministre de la guerre s'il en avait eu l'autorisation. Malgré toutes efforts de la Gironde, cette proposition fut rejetée, et Lafayette, admis aux honneurs de la séance, put jouir d'un dernier triomphe.

Ce triomphe eut pour effet immédiat de provoquer le soir même, aux Jacobins, entre tous les partisans de la Revoie

Lafayette brûlé

lution, une réconciliation qui, hélas! devait être de bien courte durée. Brissot, Lasource, Robespierre, Guadet, Couthon, Fauchet, se] réunirent dans un sentiment commun pour réclamer la prompte mise en accusation de Timprudent général. Après avoir essayé vainement de provoquer un coup de main contre les Jacobins, Lafayette retourna à son armée, sans avoir obtenu d'autre résultat que d'avoir exaspéré les patriotes, et poussé plus avant la cour et les Feuillants dans les voies de la réaction. Le jour où il quitta Paris, il fut brûlé en effigie, au Palais- Royal, et le journal de Brissot, qui tant de fois avait retenti de ses louanges, considéra ce simulacre d'auto-da-fé comme une exécution civique.

Cette démarche inconsidérée, les échecs de nos armes au début de la guerre, les immenses préparatifs de la coalition, les mouvements royalistes dont les départements étaient le théâtre, semblaient conspirer pour inviter l'Assemblée législative à des résolutions suprêmes. On venait de la Belgique; d'apprendre que le vieux Luckner, après avoir heureusement envahi la Belgique, et s'y être emparé successivement dTpres, de Menin et de Courtrai, avait retrogadé tout à coup, repassé la frontière, et qu'un de ses lieutenants, une créature de Lafayette, le général Jarry, avait, en se retirant, mis le feu aux faubourgs de Courtrai, comme pour laisser à un peuple qui nous tendait les bras un souvenir exécrable. Comment expliquer cette retraite que rien ne justifiait, autrement que par une combinaison à laquelle n^était pas étranger le voyage de Lafayette à Paris ? Dans la séance du "30 juin, Jean Debry présenta, au nom de la commission des Douze, im rapport sur les mesures à prendre dans la tm *oùla patrie se trouerait en danger. Le lendemain, deux anciens membres de la Constituante, Guillaume et Dupont (de Nemours), paraissaient à la barre, porteurs d'une protestation violente contre la journée du 20 juin. Cette protestation était revêtue de

Évacuation

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