‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 99 sur 226 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

point reconnu par elle, d'être détenu pendant trois mois dans une maison d*arrêt. Ce fut un des derniers actes de l'Assemblée, dont l'orageuse session avait duré une année moins quelques jours; le lendemain, elle cédait la place à la Convention nationale.

Par toute la France avaient eu lieu depuis dix-huit jours, ^^' élections. et dans un ordre admirable, les élections des représentants chargés de donner au pays une constitution nouvelle. Les candidats girondins recueillirent dans les départements un nombre considérable de suffrages, mais ils échouèrent complètement à Paris, où l'opinion franchement démocratique l'iemporta à une majorité écrasante. Parmi les vingt-quatre représentants de la capitale, citons. : Robespierre, qui fut nommé le premier, Danton, CoUot-d'Herbois, Billaud- Varenne, Camille Desmoulins, Marat, Legendre, Fabre .d'Églantine, Robespierre jeune, le peintre David, Laignelot et le duc d'Orléans, devenu Philippe-Égalité, qui ferma la série, et qui passa grâce à la recommandation de Danton. Quant à Marat, son élection vint, selon l'explication de Robespierre, deice que l'on étaitmoins frappé de certaines idées extravagantes, dont les patriotes sincères étaient les premiers à se plaindre, que des attentats de ceux qu'il avait dénoncés etdelaprésencedes maux qu'il avait prédits. Il fut choisi un peu comme la tête de Méduse de la Révolution.

Au moment même où la nouvelle Assemblée constituante Opérations allait se réunir, les armées de la Révolution remportaient « iinaircs. leur premier succès, comme si elles eussent voulu que la Convention ouvrît ses séances sous d'heureux auspices. Dans les premiers jours de septembre, l'armée coalisée, forte de quatre-vingt mille hommes environ, y compris le corps des émigrés, croyait facilement arriver en quelques marches à Paris, par les routes de la Champagne et de la Lorraine. Elle n'avait qu'un passage difficile à traverser, c'était la forêt de l'Argonne, qui s'étend entre Sedan et Sainte-Menehould, et qui est entrecoupée de montagnes, de rivières et

d'étangs. Ce fut là que Dumouriez, frappé d'un éclair de génie, résolut d'arrêter l'ennemi. A la date du 7 il occupait tous les défilés de FArgonne, avec les généraux Duval, Chazot et Dillon. Les forces dont il avait le commandement s'élevaient à peine à vingt-cinq mille hommes; mais il attendait Beurnonville avec les bataillons de Soissons, composés de volontaires enthousiastes, et Eellermann qui s'avançait à la tête de quatorze mille soldats. Si ses troupes étaient mal vétues,mal nourries, mal équipées, elles avaient pour elles l'enthousiasme révolutionnaire et l'amour de la patrie : c'était plus qu'il n'en fallait pour vaincre. Bataille Après quelques combats d avant-garde et diverses es-

de Vaimy. carmouches, où un moment il faillit compromettre sa fortune, Dumouriez se porta rapidement vers Sainte-Menehould, et il se retrancha fortement dans un camp resté fameux sous le nom de camp de la Lune. Le 49 il opéra sa jonction avec Beurnonville et Kellermann, dont les troupes occupèrent les hauteurs de Valmy. L'armée française, ainsi renforcée, comptait un peu plus de cinquante mille combattants. Le lendemain, dès la pointe du jour, elle fut attaquée par les Autrichiens et les Prussiens, que commandait le roi de Prusse en personne. De part et d'autre s'engagea une effroyable canonnade; elle dura toute la journée. Nos jeunes volontaires, qui voyaient le feu pour la première fois, eurent une contenance admirable. A diverses reprises, aux cris mille fois répétés de Vive la nation/ ils chargèrent l'ennemi avec le sang-froid et l'intrépidité de vieux soldats. Vers sept heures du soir, le combat cessa par la retraite des Prussiens, qui nous laissèrent maîtres du champ de bataille.

Telle fut la première bataille en règle où la Révolution se rencontra avec ses ennemis de l'extérieur. Sans avoir eu de très-grandes proportions, elle eut une importance capitale, en ce qu'elle donna à l'ennemi une idée des soldats de la France et remplit d'ardeur les bataillons que, de tous

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