‹ Précis de l'histoire de la ville de Gap, suivi de notes et éclaircissements et de notices biographiques sur les évêques de cette villeChapitre 55 sur 74 · LXIII. GABRIEL DE GLERMONT · texte numérisé non relu

LXIII. GABRIEL DE GLERMONT

Le siège épiseopal de Gap fut-il jamais oecupé par un prélat d'une origine plus illustre que celle du successeur de Sdafiinatis? Gabriel de Glermont, Ils de haut et

puissant seigneur Bernardin, comte de Clermont et vicomte de Tallard , et d'Anne de Husson d'Uzès , était frère d'Antoine de Clermont qui, en 1558, fut lieutenant du roi en Dauphiné en Tabsence du duc de Guise. Nommé évéque de ce diocèse en Tannée I8il7, Gabriel ne fit son entrée dans la ville de Gap que le 80 niai dft

* lavenls , Mémoires inédits. Cet auteur n'avait pu prévoir que l'un de nos évèques, et le plus modeste d'entre eux , prendrait le titre de prince. C'est pourtant ce qui arriva en 1727, au concile d'£mbran.

l'année suivante. Divers actes de son épiscopat ont été mentionnés dans le texte pages 68-74. Il convient d'en reproduire quelques antres avant de signaler sa honteuse

apostasie.

Gabriel de Clermont accorda gracieusement à ses vassaux de Sigoyer-de-Malpoil une réduction sur les droits de fournage qu'il percevait dans cette seigneurie. Cet acte de libéralité porte la date du 19 juillet d55l9.-Le 25 avril , il approuva les privilèges et les franchises des habitants de Rambaud sur les bois et les p&tùrages épiscopauK situés dans cette paroisse.— Le 31 septembre suivant , il intervint entre ce prélat et son chapitre une transaction qui détermina la part contributive de l'évéque aux réparations de l'église cathédrale et à diverses dépenses détaillées dans cet acte , dont les témoins furent Louis Rostollan, chanoine d'£nibrun, Claude Olier» vi-bailli de Gap, Etienne de Hontoreier^ seigneur de Sigoyer , Jacques de Saint-Germain , citoyen de Gap , et François Duplessis, viguier de Tallard..— Il parait que la vigilance de nos consuls était assoupie en 1528 lorsque Gabriel prit possession de l'évéché de Gap ; ils l'avaient laissé pénétrer dans la ville sans qu'au préalable il eût reknpliles obligations imposées aux prélats par la charte de 4378. Les consuls de 1881 réparèrent la faute de leurs prédécesseurs. Au retour d'un voyage , notre évêque trouva fermées les portes de la ville , et sur la réquisition de sire Jehan Gbalvin-Chamois , I" consul , de noble Sixte du Tanc, 3* consul, et de Barthélemi Poucet « 8« consul, qui l'attendaient sur la msulé.hors delà ville, près de la porte Jaussaude , il prêta le serment prescrit par les constitutions municipales , le 25 mai 1 551 . L'acte

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en fat incontinent dressé par Chérubin Rambaud, notaire et secrétaire de la ville , et la porte s'ouvrit devant le prélat. (Juvenîs, Nùlêê autographes , p. 7).

fin Tannée 1840 , noble ieban Abon , co-seigneur de Reynier, lui avait fait hommage pour ce qu'il possédait dans cette terre.— Le prélat prêta serment le 37 février

de la même année, devant la chambre des comptes d'Aix, pour celte terre de Heynier et pour celle de Sigoyerde-Malpoil , situées en Provence.— Le 22 juillet 1542 , il commit Antoine de Rosset, son vicaire général et prévôt de l'église cathédrale , et le chanoine Gaspard Finetti « pour recevoir l'hommage et le serment de fidélité que noble Jehan de Bonne était tenu de lai prêter pour la seigneurie des Diguières , en vertu d'un arrêt du parlement. Lesdiguières» vassal de l'évéque! Que les temps vont changer! '

11 a été parlé dans le Précis historique de la rentrée de

< Dtnsle cornant de l'aniiée 1561 , Gabriel de Clennont pfenait posaessioii et doDaaitàfenne, en Tertnde sa directe unîTeneUe dpen leoonnne par la ville de Gap, l'emplacement «pilafalt occupé nne maison par trop deshonnète, laquelle a donné son nom à la rue Bon-Hôtel , ainsi que nous l'apprend un mémoire de Paparin de Chaumont sigailé aux consuls le 17 décembre 1584 : c alant andènement ung b

< en ladicte ville , qui communément per ironiam estoit appelé Bon- « hostau , lequel comme deshoneste et contre Dieu estant chassé, c ledict sieur de Clermont donna en l'an mil cinq cent soixante un ,

< la place dudict b à nouveau bail , etc. » Ce lieu de prosli-

tuUon , nommé en toutes lettres par révêque Paparin , avait sans-doute été établi pour le service des reitres et des lansquenets de François voire des muguets de sa cour dissolue , alors que les uns et les autres traversaient la ville de Gap pour se rendre en Italie. Gardona-nous d'en rien conclure contre les mœurs de la cité.

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Farel dans Gap après que les protestants se furent emparés de cette ville le mai 1562. C'est alorsque ron vit le descendant de cet Ëynard de Glermont qui , par un zèle généreox et tout chrétien avait levé à ses dépens , en 1190 , une armée avec laquelle il conduisit à Rome le pape Calixte II , et le rendit paisible possesseur de la chaire de saint Pierre , malgré les efforts de l'anti-pape Philippe Bourdon* ; c'est alors , disons-nous , que l'on vit notre prélat consommer son apostasie dans l'église de Sainte-Colombe, c Gabriel de Clermont, s'écrie Juvenis, « abandonnant son troupeau et la foi de ses pères , se « révolta malheureusement contre sa mère et son épouse « tout ensemble ; et pour insulter davantage cette déso- « lée , il alloit luy-mesme, avec les ornements de son

• ordre , ouirles faux prédicateurs , et assistoit à leurs

• assemblées avec ces gages précieux qu'elle luy avoit « donnés au jour de son mariage. » L'évéque apostat se retira ensuite dans sa terre de Selles en Berri, où il fit son séjour ordinaire avec sa femme le reste de ses jours « continuant néanmoins d'administrer le temporel de l'évêché de Gap par le moyen d*on vicaire et d'autres officiers de cet évôché , jusqu'à ce qu'il eût donné sa démission en faveur de Paparin, dont les méchantes langues prétendaient qu'il avait épousé la sœur. (Voir au sujet de cette démission la note N , page S33 ).

Je ne saurais terminer la notice consacrée à Gabriel

4 Giliite n pmBit à EjDsrd de ClermoDt et h ses deseeadtt tondwr les dioses nintes, de porterdm leurs amies une Uiiire d'or

pour doiitty et de prendra pour devise ces pantes de stint Hem SUam H mniM te iMsaverunl, ego non U mgafto.

33l APPKIfDICB.

de Glermont , sans faire mention de dcu& CTénemeBis extraordinaires survenos pendant son épiseopat.

Le 23 mars 4556, plus de dix mille lansquenets conduits par Guillaume de Wissemberg s'arrêtèrent à Gap. Ils se rendaient en Italie pour joindre l'armée de François l*'. Professant presque tous le lathéranisme, ils mangèrent de la yiande la veille de l'Annonciation de la sainte Vierge* « Et parce que les peuples qui estoient extrême- « ment chrestiens ne voulurent point manger les restes « de cette viande , on la jeta aux chiens , lesquels , par « un menreilleux secret de la providence, n'y touchèrent « en aucune manière. Ceci , ajoute Juvenis , est tiré des € registres de Chérubin Ramhaud , notaire de Gap, qui « estoit de ce temps, et qui dit ravoir appris de plusieurs « témoins oculaires. (Juvenisifm. tWdtte). »

(1540.) Quatre ans après , apparut dans les murs de cette ville un grand serviteur de Dieu, italien de naissance , éloquent prédicateur , et parfaitement entendu du peuple bien qu'il ne prêchât qu'en sa propre langue» Au surplus, il n*imita nullement les lansquenets du comte de Vissemberg , car jamais il n'avait mangé de viande. Sa renommée se répandit bientôt dans toute la contrée ; alors l'église cathédrale ne pouvant plus contenir le grand nombre d'auditeurs acccourus des villages voisins, le prédicateur s'établit sur la place de Saint-Arnoux. Là, il tirait des larmes des yeux de tous les assistants en leur pariant du royaume de Dieu et de la nécessité de faire pénitence. U prédit plusieurs malheurs qui ne tardèrent pas à s'appe« sentir sur notre ville , entre autres , les grands troubles des guerres civiles et la peste qui survint l'année suivante; il annonça que cette maladie ferait de si grands ravages

dans Gap qu'il se chargerait d'en nourrir les habitants avec trois sétien de blé , et enfia que la citadelle de Pa7-4iaiire serait encore détruite ét rebâtie trois fois , ce qu'il ne fallait pas trop appréliender pour les deux

premières ; mais que la troisième menaçait la ville d'une ruine totale. Notre prédicateur anonyme se rendit ensuite à Tallard au moment où l'on faisait de grandes réparations au château. < J'ai vu construire bien des édifices , € dit-il un jour aux habitants de cette ville « mais cette « maison ne restera pas long-temps dans la funiùe de • celui qui la ftit réparer. » Ce qui n'arriva pourtant qu'en Vannée 1600 où Etienne de Bonne en fît l'acquisition d'Henri de Glermont-Tonuerre.

ETIBNNE D'miENNË. (4568).

Cet évéque ne figure ici que pour mémoire, puisqu'il ne lut jamais institué canoniquement.

Etienne d'Estienne, chanoine de Téglise cathédrale d'Aix lorsqu*en Tannée 1868 le roi le nomma à l'évèché de Gap , appartenait à la maison de Saint-Jean de la Salle et de Monfuron en Provence. Vainement il demanda au Saint-Siège l'institution canonique : malgré les démarches d'Antoine Quinelli, agent da cardinal Strosi, qu'il avait chargé de recevoir 470 écus d*an banquier de Rome» pour être employés à l'expédition de ses bulles , il ne put jamais les obtenir; « Car, en ce temps, dit Juvenis, la « cour de Rome , avec raison , marchoit avec des pieds « de plomb à accorder des bulles aux François , prenant c auparavant bien des précautions et d'instructions sur t les sujets qui luy estoient proposés, à cause de l'apos- € tasie et du naufrage que plasiears avoient fidt enla

ZSê AmmiiGi.

t foy. » — Nous avons vu (p. SO) que M. d'Estienne avait sollicité, vers la fin de l'année 4568, le secours du gouverneur de Provence pour délivrer les catholiques de ce diocèse du joug que faisaient peser sur eux les protes- UbU , alors en pofisession de Gap , de Taliard et de qn^ques autres places du Gapençais. A cette époque, il demanda an deigé et aux notables habitants de notre ville des lettres pour Rome, dans lesquelles le pape serait supplié de lui expédier ses buUes ; il se rendit même à Gap l'année suivante; mais il y reçut tant d'injures et d'affronts de la part des hérétiques qu'il fut obligé de s'en retourner à Aix.

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