LX. GUILLAUME Vm
Si layille de Gap jouit de quelque repos pendant le règne de l'évêque Louis , il n'en fut pas de même sous répiscopat de Guillaume VIII, dont le nom patronymique nous est inconnu comme celui de son prédécesseur. Cependant ce nom devait être fort noble , puisqu'on voyait dans les armes du nouveau prélat un lion rampant à un cbef chargé de trois rôles* Guillaume dut prendre possession de l'évéché en 4484 : car il existe une transaction de cette année , intervenue entre les habitants de La Bàtie-Neuve et ceux de Rivo merdoso , sous le bon plaisir de Guillelmus, leur seigneur. — On a vu, page 46, comment la paix fut troublée en 444i par les extravagances de l'ofifieial de cet évéque. Sa mort arriva l'année suivante»
LXl. GAUCHER DE FORCALQUIËR. (lU3-l484k).
Ce terrible prélat , auquel les habitants de Sisteron
eurent le bonheur d'échapper, se nommait Gaucher et non Gautier comme l'ont écrit quelques auteurs , entre autres Nicolas Chorier. Sa naissance était illustre : il descendait de Louis de Forcalquier , seigneur de Cereste, lequel justifia en 1310 qu'il, sortait en ligne directe de la troisiteerace des comtes de Forcalquier. Le nom du père de notre évéque ne nous est pas connu , mais nous savons qu'Angélique, sa mère, était fille de Buffile de Brancas , maréchal de l'église romaine , et sœur du cardinal Pierre-Nicolas de Brancas. Gaucher avait la charge de protonotaire apostolique et d'administrateur du diocèse de Sisteron en 1443 , époque où Guillaume VIII cessa de vivre. C'est alors que le pape Eugène IV le pourvut de Févéché de Gap.
Au mois de décembre de la même année notre nou* vel évéque donna pouvoir de prendre possession du «iège à Balthazar de Brancas» seigneur de Gereste, son 4>ncle , à Jacques de Florcalquier , son frère , à Pierre Villon, prévèt de Baijols, à Palamède de Carette, prévôt de Saint-Didier d'Avignon , et à quelques autres seigneurs ecclésiastiques et séculiers. Cet acte est daté de Florence où Gaucher se trouvait alors* De tous ces illustres fondés de pouvoirs , deux seulement se présentèrent le 9 février 4443 : c'étaient le prévôt de Baijols et Jacques de Forcalquier. Ils furent reçus par les deux consuls, nobles Raymond-le-Vieux et Jacques d'Obverche, assistés d'un traître qui dans la suite embrassa avec fureur la cause de Gaucher dont il devint lo juge dans Gap« Ceux qui connaissent nos annales ont déjà nonmié
APPiHAiei.
Pierre Gruel , licencié en droit , procureur de la Tille , et fils d'un mince notaire du Saix*. Avant d'introduire les ambassadeurs de l'évéque , nos consuls les requirent, âo nom de la grande charte de 1378, de jurer sur les SS. Evangiles de maintenir et obsenrer les libertés et les franchises de la communauté ; le serment fut prêté dans la diapelle de la Sainte-Trinité de l'église des frères • •mineurs en présence d'un grand nombre de citoyens.
Les rapports de Gaucher de Forcalquier aree sa ville épiscopale et les souverains de Provence et de Dauphiné ont été eiposés dans le texte pages 47-88. J'y renvoie le lecteur. J'ajouterai toutefois que , par son testament fiiit
le jour de Sainte-Madelaine de l'an 1483 , Gaucher institua pour son héritier Georges de Castellane , fils de sa sœur Alix de Forcalquier , avec charge de substitution masculine en faveur de son cousin Gauclier de Brancas. Si ces deux branches venaient à s'éteindre , son autre cousin Roux de Brancas leur était substitué* Hais , si tous ces héritiers directs ou substitués venaient à disparaître sans laisser de descendants , les biens de Gaucher passaient à l'université de son église cathédrale et à la diapeUe de Sainte-Marie-Madelaine par lui fondée en la même église. H voulut être inhumé dans cette chapelle ,
«nefiéGmel, étant jugede Gap, poomiivitàoiilfanMle setgnenr éslbiilejwdontilaefit adjuger la ttne m rtcw np aMB de sas povrauiies. Par la pvolMlioD de Gaucher, il détint eaaaite coaselUar an par> leoMntde GienoUe, et iiiéifdeDt an même partaentktaqae Goillaïuiie de Corbie mourut en 1462. H fat l'un des eiécuteois des mandemepte deLeaisXIen cetteproviooe. EofiBtparfenaàmieeitiemeTieilleaiey il se dMt de la diarge eo ftfeur de lean Palmier (1484). TeUe est la tige des ftaturs gouverneurs de Gap. (Imeiiis , Mémutlm itiédUi.)
et il proscffiyil d'y apporter les restes de son frère Jacques de Forcalqnier , alon défont A cet effet , denx tombeaux deraient y être creusés , et conrerts l'an et Tantre de
plaques d'airain ou de cuivre. Enfin , le testateur appelait à ses obsèques tous les corps ecclésiastiques de la Tille de Gap sous une rétribution ; mais son ressentiment inextîngnible contre les Cordeliers qui avaient donné asile à Jean de Montorder , était exprimé dans le testament de la manière saivante : JBxeeptiê eedeiià ef can9entu minorum, imà vocari prohibemus nec in communi , nec in particulari , et si in particulari aliquis temerariè se injecerit , mhU sibi detur,
Joseph-Dominique de Roclias, l*nn des hommes les plus religieux qui aient honoré la ville de Gap a porté
sur Gaucher un jugement que les contemporains de ce prélat n'auraient pas trouvé trop sévère. « A Guillaume « VIII , dit notre chroniqueur, avait succédé Gaucher « de Cereste dès Tan 1446 (erreur de 4 ans)* Cet évéque < était de riUustre maison de Forcalquier et de la bran- « che des seigneurs de Cereste ; il était sacristain et « archidiacre de l'église de Fréjus, (Juvenis prétend qu'il « administrait l'évêché de Sisteron*), lorsqu'il fut fait « évêque de Gap, Mais , aussi rempli des idées de sa « naissance qu'il était vide de l'esprit de son état , il « devint le tyran le plus cruel que cette ville ait peutn être jamais eu Gaucher voulait se rendre sonve- • rain dans Gap; c'était là son unique objet, qu'il'
* M. de Laplane , dans l'excellent ouvrage qu'il vient de publier , assure que Gaucher de Forcalquier avait été nommé évéque de cette viUe en 1441 , {HUloire de Sisteron > 1. 1 , p. 278.)
33g APPENDICE.
« t&clialt d'avaneer de jour en joor sous prétexte des « droHs de sa joridietion eeelésiastiqne, à laqaeUe il « donnait ane étendue sans bornes* lean de Montoidei « rompit ses mesares en defenaal son ennemi ».
LXll. GABRIEL DE SGLAFANATIS. (4484-i5âd).
Le Précis , aux pages 58 à 64 , fait connaître ayee assez d'étendue les tribulations qu'eut à éprouyer eet éyèque par suite de l'élection de Thibant de la Tour , ses bons procédés envers sa yille épiscopale , et les persécutions que lui suscita le procureur général du Daupbiné. Juvenis ne connaissait guère sa famille , mais il savait que les Sclafanatis d'Italie et ceux qui s'établirent dans Gap , avaient touiours pris la qualité de nobles italiens: ils portaient d'argent à un pont cantonné de deux tours de gueule , maçonné et crénelé de sable « surmonté d'un bondier d'azur cbargé d'dr , à deux fiiees de sinople en pointe. C'était magnifique! • Et leur « bouclier lait voir, ajoute Juvenis, que cette maison « estoit sortie de corsaires. » Illustre origine , eu vérité !
Notre grand chroniquenr a'a pu pardonner à Gabriel de Sclafonatis la double innoyation dont il a été parlé dans le texte page 64. Ge vétilleux citoyen , ce noble
consul de Gap a écrit contre lui deux pages virulentes que je me permets de transcrire sans y ajouter un mot d'approbation ou d'improbation.
« Cet éyesque lut le premier qui usurpa sans aucua
« Rochas^ Mémoires inédiU , p. 58 et saiv.» !>• fléite.
APPEÎSBICE. 529
« titre la qualité de comte de Gharanee que ces devan-
c ciere n*aToieiit jamais porté , car Gaucher et les autres
« évesques derant luy, s'estoient contentés de se dire
• évesques et seigneurs de Gap , et n'avoient nullement c usé de cet ambitieux titre qui , pour parler avec un « coocile t introduit dans Tordre ecclésiastique fumosum
• seeuH iypwn; en quoy on peut dire qu'il fut extrêmec ment dissemblable « en cette rencontre, de ses pré- ■ décesseurs ; car ils forent si modérés qu'ils ne prirent « jamais la qualité de prince que l'empereur Frédéric I** « avoit donnée à Grégoire en -1178, croyant qu'ils ne « dévoient rien ajouter au titre d'évesque qui , leur comc muniquant le nom de voyant, leur doit faire connoistre
• la vanité du monde et de ses titres. Ce mesme prélat
< ajouta dans ses armoiries une épée en pal au costé « gauche pour signe de la jurisdiction temporelle que
• les évesques ont dans la ville de Gap , quoique cette « fatale marque de sang et de carnage ne s'accorde « jamais bien avec une crosse et une mitre. Gelui-cy « néanmoins n'appréhenda pas de devenir irrégolier par
• leur union, et de souiller la sainteté de son ministère « qui est, selon la parole sainte, pour édifier et non « pour détruire ; et bien que l'évesque de Vorms, aye « droit , ainsy que l'a escrit Munster , de porter cette « marque en qualité de duc de Franconie, on ne la fait « jamais pourtant paroistre qu'en sa main gauche dans c la cérémonie de ses obsèques , pensant qu'il est seule- « ment loisible aux prélats qui ont quelque jurisdiction « temporelle d'en porter le symbole après leur mort , et « de s'en parer en un temps auquel ils sont du tout inca- « pables de souiller leur Tolonté par cet instrument de
< carnage , de peur que l'Eglise leur épouse qui abhorre
« si fort la violenee el rbomiclde , ne leur fil ee pMpmt
• reproehe : Voiw m'estes des époux de saiigl En qwiy « l'on Toit que eeC évesque fit un ehose pen séante à sa
• profession, et contraire à ce que ses devanciers avoient « fait; car, Gaucher et les autres qui l'avoient précédé « ne s'estoient jamais avisés de se parer de cette marque « craelle et homicide , quoiqu'ils fussent seigneurs tem-
• porels de cette mesme ville , eêtimant , suifant la « parole de réyesque Othon au sénéchal de Gonesse » « que la sainteté de leur emploi derolt désarmer leur « esprit et ne leur laisser en partage que la gloire du « pardon ; partage certes plus glorieux que toutes ces « vaines marques de sang et de vengeance , puisqu'il les « rend serviteurs de Dieu et cohéritiers de son fils qui « n'eut d'antre glaive que celuy de sa parole sainte^. »