S62. — AN XII
En 1595, lorsque Philippe II confia à l'archiduc Albert le gouvernement des Pays-Bas, Philippe-Guillaume de Nassau, prince d'Orange, comte de Bueren , seigneur de Lannoy et Lys , était depuis vingt-huit ans prisonnier des Espagnols, qui l'avaient enlevé de l'université de Louvain, sous le duc d'Albe, mais qui l'avaient toujours traité avec douceur et considération. Remis en liberté et en possession de ses biens confisqués aux Pays-Bas et en Bourgogne, il accompagna l'Archiduc en Flandre, et reprit à la cour de ce prince le rang dû à sa naissance. On avait peutêtre compté sur son crédit pour un accommodement entre les provinces soumises à l'Espagne et celles qui s'en étaient détachées sous le nom de Provinces-Unies ; mais ces dernières, fortes de leurs grandes alliances au dehors et enflées de leur prospérité au dedans , ne paraissaient guère traitables alors.
Philippe-Guillaume de Nassau servit à la baronnie deCysoing, en 1595, le dénombrement de son flef , terre et seigneurie de Lannoy et Lys, contenant toujours 68 bonniers, y compris la
ville et le château. 1 — Le 27 janvier 1598 , le prince fit son entrée solennelle à Lannoy où il fut reçu en grand honneur. 9 — Le roi Philippe IH , en vertu d'un bref de Sa Sainteté Clément VIII, du 24. novembre 1598, lui donna le collier de l'ordre de la Toison d'Or. — En 1606, à l'âge de 52 ans , il épousa Eléonore de Bourbon , fille d'Henri de Bourbon , 1 er du nom, prince de Condé , et de Charlotte-Catherine de la Trémouille ; il n'en eut point d'enfants.
Le prince d'Orange était catholique , et vivait paisiblement dans son hôtel à Bruxelles sans se mêler des affaires publiques. Comme il était légèrement incommodé , un valet de chambre maladroit le blessa en lui appliquant un remède , accident dont il mourut le 20 février 1618 , ayant institué pour son héritier universel, son frère Maurice, comte de Nassau ; il fut inhumé au chœur de la grande église de Dietz. — Sa devise était : Sustinendo progredior, en soutenant j'avance. — La maison de Nassau portait : d'azur , semé de billettes d'or , au lion de même, armé et lampassé de gueules.
Des mains du prince d'Orange , la seigneurie de Lannoy et et Lys passa , par aliénation , dans la maison de Mérode.
Philippe de Mérode, comte de Middelbourg, baron de Frentz, vicomte d'Ypres , seigneur de Lincclles , de Lannoy et Lys en 1618, maître d'hôtel des archiducs Albert et Isabelle, grand veneur du comté de Flandre , grand bailli de Bruges , gouverneur de Tournai, était fils de Richard V, baron de Mérode et de Mar-
1 Archives générales du Nord. Registre aux dénombrements de la Salle de Lille.
* Manuscrit intitulé ; Mémoire» originaux pour servir à l'histoire de la ville et châtellenie de Lille ; addition au journal de Lille.
guérite d'Oignies, dame de Middelbourg. C'était , dit Poutrain, un seigneur prudent et pieux ; il avait beaucoup voyagé dans sa jeunesse et aimait à raconter les particularités de son pèlerinage en Terre Sainte. 1 II mourut à Dunkerque le 18 octobre 1625, ayant eu de Jeanne de Montmorency, dame de Croisilles, morte en 1621, deux fils et six filles : Georges deMérode , mort avant son père; Philippe de Mérode qui suit, Marguerite-Isabelle de Mérode, héritière de son frère Philippe, en 1629 ; Marie, Claudine , Louise , Léonore et Jeanne de Mérode. — Les armes de la maison de Mérode sont : d'or à quatre pals de gueules, à la bordure engrelée dTazur.
Philippe de Mérode, comte de Middelbourg, vicomte d'Ypres, de Ledreghem, baron de Frentz, seigneur de Lannoy et de Lys, mourut sans postérité le 20 mars 1629, laissant le comté de Middelbourg et la terre de Lannoy et Lys à sa sœur Marguerite- Isabelle qui les porta dans la maison de Vilain de Gand.
Marguerite-Isabelle de Mérode avait épousé Philippe-Lamoral Vilain de Gand, comte d'Isenghien, baron de Rassenghien, souverain bailli des villes, pays et comté d'Alost, gentilhomme ordinaire de la chambre de l'archiduc Albert, qui l'arma chevalier de sa propre main le 18 mars 1618 , ambassadeur de ce prince près de Ferdinand de Bavière, électeur de Cologne et prince de Liège ; gouverneur de Lille , Douai et Orchies en 1C24-. Le comte d'Isenghien mourut à Lille le 6 janvier 1631 ; sa veuve lui survécut 48 ans durant lesquels elle accorda beaucoup de soins à la ville et aux institutions civiles et religieuses de Lannov.
La comtesse d'Isenghien et de Middelbourg, dame de Lannoy et Lys, d'Houplines, Linselles, Blalon, Lomme, Capinghem, mourut en 1679 ; elle avait retenu de son union avec le comte d'Isenghien : Maximilien Vilain de Gand, mort sans postérité en
i Hist. de Tournai , p. 688.
163G ; Balthazar-Phi lippe, qui suit ; et quatre filles chanoinesses de Mons, de Maubeuge et de Nivesse.
Balthazar-PhilippeVilaindeGand,premicrprincedeMasmines, comte d lsenghien et de Middelbourg, vicomte d'Ypres, baron de Rassenghien , seigneur de Lomme , de Lannoy et Lys, mourut le 27 février 1680, à 63 ans, doyen des chevaliers de la Toison-d'Or, gentilhomme Me la chambre du Roi , et son conseiller au conseil suprême de guerre, gouverneur et capitaine général du duché de Guerres et comté de Zulphen. Il avait épousé en Espagne Dona Louise Henriquez Sarmiento, morte à Venlo, le 17 septembre 1675, et dont il eut Jean-Alphonse qui suit, et quatre tilles.
Jean-Alphonse Vilain de Gand, de Mérode et de Montmorency, prince de Masmines, comte d'Isenghien, seigneur de Lannoy et Lys, d'Houplines, Linselles, Lomme, Capinghem, Englos, Sequedin, etc., naquit à Bruxelles le 13 juillet 1655, fut crée prince d lsenghien par Louis XIV en 1G78, et mourut à Versailles le 6 mai 1687. Il avait épousé Marie-Thérèse, fille aînée de Louis de Crevant, duc d'Humières, pair et maréchal de France, grand maître de l'artillerie, chevaliers des ordres du Roi, gouverneur de Lille, et de Louise-Antoinette-Thérèse de La Châtre-Nancay, et avait eu de cette union : Louis, qui suit; Maximilien-Balthazar Vilain de Gand, comte de Middelbourg, seigneur de Linselles et autres lieux, maréchal de camp des armées du roi de France, gouverneur de Bouchain, mort le 2 janvier 1759, à 76 ans ; et des filles.
Louis de Gand, de Mérode et de Montmorency, prince d'Isenghien et de Masmines, comte du Saint-Empire, de Middelbourg et d'Oignies, vicomte de Wahagnies, baron de Rassenghien, de Warneton, seigneur de Lannoy et Lys, d'Houplines, Linselles, Capinghem , Englos , Sequedin , de Lomme et du Carnoy, maréchal de France, chevalier des ordres du Roi, lieutenant général de la province d'Artois, gouverneur d'Arras, né à Lille le 16
juillet 1678, épousa en premières noces Anne-Marie- Louise, princesse de Fursternberg, morte le 16 février 1706 ; en deuxièmes noces, Marie-Louise Pot de Rhodes, morte le 8 janvier 1715 ; en troisièmes noces, Marguerite-Camille Grimaldi de Monaco. Il mourut cependant sans enfants le 6 juin 1767, laissant par donation entre vifs la terre de Lannoy et Lys au marquis d'Hem, d'une branche cadette de la maison de Vilain de Gand.
Guillaume-Louis-Camille, comte de Gand et du Saint-Empire, marquis d'Hem, seigneur de Lannoy et Lys, de Lomme, Englos, Linselles et autres lieux, était fils de Guillaume-François-Marie de Gand, comte du Saint-Empire, marquis d'Hem. Nous le retrouvons à Hem en l'an XII, où il est l'objet d'un arrêté préfectoral, du 17 germinal, qui le force à se rendre sur le champ à Saint-Quentin, pour y être sous la surveillance spéciale du maire de cette ville et du sous-préfet de l'arrondissement. L'émigré amnistié Degand et la dame Daigremont, sa nièce, avaient , dit l'arrêté , troublé les acquéreurs de domaines nationaux dans leurs propriétés , en avaient exigé la restilulion à des conditions très-onéreuses pour ces acquéreurs; ceux-ci ayant refusé d'y acquiescer ledit Degand et sa nièce les avaient éconduits en leur tenant les propos les plus insultants, en lés menaçant de leur prochaine vengeance et en laissant percer l'espoir de rentrer bientôt dans leurs biens et' leurs privilèges 1
a La très-noble et anchienne raayson surnommée Yylaeyn, de la quelle on dict : // n'y a Vilaeins noble que en Flandres, porte . de sable au chief d'argent, et crye Vilaeyn le noble ! A Gandt le noble Vylaeyn! *.
* Archives de Lannoy ^J. 1.
Vie blafon des armes, suivi de Y 'Armoria IJtes villes , chdtellenieS , cours féodales et familles de Vancten comte* de Flandre, par Corneille Gaillard, roi d'armes de l'empereur Charles-Quint, publié m paf Jean Van ; Malderghem , Bruxelles, 18B0, in -4°.