CHAPITRE IX
Le flef de Lannoy et Lys. — Le château — Les droits divers : rentes, reliefs, „' dixième denier, plaids généraux, timonage, maltotes, accises, amendes, tonlieu. — Les hommages : La Tricotcrie, Chantraine, Courcelette. — Les dépendances : Lefiosquiel d'Outre- fiecque, les viviers Boyer, du Fresnoy, de Carihcm, le flef de Laoutre. — Valeur totale du fief de Lannoy et Lys; — ses charges. — Annexes du baillage de Lannoy et Lys : Le Prêt , Les Boux , Le Troncquoy et Bury-Courcelle.
Nous avons à notre disposition pour nous aider à décrire le fief de Lannoy et Lys et à en déterminer la valeur, les rapports et dénombrements servis à la baronnie de Cysoing dont il relevait, par Robert de Lannoy. en 1392, par Jean de Lannoy en 1455, et par le prince d'Orange en 1595; et surtout un procèsverbal d'expertise contradictoire dressé en janvier et février 1769, pour constater le droit seigneurial dù au prince de Soubise, baron de Cysoing , par le marquis d'Hem, à qui le maréchal prince d'Isenghien avait fait don de ladite terre et seigneurie de Lannoy et Lys.
Le gros du fief contenait en ville, donjon, château, basse-cour, manoirs, jardins, fossés, eaux, prés, pâtures, chemins et terres à labour, 68 bonniers. C'était un hommage-lige, chargé vers le fief dominant de dix livres de relief à la mort du possesseur et du dixième denier à la vente, don ou transport. Le seigneur y exerçait toute justice de vicomte et le droit d'y établir un bailli, un prévôt, un lieutenant et sept échevins.
Ainsi qu'on Ta vu précédemment, le château avait été bâti vers 1452. Situé au milieu d'un étang assez vaste, cet édifice de
forme carrée était anglé de tours rondes à créoaux ; au centre s'élevait un donjon dominant au loin la campagne et d'où Ton pouvait observer l'ennemi de tous côtés. Le château de Lannoy contenait dans son enceinte de fossés, outre le donjon, une bassecour, une brasserie, une chapelle castrale, une maison prévôtale avec son jardin , le tout érigé sur un bonnier d'héritage. Pour l'aspect, la force et la position , le château de Lannoy, au rapport de Buzelin, ne laissait rien à désirer.
Les puissants princes d'Isenghien et de Masmines, qui avaient ailleurs de plus splendides demeures négligèrent, leur château de Lannoy que le temps avait ruiné dès la fin du XVII e siècle, et dont la démolition partielle parait avoir commencé vers le siècle dernier. En 1708 , on mettait en adjudication les matériaux d'une partie du donjon dont la chute était imminente, et de la grange de la basse-cour. Ce que les experts trouvèrent en 1769, c'est-à-dire une vieille tour tombant en ruine, la chapelle castrale, la brasserie et la maison prévôtale, fut estimé , y compris le bonnier de fonds, 9,535 florins. Du château féodal, vendu et rasé à la Révolution, il resta une île qu'on appela vulgairement Vile d'amour; depuis, l'étang a été desséché et converti en une prairie entourée de fossés.
Au fief de Lannoy et Lys apppartenaient des rentes ou redevances en argent, çn chapons, poules, oies, blé, avoine, prunes, etc. Les hôtes et tenanciers du fief devaient au seigneur double rente pour le relief, et le dixième denier à la vente, don ou transport de leurs héritages. Ces rentes, reliefs et droits seigneuriaux des terres cotières représentaient, suivant l'acte de 1769, au taux de quatre pour cent, un capital de 39,700 florins 10 patars.
Audit fief appartenaient encore le droit de tenir, trois fois l'an, plaids généraux, où tous ceux qui tenaient leurs héritages de la seigneurie de Lannoy et Lys étaient obligés de comparaître à péril d'une amende de quelques deniers ; et le droit de timonage
de bois et de fruits, a tel , dit le dénombrement de 1595 , qu'il n'est nul ni aucuns qui puisse mener jus de la dicte seigneurie bois rond ne fruicts à char, charrette ou brouette, sans grâce et auctorité de justice et avoir payé le dict droict de timonaige, pour chascune charée, carrette ou brouette, quatre deniers Flandres, sur peine de encourir et fourfaire soixante sous d'amende. » — Ces droits de plaids généraux et de timonage étaient de si peu de rapport en 1769, que les experts négligèrent d'en prendre note.
Les seigneurs de Lannoy s'étaient réservé le tiers des mal to tes, accises, amendes, droits de tonlieu de plat marché, etc., qu'ils avaient cédés aux habitants de la ville; ce tiers produisait, année commune, 216 florins lOpatars.
Du fief de Lannoy et Lys relevaient quinze fiefs qui devaient au seigneur divers reliefs de peu de valeur et le dixième denier. De ces quinze hommages, douze sont innommés dans les rapports et dénombrements ; les trois autres sont repris ci-après sous les noms de Tricolerie à Leers, de Chantraine à Lys, et de Courcelette à Lannoy.
Le fief de Tricoterie (trois coteries), au relief d'une demirasière de froment , consistait en 507 verge de terre à labour à Leers, tenant aux terres de la Censé du Coulombier. Guilbei t de Lespaul, 1570; les enfants de Jacques de Fresnes, 1576; N. Waymel, 1585, se succédèrent dans la possession de ce fief. Le 22 juillet 1680, Anne Pouillon , dame de Watenes , veuve de Jean à La Truye, écuyer, seigneur de la Grande-Haye, fait rapport du fief de Tricoterie à elle échu par le trépas de Pierre Pouillon, son frère, chanoine de la collégiale de Courtrai , fils et héritier de François. Jean à La Truye et Anne Pouillon portaient : d'azur à un calice d'or, accosté de deux dauphins affrontés d'argent et abouchés sur les bords du calice ; accolé : d'or à une face de sable , accompagnée de trois tnerlettes de même.
Le fief de Chantraine (chanterie, office des morts), au relief de deux paons blancs en plumes, consistait en un lieu manoir entouré d'eau avec 4 cents d'héritage , tenant au cimetière de Lys. Guillaume de Gand , François Du Bosquiel , marchand à Lille ; Michelle deHarchies, veuve du sieur d'Estaples, par achat du sieur Du Bosquiel en décembre 1568, possédèrent successivement ce fief. Le 12 mars 1782, Désiré-François-Dominique Deliot, écuyer, seigneur de La Croix et d'Erquinghem sur la Lys, et dame Marie-Séraphine Du Chambge, son épouse, font rapport du fief de Chantraine échu à ladite dame par le trépas de la douairière Du Chambge de Liessart, sa mère, arrivé le 9 novembre 1780. — Les armes de la famille Du Chambge de Liessart sont : d'argent au chevron de gueules, accompagné en chef de deux merlettes de sable et en pointe d'un trèfle de sinople.
Courcelette (Curticella y de Curtis, petite cour, ferme , habitation) ; ce fief dont nous ignorons la contenance et les charges, était dans la seconde moitié du XVI e siècle, aux mains de Josse Du Chastcl , écuyer, seigneur de Courcelette , grand bailli et prévôt de Lannoy, mort à Lannoy, le 5 février 1590, époux d'Anne Le Roy, morte le 22 juin 1604. Ils eurent pour successeur leur neveu Adrien Du Chastel , écuyer, seigneur de Courcelette, aussi bailli et prévôt de Lannoy. Du Chastel portait d'argent à trois lions de sable, 2 ef 1, à une tour d'azur en abime. Timbre couronné , cimier : un lion naissant de sable issant d'une couronne. Le Rov : d'azur au chevron d'or. Vinrent ensuite : Josse-Alexandre Le Prince, seigneur de Courcelette, Bourgies, La Ponte, etc., créé chevalier par lettre du roi d'Espagne, Charles II, le 16 décembre 1665 ; et Josse-Alexandre Le Prince, dit Du Chastel , chevalier, seigneur de Courcelette, de Dour, du Chastel , La Grande-Ponte, Bourgies, La Bruandcrie, Aubaix, Lestocquoy , etc. , petit-fils de Marie Du Chastel , mort à Lannoy, le 20 mars 1702, époux de noble dame Isabelle-Michelle d'Amman, qui renonça aux biens et dettes de son mari, par acte passé
à Lannoy avant que le corps du défunt fût emporté de la maison mortuaire. La seigneurie de Courcelette passa à leur fils aîné Michel-Alexandre Le Prince, dit Du Chastel, qui la laissa à sa sœur Honorine-Charlotte Le Prince, dame de Reinval, première femme de François, comte de Lannoy et de Wattignies. Le Prince Du Chastel portait : de gueules à une face d'or, accompagnée de trois maillets de même , et un écusson d'argent , brochant sur la face, chargé de trois lions de sable couronnés, lampassés et armés d'or, accompagnés en cœur d'une tour crénelée de trois pièces d'azur.
Par contrat du 27 mai 1743, Dorothée Soutelart, héritière d'Honorine-Charlotte Le Prince, vendit à Nicolas-Dominique Nicole, aïeul de la dame Desbrochers, le château de Courcelette, tenu de Lannoy et situé dans cette ville, entre les fossés, la Grande-Rue, le vivier du seigneur et le presbytère. Le château de Courcelette, tel qu'il se voit aujourd'hui, a été rebâti en
Avec la seigneurie de Lannoy et comme en faisant en quelque sorte partie, le prince d'Isenghien avait donné au marquis d'Hem : 1° le Bosquiel d'Outrebecque , à Leers, comprenant cinq quartiers de bois défrichés ; le vivier Boyer, tenu en coterie de la seigneurie du Quesnoy, à Toufflers, au cens annuel d'une maille de Florence évaluée 28 sous ; le vivier du Fresnoy, à Lys; et un autre vivier sur le Triez deCarihem, à Leers, estimés ensemble, en 1769, 3,860 florins; — 2° le moulin de Lannoy, à Lys, et le moulin des Hauts-Champs, à Roubaix, valant, avec les héritages qui en dépendaient, 17,268 florins 16 patars 6 deniers ; — 3° le fief de Laoutre, à Lys.
La outre (Laoullre, ultra aquam, outre l'eau), tenu de la baronnie de Cysoing, à 10 livres de relief et à 20 sous de cambrclage, était un fief en Pair, consistant en rentes diverses et auquel appartenaient toute justice de vicomte, le sang et le larron, letreuf, l'estrayer, l'épave, l'avoir de bâtard, les amendes de 60 sons et le meilleur catel de ceux qui, venant d'outre Veau,
finissaient leurs jours sur ce fief. Le seigneur pouvait y commettre, comme à Lannoy et Lys, bailli, prévôt, lieutenant, hommes de fief et échevins. — Les revenus du fief, les reliefs et les droits seigneuriaux des terres qui en relevaient équivalaient, en 1769, à un capital de 2,565 florins.
En somme, la terre et seigneurie de Lannoy et Lys, avec les ^ dépendances que nous venons d'indiquer, atteint dans l'estimation de 1769, une valeur de 80,944 florins 16 patars 6 deniers.
Mais il y avait des charges qu'il convient aussi d'énumérer. On devait à cause du fief, aux Croisiers de Lannoy, une rente de 36 patars 2 deniers ; une autre de 14 patars au seigneur de Courcelette ; — on payait la rétribution des chapelains de la chapelle castrale, les gages du massart, des trois sergents, la part du seigneur de La Panse (dépense de bouche) le jour de l'adjudication des maltotes ; — on donnait à chacune des trois compagnies-franches, arbalétriers, archers et canonniers de la ville de Lannoy, 52 lots de Vin durant l'année. Ces charges s'élevaient annuellement à 309 florins, ce qui formait, sur le pied de quatre pour cent, un capital de 7,725 florins. — Des grains que versaient les meuniers de Lannoy et des Hauts- Champs pour leur rendage, il s'en distribuait chaque année 24 rasières aux pauvres de Lannoy et de Lys, et 40 rasières aux religieux Croisiers ; ce qui représentait un capital de 14,400 florins.
Le bailliage de Lannoy et Lys s'étendait en outre, comme nous l'avons dit en commençant, au fief vicomtier du Prêt , à Lys, tenu de Wasquehal-Roubaix ; au fief et noble ténement des Boux , à Lys , tenu de Fontenoit-Roubaix ; au fief de Troncquoy, à Lys, tenu de la cour du Maire, au Bailliage du Tournaisis; et enfin au fief de Burie-Courcelle, àRoubaix; terres possédées do tout temps par les seigneurs de Lannoy et qui arrondissaient leur domaine.