XVIII® SIÈCLE
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Allemagne. — Autriche.
XVU* SIÈCLE.
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XVIIF SIÈCLE.
RoHR, De excolendo studio œconomico tam principmn qnam privatorum, 1712. — Dithmar, Enleitung in die œkonomische- Polizei-und-Kameralwissenschaft, 1731. — Yon der Lith, Politische Belrachtungen ilber die verscliiedenen arten der Steiiern, 1751. — Unger, Von der Ordnug Fruchtpreise, etc., 1752. — *MosER, G riindsœtze einer vernilnfligen Rcgierungskunsl, 1753. Et beaucoup d'autres écrits moins importants. — Wolf, De œconomica methodo scientifica pertractacta, 1754. — *Yon
MVHL III. — CIIAPITia-: II
JusTi, Staalswirthschafl oder systematische Abhandlung aller œkonomischen-undkameral-wissenschaflen, 1755. Manufacluren und Fabriken, 1757. Die chiman-e des Cleichgerinchles der Ilandlung^eic, von Europa, 1758. Grundriss einer gulen Refjierung, 1759. Natur und Wesen der Stanlen, 1760. Die grundfesie etc. Polizei-wissenschafl, 1760-1761. Yom Crédit des Landes, 1760. Gesaminelte Polilische-und-Finanzschriften, 1761. System des Finanzioesens^ 1766. Trois de ces ouvrages onl été traduits en français : Les Sciences concertiant la politique réduites en système, 1757. La Chimère de l'équilibre du commerce et de la navigation par M. de Justi, traduit de l'allemand, par D. E. 1763. Eléments généraux de police, trad. par M. E., 1769. — Sur Justi, v. Deutsch, J. H. G. von Justi, etc., dans Zeitsch. /'. d. ges. Staalswiss, 1889. — Marchei, Studie7i ueber die Entivickelung der Verwaltungslehre in Deutschland, etc., 1885. — Von Bielfield, Institutions politiques. 1760. Trad. en allemand, 1761. Lettres familières^ et autres, 1763. — Philippi, Der vertheidigte kornjude, 1765.
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Russie.
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Suède.
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Amérique .
Franklin, A modesl Enquiry inlo the Nature and NecessUy of a modem Currency, 1729. Observations concerning the increase of mankind, 1751.
CHAPIÏUE III
DOCTRINES RELATIVES AU SYSTEME MONETAIRE ET THEORIE DE LA HAUSSE OU DE LA BAISSE DES PRIX PAR SUITE DE l'a- BONDANCE OU DE LA RARETÉ RELATIVES DES METAUX PRE- CIEUX.
§ 1. — Doctrines relatives au système monétaire.
-La question delà monnaie et du régime monétaire continua d'attirer l'attention des publicistes. La littérature monétaire de cette période contient des monographies assez nombreuses. Nous citerons notamment, en France, celles de Grimaudet au xvi* siècle, de Henry Poullain, Le Blanc, Boizard, Boutteroue, Scipion de Gramont (au xvn* siècle) ; de Dupré de Saint-Maur (en 1746) ; — en Angleterre, celles de Vaughan, de Barbon, de Locke, de Petty (au xvii« siècle) ; — en Italie, celles de ScarulTi et de Davanzati (au xvi'^ siècle), de Bocchi et de Turbolo, chel' de l'Hôtel des Monnaies de Naples (au xvn"^), enfin le livre capital de Galiani paru en 1750. Mention est due également à l'ouvrage que l'illustre astronome Copernic écrivit sur ce sujet en 15'26, à la demande de Sigismond I®'', roi de Pologne.
D'autre part, bien des écrivains traitèrent cette même question dans des ouvrages non exclusivement consacrés à elle. Tels furent en France Bodin (au xvi" siècle) ; Vauban, Boisguilbert, Cantillon, Melon, Dulot (au xvni«) ; — en Angleterre, Mun, Petty, North, Pollexfen, au xvue ; — en Italie, Broggia, en 1750, etc.
La plupart de ces auteurs (1) protestent, comme leurs prédécesseurs, contre l'altération des monnaies par les princes. Ce-
(1) Bodin, North, Locke, Cantillon et les auteurs de monographies, à l'exception de Galiani.
DOCTRINES llELAtiVKS AU SYSTEME MONETAIRE 177
pendant l'on Irouve en Allemagne, vers 1530, une série de brochures qui délendenl la théorie du faux-monnayage légal (1) ; au xvni® siècle môme, Melon soutient encore que le siirhaussemenl du cours légal des monnaies (au-dessus de leur valeur commerciale) est un fait indifférent au commerce, et que le roi peut user légitimement de ce procédé quand les ressources de l'impôt sont insullisantes pour lui permettre de s'acquitter de ses dettes (2), et l'on trouve des opinions analogues, bien que mêlées à des critiques adressées à Melon, dans l'ouvrage de Galiani (|ui est pourtant un économiste de premier ordre (3). Mais celte docti'ine n'a pour elle qu'une minorité de penseurs : l'on peut dire qu'en théorie la cause de la bonne monnaie est définitivement gagnée. Il n'en fut pas de même en pratique ; les rois de France surtout persistèrent dens leurs anciens errements ; la livre tournois, d'après M. d'Avenel (4), qui représentait 21 grammes d'argent dans la période 1488-1511, n'en représentait plus que 10 gr. 75 en 1G02-1G14, et 4 gr. 27 en 172(3-1758. Pourtant, l'argent s'était considérablement déprécié.
Les autres vices du système monétaire sont pareillement attaqués et des remèdes leur sont proposés. Certains écrivains, comme Copernic et Bodin, insistent pour que ce système soit simplifié et pour que l'unité de régime soit établie dans l'Etat. D'autres, comme Scaruffi et Bocclii, en Italie, Emericde Lacroix et Vauban (5) en France, vont beaucoup plus loin et demandent un système monétaire uniforme pour toutes les nations.
La plupart sont bi-métallistes. Parmi eux, Bodin surtout esta
(1) V. Roscher, Geschichle dev Nalionalœkonomik in Deulschland , 1874. Une autre série de brochures tenait au contraire pour la bonne monnaie.
(2) V. Melon, Essai polil. sur le coDitn., ch. xii-xviii, G, p. 761 et suiv. L'auteur fut réfuté sur ce point par Dutot.
(3) Galiani, Délia moiu'la, l. III. ch. m et iv. Scritluri class. ital., 1803 ; Parle mod., t. IV, p. 67 et suiv.
(4) Hisl. économique, t. I, p. 481.
(:j) Emeric de Lacroix, Le Nouveau Cynée, 1623, p. 205 et suiv. ; — Vauban, Oysiveiés ; Mémoire sur le canal du Languedoc, édit. Corréard, p. 84.
I 7(S i,iMa. 111. — ciiAiMiiji; m
simiiaK'r (1 ,. L auli'ur de la Ncpiililif/iw |»roj)ose de lixcr le cours légal de l'or et de l'argent suivaiil un rapport invariable de 1 : 12 ; mais les coupures de cha(|ue métal (il y en aurait trois) seraient de même poids ; l'échange des unes contre les autres serait ainsi à la portée de toutes les intelligences, il suffirait de se souvenir (|u'une pièce d'or vaut \'l [liènses d'argent de même dimension et réciproquement. Les pièces s(;raient moulées comme ties médailles, et ne contiendraient d'autre alliage ((ue celui (|ui est absolument indispensable poui' leur donner la solidilc" et la sonorité (Bodin, à ce propos, entre dans de longs détails teclini- (jues et déploie son inépuisable et inlassable érudition). Le monnayage serait libre et gratuit. Après s'être demandé un instant s'il ne convieiulrait pas de tolérer un billon de cuivre, Fauteur se décide détinitivement à proscrire tout billon (2) et même il voudrait que, par une entente internationale, cette proscription lut rendue universelle. Le billon serait remplacé par de petites pièces d'argent (sur ce point, le système de Bodin est impraticable, ces piécettes seraient incommodes à cause de leur petitesse et elles s'useraient trop vite) ^3).
L'auteur prévoit l'objection capitale qui sera laite à son bimétallisme : l'instabilité du rapport commercial de l'or à l'argent, et, par suite, la discordance qui se produira nécessairement entre ce dernier et le rapport légal invariable. Il répond : 1° que les fluctuations du rapport commercial sont insensibles si l'on considère une période de temps relativement courte (assertion dont l'expérience a surabondamment démontré l'inexactitude), et 2° que, comme elles se produiront uniformément en tous pays,
(1) \'. liodiii, Les six livres de lu République, l.. \'l, cli. m. édil., ,lacc[ues Diipuys, 1578, p. 670 et suiv. et Discours sur le rehausseinenl ei diminulion des monnaies (1578). — Bodin, député du Vennandois aux Etals de Blois (1576) y avait défendu ces idées dans une sorte do commission dont faisaient partie le surintendant des finances, le premier ]jrésident et les trois généraux des monnaies.
[1] Par billon, il faut entendre des monnaies dont le cours légal serait supérieur à leur valeur intiùnsèque comme lingot.
l'.i) Le système monétaire de Bodin est adopté par Emeric de Lacroix (Le Nouveau (lijnée^ j). 214 et suiv. ^.
iXnriHIM-S HKLATIVKS AL SVSTKME MONKTAIHL 17!)
elles ne présenteront guère d'inconvénients (1) (aCIirmation (lui n'est admissible que si Ion suppose le bi-métallisine adopté par tous les Etats, condition qui se trouvait ctTectivement remplie à l'époque de Hodin).
Ces développements impliquent une parfaite connaissance de la fameuse loi en vertu de laquelle la mauvaise monnaie chasse la bonne; elle avait été mise en lumière, nous le savons, dès le moyen âge; elle ne fut pas oubliée dans la période que nous étudions actuellement. Nous en trouvons la preuve dans maints écrivains de cette époque. Le hasarda voulu qu'au cours du xixc siècle le nom de l'un d'eux, Thomas Gresham (ir)19-1579) lui ait été attaché (2), pour toujours semble-t-il.
L'observation de ce phénomène a conduit certains auteurs à se prononcer, à lencontre de Bodin, en faveur du monométallisme. Nous citerons notamment Locke, Petty et Law. « Les hommes, dit Petty, mesurent la valeur des choses à l'aide de l'or et de l'argent, mais surtout à l'aide du dernier ; car il ne peut pas ij avoir deux mesures cl, par suite, la meilleure doil être lumque » (3). Cette foiniule ne serait reniée par aucun mononuMalliste moderne.
(1) « Le changeiiieul du pii.\ (jui se fait par long trait de temps, dit Bodin, est insensible, qui no peut einpescher que la loy des monnaies forgées de ces deux métaux ne soit égale en toutes Républiques chassant du tout le billon : joinct aussi que la traffique communicpiée h toute la terre plus que jamais ne peut souffrir variété notable du prix d'or et d'argent, que du consentement de tous les peuples » [Hépuhlique, 1. VI. ch. m, édit. Iu78, p. 677). Dans ce trop laconique passage, Bodin demande-t-il une législation monétaire bimétalliste universelle ? Nous ne le pensons pas. Il veut seulement dire que, malgré les fluctuations du cours commercial des métaux, deux Etats bi-métallisles conserveront toujours leurs situations de fait respectives pourvu qu'ils ne frappent pas de pièces d'une valeur intrinsèque très inférieure, au moment de l'émission, à leur valeur légale. Il n'est pas nécessaire que le rapport légal soit absolument le même, ni les coupures iinil'ormes en tous pays.
(2) C'est Mac-Leod <jui a fait la fortune de Gresham.
(3j Petty, Trcalise uf Taxes, ch. iv, 5^ 17, édit. Hull., t. I, p. 44. Cf. PoUlical Anatorny ofifeland ; Of the Money ofireland, même édit., l. I, p. 183.
l«S() )>IVRK ÏII. — CHAPITiJE III
Ajoutons enfin qu'au début du xvm'' siècle, Boisguilbert propose de faire concurrence à la monnaie métallique par une monnaie de papier qui remplacerait l'argent « pour des quantités de millions une infinité de fois ». Il se fonde sur ce que la monnaie n'est qu'un instrument d'échange, un moyen de comptabilité servant à opérer des compensations entre les créances et les dettes d'individus qui ont apporté des valeurs d'échange sur le marché social pour s'en procurer d'autres (1). Si la monnaie n'est qu'un bon attestant le droit pour une personne de prendre dans ce bazar immense une certaine quantité de marchandises, pourquoi ce bon ne pourrait-il pas être en papier? (2) Cette substitution n'oiï'rirait-ellepas d'immenses avantages? Cette idée lui a été suggérée par sa haine du mercantilisme (système économique que nous étudierons bientôt), qui l'a conduit à la haine de l'argent. Il soulève ainsi le problème de la Mesure idéale de la valeur. Nous n'insistons pas sur cette doctrine, car nous la rencontrerons de nouveau à propos de Law (3) : il n"a manqué à Boisguilbert que de vivre quelques années de plus pour être témoin d'un grandiose eO'ort tenté pour mettre son principe en œuvre.
L'on voit donc, par cet exposé succinct, que les doctrines relatives au système monétaire firent de grands progrès dans notre période. La science économicjue s'est en outre enrichie, à la même époque, d'une découverte importante concernant toujours la monnaie ; il s'agit cette fois des relations existant entre la monnaie et les prix.
§ 2. — Théorie de la hausse ou de la baisse des prix par suite de 1 abondance ou de la rareté relatives des métaux précieux.
La hausse des prix que nous avons signalée plus haut (4) et
(1) « I^'argent, dil, Boisg-uilbert, n'est que le lien du commerce et le 1 gage de la tradition future des échanges quand la livraison ne se fait pas sur-le-champ à Tégai'd d'un des contractants :> [Factum de la France, G. p. 278).
(2) V. surtout sur co point, Di.'mi'rl.ilion sur In nature des richesses, de l'argent et des tributs, G. p. 397-398.
(3) V. infrà, 1. III, ch. i.\.
(4) V. sui)rà, 1. III, ch. i, p. 12"1 ot suiv.
UOCTHINES RELATIVES AT SYSTEME MONETAIKE
IS
les souffrances qu'elle causa, surtout parmi le peuple, soulevaient des plaintes très vives depuis le début du wr' siècle ; en 1561) elles suscitèrent presque des émeutes dans Paris. Le roi Henri III ordonna une enquête, puis nomma une commission d'experts pour proposer des remèdes à la situation.
Les uns criaient, comme il arrive d'ordinaire, à l'accaparement, accusant les marchands, les bouchers, etc. : c'était là l'opinion populaire.
Un maître des comptes sur le fait des Monnaies, de Maiestroit, publia en 1566, sous le titre de Paradoxes, des observations sur la crise adressées au roi. Dans cet opuscule divisé en deux parties, l'auteur soutient : 1° >.< que l'on se plaint à tort en France de renchérissement de toutes choses, attendu que rien n'y est enchéri depuis trois cents ans » ; 2° « qu'il y a beaucoup à perdre sur un écu ou autre monnaie d'or encore qu'on la mette pour même prix qu'on la reçoit ». Sa thèse consiste à dire que le renchérissement est une illusion ; que la hausse est purement apparente, purement nominale, due seulement à la diminution de la quantité de métal fin contenue dans les monnaies : pour un même objet l'on donne sans doute plus de pièces, mais pas plus d'or ou d'argent que jadis (1). La Cour des Monnaies, dans une pélilion au roi, émet un avis analogue. La hausse, suivant elle, étail due à la fuite de la bonne monnaie chassée par la mauvaise, qui seule demeurait (2). « La cause du renchérissement des prix, disaitelle, provient de la malice de ceux qui transforment en lingots le meilleur de nos monnaies, en vue de remplir le royaume avec d'autres moins bonnes, s'enrichissant eux-mêmes avec le sang et les misères du peuple » (3). La Cour des Monnaies semble donc
(1) V. Pnrafloxes de M. fie Maleslroit, à la snilo de l'édition de la République, Lyon, 1593, p. 79 et suiv.
(2) C'est qu'en effet, en France, l'aspect de la crise était douljle. Outre que les deux métaux, or et argent, pris en bloc, s'étaient dépréciés, les tarifs du roi de France surévaluaient l'arn^ent ou, en tout cas, lui attribuaient par rapport à l'or une valeur plus grande que les tarifs étrangers (V. suprà, p. 1 19, note 4). Le métal jaune devait donc s'enfuir.
(3) V. Shaw, Hist. de la Monnaie, trad. fr,, Paris, 189G, p. G0-6G. La Cour des Monnaies proposait comme remèdes : 1» la proscription des
r.iMu: III. — ciiAi'iTiii- m
supposer, elle aussi, que si les vendeurs exigent un plus grand nombre de pièces, c'est que celles-ci contiennent moins d'or ou d'argent qu'autrefois.
Bodin combattit cette opinion dans des Réponses aux Parad<):ves de. M. de Maleslroil lourhanl renchérissement de toutes choses (1) (15(i8). Entre res deux gran^^s phénomènes, afdux ('norme de métaux précieux et hausse des prix, il voit une relation de cause à efTet . Cette hausse n'est pas seulement nominale mais réelle, et elle a pour cause, non pas unique mais principale, l'abondance de numéraire. Il pose ainsi le principe fondamental de la doctrine fréquemment dénommée de nos jours Théorie f/uanlitatire des pi-i.r.
Il lui faut tout d'abord mesurer l'amplitude de celte hausse ; pour ce faire, il a consulté des documents de valeur inégale : d'anciens contrats, le cadastre de Toulouse, les registres du Chatelet, du Parlement et de la Chambre des comptes de Paris, enfin les Coutumes (ce sont surtout les prix portés dans les tarifs de ces dernières qui sont suspects). Le cadastre de Toulouse lui a révélé que le setier de blé valait jadis 5 sous sur cette place, alors qu'il en vaut 60 à la date où il écrit ; par les registres du (>hâtelet il a appris que le muid de blé de rente de Paris valait 120 livres en 1524, 144 en 1530, et le prix en a haussé déplus de un tiers depuis cette époque ; il a constaté en parcourant, dans les registres de la Chambre des comptes de Paris, Xg?, Aveux des baronnies, comtés, duchés aliénés ou réunis à la couronne depuis
monnaies étrangères ; 2° l'abaissement du cours légal de l'écu d'or (alors qu'il était déjà trop faiblement évalué) ; 3" la substitution dans les comptes de la numération par écus (monnaie réelle) à la numération par livres tournois (monnaie de compte).
(i) Les réponses aux Paradoxes de M. de Malestroif se trouvent jointes aux Six livres de la République dans l'édition de Lyon, il')9'A Additions, p. 44 et suiv.). C'est d'après celte édition que nous analysons la doctrine de Bodin. Le Discours sur l'cxfrênie cherté qui est aujourdhuy en France et sur les moyens d'y remédier (1579), attribué à Girard sieur du llaillan et réimprimé dans Arch. rur. de Vllisl. de France, volume VI, série I M83f») n'est qu'un plagiat ; l'auteur n'a fail (|ue piller Bodin.
nOCTniNF.S l!i:i.\TIVFS AT SYSTl-MI- MOMTAIIU.
1111 (l('iiii-si('clo, (|iio la vithNir de la \ovvc a Iriph' dans le cours ilr cf Ko prriodo, clc.
Sachant, dans quelles proportions les prix ont haussr, il Tant ('•lablir que cette hausse est réelle. Bodin démontre, en ctTet, • pielleeslde beaucoup supérieure à l'avilissement des monnaies, cl il entre, à ce propos, dans de multiples détails denumismatii|iie. Nous ne lui emprunterons qu'un exemple : « l'écu vieil » (monnaie d'or) ne valait inlrinsèquement que 1/8 de plus que I' « écu sol » de 15()8 (1). Combien plus forte a été la hausse des |)rix ! et combien erronée est l'aflirmation de M. de Maleslroit ! Quelles sont donc les véritables causes de ce renchérissement (le toutes choses? Elles sont multiples. Outre l'avilissement des monnaies qui a contribué pour une petite part à la hausse, ce sont les monopoles, ce fut parfois la disette, c'est aussi le luxe des grands imité par le reste de la nation, mais c'est siiilout el avant tout l'abondance des métaux précieux.
L'auteur part de ce principe théorique que l'abondance de toute richesse échangeable en diminue le prix, et sa grande érudition lui fournit toutes sortes d'exemples pour le confirmer. t> Comme il advint, dit-il, à la venue de la reine de Candace, que l'Ecriture sainte appelle reine de Saba, en la ville de Jérusalem on elle apporta tant de pierres précieuses qu'on les foulait aux pieds... Quand l'Espagnol se fit seigneur des terres neuves, les cognées et couteaux étaient plus cher vendus que les perles précieuses, car il n'y avait couteaux de bois et il y avait force perles... etc. » (2).
Or, quand la richesse échangeable surabondante est la monnaie (il est donc clair que Bodin considère la monnaie comme une marchandise), comme c'est elle « qui donne estimation et prix aux choses », il faut de toute nécessité que de la diminution de sa
I Les tables drossées par M. (rAvonol [Ilisf . ccon., t. I, pp. 481 ol 4H2; confirment cette assertion de Rodin ; d'après cet auteur, l'écu d'or valait, en 1487, 9 fr. 2'.\ et, en l'jllO, 8 fr. .3y de notre monnaie actuelle. — V. Hodin, RrpnnKos; rni.r fh-v.ido.rn-i, cdit. de l">0.'^, fiiiprà ril.^ pp. ."(7 et suiv.
■' ' llii'l . , p. +8, rccln.
1H4 LIVRE III. r;iIAl'ITHE III
valour l'ésiillcuno hausse générale des prix. Si l'unité de mesure se réduit, la quantité mesurée demeurant inchangée, l'unité de mesure sera forcément contenue un j)lus grand nombre de fois dans la quantité mesurée. Ici encore, suivant la mode de l'époque, Bodin multiplie les citations d'auteurs anciens^ de Plutarque, de Pline, de Suétone... : quand, par la conquête, les Romains se furent rendus maîtres des trésors amassés par les rois de Macédoine, les terres haussèrent d'un tiers dans la Romagne... (1) Au temps où les richesses affluaient à Rome, le « maître gueux » Apicius, après avoir dissipé 3 millions d'écus en possédait encore 850.000 el il s'empoisonna pour ne pas mourir de faim.... etc. (2). Rodin cite aussi des faits actuels : il y a plus d'argent en Espagne ot en Italie qu'en France ; or, tout y est plus cher.
jVIais est-il vrai qu'il y ait en France plus d'argent qu'autrefois? On n'en saurait douter. Le roi .lean fait prisonnier à Poitiers et saint Louis captif en Egypte trouvèrent difficilement l'argent de leur rançon ; c'est donc que la monnaie était rare. Au temps de Charles V, une somme de 00.000 livres suffisait à doter les filles de France. Sous Charles VI, le rendement des taxes était de 400.000 livres ; Les Etats de Paris se plaignaient très fort, en 1444, de ce que Charles Yl exigeât 1.700.000 livres ; en 1572, Charles IX put lever 14 millions et, en une seule semaine, le roi actuel trouva à emprunter, dans Paris seulement, la somme de 3.400.000 livres (3).
Comment tout cel argent est-il venu ? Il est venu par la voie de l'Espagne (qui tire ses trésors du Nouveau Continent), amené par le développement de l'industrie et du commerce extérieur, attiré aussi par les placements lucratifs qui lui sont otTerts : les rentes sur il'Hôtel de Ville, dont on crée pour 3.300.000 livres chaque année, la banque de Lyon qui sert 10, 16 et 20 0/0 d'intérêt à ses déposants. « Les Florentins, Lucquois, Genevois, Suisses, Allemands, si aflriandés de la grandeur du profit, apportèrent une infinité d'or et d'argent en France » (4).
(1) Ibid., p. 48, reclo. *
(2) Ihid , p. 1)6, verso.
(3) Ibid., p. 48, verso, 49 recto.
(4) Ihid., p. îii, recto et verso.