‹ Précis de l'histoire des doctrines économiques, dans leurs rapports avec les faits et avec les institutionsChapitre 49 sur 59 · LE SYSTÈME DE LAW · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME DE LAW

est d'une application à peu près impossible. Sans doute il fonctionne dans certaines sociétés coopératives ; mais c'est que celles-ci sont placées dans un milieu où la monnaie métallique existe ; c'est que les prix des marchandises qu'elles achètcuit et vendent sont fixés en poids d'or et d'argent en dehors d'elles ; leurs jetons ne jouent pas le rôle de valorimètre ; ils ne sont (pie la constatation d'échanges faits d'après un tarif établi au moyen de la monnaie réelle. Au lieu de croire à la possibilité du papiermonnaie, Law aurait dû s'en tenir au billet de Banque.

Enfin, il faut reprochera Law certains de ses procédés d'agiotage, comme la promesse et la distribution de dividendes fictifs. Crut-il que, dans son Système, il était possible de donner à ses papiers une valeur arbitraire, indépendante des affaires réalisées par la Compagnie? Ou bien eut-il le tort d'escompter, au delà de toute mesure, un avenir incertain? Ou bien enfin, fut-il dominé par les circonstances, se Irouva-t-il impuissant à maîtriser le vent de folie qu'il avait déchaîné ? C'est ce qu'il est, croyonsnous, difficile de déterminer.

Malheureusement, ses erreurs théoriques eurent de terribles conséquences pratiques, et elles firent d'autres victimes que luimême. Elles causèrent la ruine de nombreuses familles. «A Paris, le 16 décembre 1720, on trouva dans une maison, dit M. Levasseur, le mari pendu, sa femme et ses enfants égorgés et, dans la même chambre, six sous en monnaie et 200.000 livres en billets de banque » (1). Les drames de ce genre ne durent pas être rares.

Pourtant, Law fut un spéculateur de génie. Par lui la Banque de France a failli être créée quatre-vingts ans plus tôt. Mais, à coup sûr, là n'est pas la preuve la plus éclatante de sa puissance de conception ; plusieurs banques de ce genre existaient déjà, à cette époque, en Europe. Ce qui fait surtout sa grandeur, c'est qu'il a eu comme l'intuition de l'avenir ; son système a été la première tentative de l'organisation moderne de la fortune mobilière. Fermes, rentes, offices, compagnies de commerce et

(1) Levasseur, Bech. hisl. sur lesyst. de Law, p. 281.

Livui; m. — ciiApnitE i\

<le colonisation, loules ces entreprises financières qui représentaient alors les principales formes de la fortune mobilière, il les avait concentrées clans une Compaj^nie unique ; aux actions (le ce //'«s/ gigantesque (1) il avait créé un marché, une Bourse ; il leur avait en quelque sorte communiqué le mouvement et la vie. Il avait lancé l'idée de crédit et de s)^éculation dans le monde ; il avait secoué l'inertie des capitaux, il les avait tirés de leur routine, en leur découvrant d'immenses horizons nouveaux. Il avait indiqué à l'évolution économique une direction nouvelle. En dématérialisant la fortune mobilière, il avait été l'initiateur du capitalisme moderne. En face de lui, ses ennemis, les frères Paris, avec leurs trésors, représentaient l'ancienne fortune mobilière, solide et lourde sous sa forme métallique. Law étail venu trop tôt. L'agriculture n'avait pas marché du même pas ; il fallait l'attendre.

(1) A 9.000 livi-es (valeur lég-ale), les 200.000 actions on circulation représentaient un capital de 1 milliard 800 millions de livres.

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