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II. — Émancipation des communes. Bourgeois

Causes du mouvement communal.

La classe des hommes libres qui s'augmentait sans cesse dans les campagnes par l'affranchissement des serfs et leur transformation en censitaires, s'accrut également dans les villes par suite de la tendance qui poussa les habitants des communes à briser les liens étroits de la féodalité , et à obtenir de leurs seigneurs, de gré ou de force, des chartes d'affranchissement. Comment expliquer ce mouvement général et irrésistible qui, vers les xi* et xii* siècles, se manifesta avec tant d'ensemble, surtout dans les communes du nord de la France, jusqu'à ce qu'elles eussent obtenu leur émancipation? C'est que plusieurs de ces communes devenues riches, supportaient avec d'autant plus d'impatience le joug féodal auquel elles étaient soumises et que ces richesses même leur donnaient les moyens d'engager la lutte contre les seigneurs et de la soutenir plus longtemps. Et si les agglomérations urbaines secouèrent plutôt que les campagnes la domination des seigneurs , c'est que la réunion des hommes dans les mêmes murs , la facilité qui en résulte pour une entente mutuelle, donnent à leurs

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revendications une cohésion et une force que ne pourraient avoir des réclamations isolées. Le mouvement communal ti'eut donc rien d'artificiel et fut comme le résultat nécessaire de la prospérité croissante de certaines cités.

Le but de ce mouvement fut surtout d'acquérir un certain ensemble de libertés civiles et politiques. Jusque-là les hommes avaient été obligés de supporter des tailles et des corvées sans limites. Ils ne pouvaient quitter leur lieu d'habitation sans le consentement du seigneur, ils étaient soumis à des banalités de toute sorte et leurs réclamations contre le seigneur n'étaient point soumises à une justice régulière. Aussi voyons-nous que, dans les chartes d'affranchissement, ce sont moins des droits politiques que tous ces droits primordiaux sans lesquels TexisteDce est insupportable, qui sont stipulés par les hommes des communes. La charte de Saint-Quentin (*) donne aux habitants le droit d'aller et de venir, de s'établir où ils veulent, et elles les exempte de certaines banalités qui leur étaient imposées jusquelà. La charte de Poitiers (2) leur reconnaît le droit de se marier sans le consentement du seigneur. Celle de Mantes (3) supprime les tailles et capilations. D'autres chartes, telles que les statuts de Liège, décident que la juridiction des échevins de la commune sera substituée à celle du seigneur et prennent des garanties pour qu'il soit interdit au seigneur et à ses agents de pénétrer arbitrairement chez les particuliers. Les communes rejettent loin d'elles toutes les traces de la servitude, et nous voyons notamment, dans la charte d'Amiens (*), que le nom de serf appliqué à un homme de commune, à un juré, est considéré comme une grave injure.

Les rois de France ne furent pas toujours et d'une manière systématique, èomme on Ta cru longtemps, favorables à l'émancipation des communes. Dans leur domaine personnel, pas une seule ville , et il y en avait de très prospères , n'obtint un

(i) Augustin Thierry, Lettres sur l'histoire de France, — Recueil des Ordonnances des rois de France, t. XI, p. 270.

[2) Recueil des Ordonnances des rois de Fratice, t. XI, p. 290.

(3) Id,, t. XI, p. i97.

;4)/d., t. XI, p. 266.

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