CARACTÈRE DU MOUVEMENT COMMUNAL
affranchissement semblable à celui des villes des seigneurs. Ils intervinrent, il est vrcti, assez souvent dans les luttes de leurs vassaux contre les bourgeois qui désiraient voir leur ville érigée en commune, mais ce qui les déterminait à se prononcer en faveur de Tune ou l'autre des parties, c'étaient les avantages qui leur étaient offerts par les belligérants, notamment les sommes d'argent qu'ils avaient soin de stipuler. On voit dans les péripéties de la lutte si longue et si curieuse de la commune de Laon conlre son évêque, que les rois intervinrent quatre fois en faveur de la commune et cinq fois conlre elle, et que finalement, eu 1331, Philippe VI de Valois abolit la commune, mais en ayant soin de stipuler qu'il y aurait dans la cité un prévôt exerçant la justice au nom du roi et choisissant le maître de tous les métiers (1). L'affranchissement des communes est donc le résultat, moins de l'action plus ou moins énergique des rois de France , que d'une sorte de commotion sociale qui se communiquait de proche en proche et poussait les populations des cités les plus nombreuses et les plus riches à secouer le joug féodal.
Dans le midi de la France un grand nombre de villes conti- Duèrent à jouir des libertés locales dont l'origine remontait à la domination romaine et à l'organisation des municipes. Marseille, Arles, Toulouse, Narbonne et un grand nombre d'autres cités étaient en possession de franchises municipales fort anciennes. Ces institutions dont la trace se perd jusqu'au x° siècle environ reparaissent avec le moyen âge. On se sert pour désigner les magistrats municipaux des expressions de consuls , sénateurs , boni hommes, etc. Les documents relatifs à la constitution de ces communes sont plus rares que pour les villes du Nord , sans doute parce que les libertés municipales étaient souvent traditionnelles, tandis que dans le Nord, à la suite des contestations des seigneurs avec leurs vassaux, il était nécessaire de préciser avec exactitude par des chartes écrites quels étaient les privilèges définitivement acquis par les habitants (2).
^) Augustin Thierry, Lettres sur V histoire de France,
(*2) Guizot, Histoire de la civilisation en France, t. IV, p. 27.
Caractère de ce mouvement.
Mais le mouvement des communes fut loin d'avoir les tendances générales et humanitaires qui devaient inspirer plus tard la Révolution de 1789. Il semble que les bourgeois, en aspirante la liberté, n'aient pas voulu autre chose que copier les ioslitntions qu'ils voyaient autour d'eux et prendre place à leur tour dans la hiérarchie féodale. Le mouvement d'émancipation des communes eut, en effet, un caractère à la fois local et féodal.
Local d'abord , car, à celte époque , l'idée de la patrie était loin de ressembler à celle que nous nous formons aujourd'hui. Les communications avec le dehors étaient rares , l'homme ne sortait guère de l'enceinte de la ville où il avait reçu la naissance, et la patrie pour lui était renfermée dans les limites étroites de la commune. Il n'est donc pas étonnant que nous rencontrions dans les diverses chartes une série de dispositions qui consacrent de véritables privilèges au profit des habitants de la cité. Ainsi, dans la charte de Noyon(*), il est dit que l'on ne pourra entrer dans la commune sans être agréé par les jurés et sans payer une somme d'argent. D'après la Coutume d'Amiens (2), le délit commis contre un bourgeois de la commune est puni d'une amende qui devient double si son auteur est forain. De même le bourgeois ne peut marier sa fille hors de la banlieue sans payer un droit à la commune. On voit par là dans quel esprit local et étroit étaient stipulées les libertés communales. Les bourgeois ne s'étaient délivrés des droits des seigneurs que pour établir d'autres immunités à leur profit (3). Toutefois, la différence est grande entre le privilège qui appartient à un seul et celui qui, appartenant à une collectivité,
(1) Recueil des Ordonnances des rois de France , t. XI, p. 224.
(2) Id., t. XI, p. 266.
(3) Beaumanoir (dans son chapitre l Des bonnes villes) montre quels étaient les vices de l'administration intérieure de ces communes. De fréquentes contestations s'élevaient entre les habitants pour parvenir aux fonctions mumcipales. Ces fonctions étaient souvent inféodées dans certaines familles riches qui en conservaient indéfiniment le monopole. La répartition des tailles étant