‹ Précis de l'histoire du Moyen Âge par m. des MichelsChapitre 2 sur 75 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Décadence de l'Empire romain. — Ditision de ses prnviïice*; -ii' Tableau de l'ndmirii*tration impériale. — Classification de* peuples barbares. — Mœurs de« Germains.

- •{ t § Jr- — Décadence de l'Empire romain» ,

L'empire j-omain avait recouvré kouS Théfldosésa grandeur «t son unité ; mais la mort de ce. prince le laissa retomber dans une dticudtince ou pluldt une dissolution qui ne devait plus 6'arrâter ni se ralentir

jusqu'à la chute de Rome. Cette crise fut amenée par le concours et l'action commune de causes permanentes et de circonstances accidentelles. Il importe donc de reporter nos regards en arrière pour étudier, d'une part, les principes antérieurs de ruine qui préparèrent h grande catastrophe de l'Empire, et les causes étrangères qui la déterminèrent ; d'autre part , le théâtre où s'engagea la lutte des Romains avec les barbares, et les contrées d'où étaient sortis les agresseurs. Ce tableau parallèle , eu opposant à la dégradation des uns les vertus guerrières des autres , expliquera d'avance la chute de Rome et le succès d,e l'invasion germanique.

Le despotisme impérial, né du sein de l'anarchie politique et du pouvoir militaire, conservait les caractères de sa double origine, la corruption et la violence. Aucune institution civile ou religieuse ne tendait à mettre les sentimens des Romaius en harmonie avec la forme de gouvernement qui avait succédé à la république , ni à leur donner les vertus tranquilles de la monarchie. L'obéissance était devenue servile , et la résistance légale périlleuse. Le sénat, résigné à l'opprobre, s'était fait un instinct de servitude et de bassesse, et ce corps, dépouillé de ses anciennes prérogatives , ne servait plus qu'à donner une couleur légitime aux caprices de la tyrannie et aux excès de la soldatesque.

Les Aùtonins essayèrent en vain de réhabiliter la vertu. La faveur de ces princes produisit au grand jour des citoyens-honorables et fît éclore quelques beaux génies ; mais ni leur suffrage ni leur exemple

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ne purent faire revivre dans les cœurs le sentiment du devoir et le respect de soi-même. La populace, descendue au dernier degré d'avilissement , ne demandait plus à ses maîtres que du pain et des jeux ; et dans les rangs élevés , la philosophie d'Epicure , vainement combattue par celle de Zénon, avait flétri toutes les âmes. Impuissante auxiliaire de la morale, la vieille religion de l'Empire n'avait conservé que les houleux exemples de ses dieux et la licence de ses fûtes publiques. Conseillère de vices pour les uns , objet de mépris pour les autres , elle se trouvait dé r sonnais sans appui et tombait en ruines de toutes parts. ...

Le christianisme , qui pouvait seul arrêter le débordement des passions criminelles , commençait à répandre sa lumière et ses consolations sur les classes les plus malheureuses de la société. Mais les desseins de la Providence retenaient cette religion divine dans les épreuves de la persécution, et le jour de son triomphe n'était pas encore venu.

A Borne , le patriotisme avait fait place à l'indifférence du bien public ; dans les camps , les liens de la discipline , respectés par les subalternes, étaient chaque jour enfreints par les généraux. La garde Prétorienne et les légions de la froniière se disputaient l'honneur de disposer du trône , et le sénat approuvait toujours le choix du plus fort ou du plus prompt. Les usurpations étaient d'autant plus fréquentes que la succession impériale n'avait été réglée ni par une loi fondamentale ni par une coutume constante. L'empire était au plus offrant , et l\oine

recevait toujours avec un égal enthousiasme des Césars du toute origine et de toute nation.

L'immense étendue de la domination romaine favorisait l'esprit d' usurpation , et souvent le succès d'une révolte était assuré ayant que la nouvelle en fût portée à la capitale. Dioctétien voulut protéger la paix publique contre ces révolutions, en divisant la haute administration des provinces et même la souveraineté, sans toutefois porler atteinte à l'unité de l'Empire, Mais la létrarchie, imaginée par ce prince et nécessitée par les circonstauces , fut une source de guerres civiles.

Constantin entreprit de constituer une monarchie régulière et de la mettre à l'abri de l'insubordination militaire. Mais ce grand homme , qui mérita si bien de l'humanité en proclamant la victoire du christianisme, arriva trop tard pour réformer avec succès la constitution de l'État , et la sagesse même de ses mesures tourna a la ruine de l'Empire. Effrayé de l'indiscipline des soldats et de l'ambition des chefs , il sépara l'autorité civile du pouvoir militaire , cassa la garde Prétorienne, et dispersa dans l'intérieur dos provinces les armées préposées à la garde des frontières. Mafs en voulant prévenir la rébellion , sa politique , à bon droit défiante, ouvrit l'entrée de l'Empire aux barbares , et la translation du siège impérial à Byzance , en 389 , prépara la division du monde romain et) deux monarchies.

Cette grande innovation politique eut lieu à l'avénement de Valens , en 364, et devint permanente après la mort de Théodose-le-Grand , en 390. Dans

l'intervalle de ces deux partagés , il éclata, dans le nord de l'Europe , à la suite de l'arrivée des Huns, une commotion violente qui rapprocha les hordes sauvages de l'Asie des tribus barbares de la Germanie i et rompit les barrières qui séparaient lu barbarie de la civilisation, les nations idolâtres des nations chrétiennes.

Nous allons voir les peuplades guerrières du Nord se déborder sur le Midi, «lier braver les empereurs jusque sous les murs de Home et de Constanlinople , imposer aux deux Césars des tributs onéreux à titre de solde, et des généraux de leurs nations s'introduire dans les légions romaines , et , démembrant enfin la moitié de l'Empire , jeter les premiers fondeineus de l'ordre politique qui subsiste encore en Europe.

Partage de l'Empire , 395. — Suivant les dernières volontés de ïhéodose, ses deux lils se partagèrent la vaste succession de ce prince ; Arcadius alla régner à Constanlinople; Honorius fixa sa résidence à Milan et ensuite à Ravenne , en laissant à Rome sa dignité de métropole. Le Vandale Stilicon, laissé pour tuteur aux deux frères, exerça toute la puissance souveraine en Occident. L'Orient fut successivement gouverné par le gaulois lliiffiii, le golh Gaïr lias et l'eunuque Eulrope. Les commencemeiis d'Honoiius furent troublés par la courte usurpation du maure Gïldon en Afrique ; Arcadius vit, dès la première année de son règne , ses provinces europ^eDr nés envahies par les Yisigolbs.

§11. — Division de F Empire , en 39B.

Chacun des deux Empires avait éic divisé en deux préfectures , les préfectures en diocèses ou vicariats , les diocèses en provinces, et les provinces en cités. Le tableau suivant présente seulement les grandes divisions :

. préfecture^ Liocises.

I 1° MacédcJne (toute la Grèce}.

I 2» D^ic (en deçà du Danube).

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